Le Nouveau-Mexique, situé dans le sud-ouest des États-Unis, est devenu le nouveau pôle industriel de production audiovisuelle made in USA et cela, notamment grâce à Netflix qui y a tourné bon nombre de ses séries phares, comme Breaking Bad, Better Call Saul ou Pluribus. Ce qui n’a pas été sans impact sur la ville d’Albuquerque, devenue un lieu de pèlerinage hautement symbolique pour les fans de séries…
Le Nouveau-Mexique est le cinquième plus grand État américain. Il est un peu plus de dix fois plus grand que la Belgique et a réussi, en une douzaine d’années, à s’imposer comme le nouvel eldorado du cinéma américain, comme une alternative crédible (et moins coûteuse) qu’Hollywood.
Pourtant, cette immense superficie ne compte qu’environ 2,13 millions d’habitants. La densité est donc extrêmement faible : autour de 6,8 habitants par km². Pour le cinéma, c’est une aubaine. Il suffit de rouler quelques miles pour tomber sur des décors naturels extraordinaires et vierges de toute trace de l’activité humaine : d’immenses zones désertiques ou semi-désertiques, des hauts plateaux et des montagnes, avec des espaces très peu urbanisés.

Le Nouveau-Mexique possède également une identité culturelle particulière. La population amérindienne représente environ 11,6 % de la population de l’État, une proportion très importante à l’échelle américaine. L’influence hispanique y est également extrêmement forte, conséquence notamment de plusieurs siècles d’histoire espagnole puis mexicaine avant l’intégration du territoire aux États-Unis.
Si la capitale est Santa Fe, la plus grande ville de l’État est Albuquerque avec quelque 557.000 habitants, sur les rives du Rio Grande. Concrètement, la ville rassemble plus d’un habitant du Nouveau-Mexique sur quatre.
Diversité des décors
Autre particularité souvent méconnue : Albuquerque est une ville de haute altitude (1.600 m), c’est aussi ce qui contribue à son climat et à cette lumière très particulière qui fait le bonheur des réalisateurs de séries télé. Dans une même région, les producteurs peuvent donc y disposer de déserts, de montagnes, de canyons, de grandes plaines, de routes isolées mais aussi de paysages urbains et d’architecture typique du sud-ouest américain.
Depuis une grosse douzaine d’années, la ville est devenue une plaque tournante de l’industrie cinématographique américaine qui y a notamment tourné The Avengers, Transformers, The Lone Ranger, Independence Day: Resurgence, Lone Survivor ou encore Oppenheimer de Christopher Nolan.

