Quatre expositions très diverses en ce mois d’avril, à Bruxelles, à Knokke et à Liège.
Alexandre Hollan à La Forest Divonne

La galerie La Forest Divonne, avenue Louise, présente un génie hongrois, le peintre et dessinateur Alexandre Hollan qui, depuis plus de soixante ans, explore la vibration invisible du monde avec ses arbres et ses natures mortes. « En été, je vis dans le midi, toujours dehors avec les arbres. L’hiver, à Paris, je n’ai plus cet espace. » L’été, il peint donc ces arbres, et l’hiver ce qu’il appelle des « vies silencieuses », natures mortes réminiscentes de l’Italien Morandi. « L’été, en osmose avec l’activité joyeuse de la nature, je ressens l’énergie circuler dans le végétal au moment même où je le peins. Elle imprègne mes couleurs et je lui ménage une place en laissant apparaître sur la feuille ou la toile la distance entre l’arbre et le regard, un espace du regard qui naît lentement. En moi, c’est le temps qui travaille, avec lenteur. J’entre dans la lumière du monde, qui rayonne en profondeur. C’est une circulation ininterrompue, comme une sève, une force qui se fraye un chemin. Il y a en moi un besoin d’inconnu. L’inconnu, c’est la lumière. Ainsi, je peux regarder le rouge vivre à l’intérieur du bleu, leur friction très subtile. Cela ne peut pas se dire avec des mots, c’est l’expérience d’un homme qui, dans la lumière, finit par voir la vie autrement. »
- www.galerielaforestdivonne.com
Le Brésilien Samuel de Saboia chez Maruani-Mercier
Dans leur galerie de Knokke, le duo Serge Maruani-Laurent Mercier ouvre sa deuxième exposition avec le Brésilien Samuel de Saboia, The Aesthetics of Possibility. La palette sombre de ces œuvres accueille des gestes débridés et la superposition de récits disparates, exploration de l’identité, d’un être collectif et de leurs transformations. Des entrelacs de lignes forment des ébauches de visages et de corps flottants dans l’espace, autant de traces d’identités et d’histoires façonnant sa trajectoire personnelle. Ainsi, après avoir perdu un proche, il retourna au Brésil pour la fête de Yemanjá, divinité représentant l’océan et la maternité, qui occupe une place centrale dans les religions afro-brésiliennes comme le candomblé et l’umbanda, afin de renouer spirituellement avec le disparu, « qu’on ne peut plus toucher, mais qui existe encore ».

Samuel de Saboia, qui a étudié l’architecture, est aussi musicien, ce qui transparaît dans son geste, où surgissent les cadences de l’improvisation, des champs d’ondes sonores enchevêtrées, des entrelacs d’êtres vivants. Ainsi, dans le tableau All Leads to This / Self Transformation, la figure qui forme le cadre de la composition se répercute en contours répétitifs, comme un halo de corps au pluriel, en une structure chorale.
Argentine et Belgique chez Christine Colon
Chez Christine Colon, à Liège, double exposition avec l’Argentin Pablo Flaiszman, qui distille le silence de ses gravures, surfaces caressées par l’ombre et la lumière en frémissements de gris, auxquelles les encres confèrent leur densité. Sa dernière série, Short stories, expose des scènes laconiques du quotidien : personnages accoudés, assis, posés dans l’espace, en dialogue mutique, fragiles moments d’une dramaturgie ineffable.

Il va de pair avec le sculpteur belge Lieven Demunter, qui présente ses amalgames de céramique et de plâtre, incarnant des êtres chimériques, silhouettes déformées par l’action du temps et de l’inconscient, qui mutent en figures fictionnelles, en reliques parcellaires d’anatomie, entre l’animal et l’humain, qui affleurent aux reliefs de la céramique.