Sans oublier Breaking Bad, considérée par beaucoup comme LA meilleure série de tous les temps et Better Call Saul, une série dérivée, sur Netflix.
Alors, oui, Albuquerque existait déjà comme centre économique important bien avant l’arrivée de Netflix mais l’année 2018 a néanmoins marqué un tournant quand l’entreprise de streaming a annoncé l’achat d’ABQ Studios, à Mesa del Sol, au sud d’Albuquerque. C’est symboliquement un moment très important : il s’agit du premier complexe de studios de cinéma acheté par Netflix. À l’époque, l’entreprise annonçait vouloir consacrer 1 milliard de dollars à des productions au Nouveau-Mexique sur dix ans, avec jusqu’à 1.000 emplois de production par an.
Deux ans plus tard, Netflix décide même d’aller beaucoup plus loin, annonçant une expansion majeure de son site et un milliard de dollars supplémentaire de dépenses de production.
Le complexe initial occupait environ 28 acres (11 hectares). Après son agrandissement, inauguré en 2024, Netflix Studios Albuquerque s’est étendu sur 108 acres, soit environ 44 hectares. Quatre nouveaux plateaux de tournage, trois ateliers (mills), des bureaux de production, deux bâtiments de support et deux grandes zones de décors extérieurs ont notamment été ajoutés.
Il y a deux ans, Netflix indiquait avoir directement investi près de 575 millions de dollars dans ses productions au Nouveau-Mexique depuis 2019. En comptabilisant les productions d’autres sociétés ayant utilisé ses studios d’Albuquerque, l’investissement lié au site approchait 900 millions de dollars.
Une communication du gouvernement du Nouveau-Mexique publiée à la même époque avançait même plus de 640 millions de dollars de dépenses directes de Netflix, pour 12 projets tournés dans l’État.
Et les emplois sont très concrets : plus de 4.000 membres de cast et équipes techniques ont travaillé pour Netflix au Nouveau-Mexique entre 2021 et 2023. L’agrandissement du studio lui-même a fait travailler 2.800 ouvriers du bâtiment.
Un effet qui dépasse largement Netflix
Le cadre dépasse d’ailleurs largement l’industrie du cinéma, étant donné qu’une production ne paie pas seulement acteurs, techniciens et studios. Elle dépense auprès des hôtels, restaurants, traiteurs, loueurs de voitures, sociétés de sécurité… Selon une estimation, 1 milliard de dollars de production pouvait générer environ 210 millions de dollars d’achats auprès d’entreprises locales. L’État avait également réalisé une projection économique pour l’expansion de Netflix : 500 millions de dollars d’investissements privés, 994 emplois et un impact économique projeté de 4,19 milliards de dollars sur dix ans.
Pourquoi Albuquerque et le Nouveau-Mexique ? Il faut savoir que le Nouveau-Mexique a développé une politique particulièrement agressive de crédits d’impôt pour attirer les productions. Le système peut accorder différents bonus, notamment pour les séries télévisées, l’utilisation d’installations de production qualifiées et les tournages réalisés hors des principaux centres d’Albuquerque et Santa Fe.

À cela s’ajoutent des avantages naturels, on l’a dit, comme un climat relativement sec et ensoleillé, de grands espaces, des déserts, des montagnes, des paysages urbains et une architecture du sud-ouest. C’est exactement ce qui saute aux yeux dans Breaking Bad. La ville et le désert qui l’entoure ne sont pratiquement pas de simples arrière-plans : ils deviennent une partie de l’identité visuelle de la série.
Une production peut donc trouver dans un rayon relativement limité des décors extrêmement différents.
Un cercle vertueux
Et, au fil des ans, le cercle est devenu vertueux : les incitations fiscales attirent les productions, les productions créent du travail, les techniciens spécialisés s’installent ou se forment sur place, des studios permanents sont construits et il devient encore plus facile d’y tourner de nouvelles productions.
C’est précisément ce qui distingue désormais Albuquerque d’un État qui proposerait simplement de beaux paysages et des tournages bon marché.
Mais il n’y a pas eu que Netflix. NBCUniversal, un des plus grands groupes de médias et de divertissement au monde, a lui aussi établi un important centre de production à Albuquerque, avec un engagement initial de 500 millions de dollars de dépenses de production sur dix ans et plus de 330 emplois permanents annoncés.
À l’échelle du Nouveau-Mexique, les chiffres montrent l’ampleur prise par le secteur : pour l’exercice fiscal 2024, malgré 148 jours d’arrêt de production liés aux grèves à Hollywood, les films et séries ont généré plus de 740 millions de dollars de dépenses directes de production dans l’État.
Une étude économique citée par l’ABQ Film Office estime par ailleurs que le dispositif de crédit d’impôt audiovisuel a généré 4,95 milliards de dollars d’activité économique totale au Nouveau-Mexique entre les exercices 2020 et 2024, soit près d’un milliard de dollars par an en moyenne.
Notons que, depuis son implantation, Netflix a tourné au Nouveau-Mexique des productions comme Army of the Dead, El Camino, The Harder They Fall, Chupa, Stranger Things, Rez Ball, American Primeval, Ransom Canyon ou encore Pulse.
Bref, Albuquerque n’est plus seulement le décor de Hollywood, elle est devenue l’une de ses usines. Le géant du streaming est arrivé dans un État qui possédait déjà paysages, incitations fiscales et savoir-faire, mais son implantation permanente et ses investissements ont contribué à donner une nouvelle échelle à cette industrie.
