Newsletter

Magazine

Inscription Newsletter

Abonnement Magazine

Copains rejoint le mass balance de Farm for Good pour élargir le marché du pain durable

À partir de septembre, Copains rejoindra le modèle de mass balance porté par Farm for Good. En mutualisant les volumes, les différents niveaux de transition agricole et leur financement, les deux partenaires cherchent à résoudre l’une des principales contradictions du marché alimentaire : mieux rémunérer les producteurs sans cantonner le pain durable à une offre premium.

C’est donc une nouvelle étape que Copains et Farm for Good s’apprêtent à franchir, dans l’idée de faire progresser le pain durable sans le maintenir dans une niche. Cette collaboration ne marque pas pour autant le début de l’engagement de la boulangerie auprès de la coopérative, puisque Copains travaille déjà depuis plusieurs années avec Farm for Good et utilise du froment belge issu de filières plus durables.

Avec le mass balance, les deux partenaires souhaitent désormais inscrire les différents niveaux de transition agricole dans une réflexion plus globale sur l’approvisionnement de la boulangerie, en valorisant non seulement les exploitations dont la transition est achevée, mais aussi les étapes qui les conduisent vers l’agriculture biologique et régénérative.

Rémunérer aussi le chemin vers le bio-régénératif

Le marché continue de distinguer largement les productions certifiées bio de celles qui ne le sont pas, alors que plusieurs années peuvent s’écouler entre les deux. Durant cette période, l’agriculteur fait pourtant déjà évoluer ses pratiques, investit dans ses sols et assume davantage de risques, sans toujours bénéficier immédiatement d’un débouché qui rémunère ces efforts.

« Il faut sortir du noir ou blanc, bio ou pas bio », résume Clotilde de Montpellier, fondatrice de Farm for Good. L’objectif reste bien d’accompagner les exploitations vers le bio-régénératif, mais aussi de donner une valeur économique au chemin parcouru.

Farm for Good accompagne des agriculteurs vers l’agriculture bio-régénérative
© DR / Farm for Good

Farm for Good estime à environ 900 euros par hectare le coût de cette transition pour les grandes cultures, et accompagne aujourd’hui 123 agriculteurs représentant quelque 9.500 hectares, pour près de 6.000 tonnes par an de céréales et d’oléagineux commercialisées. « Le monde agricole est prêt », souligne Clotilde de Montpellier, précisant que les agriculteurs veulent renforcer la résilience de leurs fermes, à condition que l’équation économique soit viable.

Le principal verrou ne tiendrait donc pas à leur volonté de changer, mais à la capacité qu’on leur offre de garantir des débouchés suffisamment importants et rémunérateurs.

Une prime répartie selon les progrès accomplis

Dans le modèle présenté par Farm for Good, un même silo peut ainsi réunir des céréales provenant d’exploitations situées à différents stades de leur transition, sa composition dépendant des récoltes disponibles, des volumes recherchés et du budget que le partenaire industriel peut engager.

Une prime est ensuite lissée sur l’ensemble de l’approvisionnement concerné, puis redistribuée par Farm for Good selon la progression de chaque agriculteur, laquelle est suivie à l’aide d’OpenCompass, un outil composé de 21 indicateurs portant sur les sols, l’eau et la biodiversité, mais aussi sur l’autonomie, la résilience et la rentabilité des fermes. « L’entreprise investit dans l’ensemble du silo et nous redistribuons la prime selon l’avancement de chacun », explique Clotilde de Montpellier.

Le système ne promet donc pas de rattacher chaque grain contenu dans chaque pain à une exploitation particulière, mais garantit qu’un volume défini de céréales engagées dans la transition trouve un débouché et que la valeur supplémentaire générée profite aux producteurs en fonction des progrès accomplis.

La composition et le volume du premier silo destiné à Copains étaient encore en discussion au moment de notre entretien pour Forbes.be, la moisson étant en cours, mais les premiers pains intégrés à cette nouvelle logique d’approvisionnement sont néanmoins attendus dans les rayons dès septembre.

Céréales issues de filières Farm for Good pour le pain durable
© DR / Farm for Good

Donner au modèle les volumes du quotidien

Avec environ 2.500 tonnes de farine utilisées chaque année et plus de 1.000 points de vente en Belgique, Copains ne souhaite pas réserver les matières premières les plus durables à une gamme séparée destinée aux seuls clients déjà convaincus, et entend continuer à proposer des pains choisis d’abord pour leur goût, leur qualité et leur accessibilité.

« Notre travail, c’est de toucher tout le monde, y compris Monsieur et Madame Tout-le-Monde, ceux qui choisissent un pain pour son goût, et non parce qu’il est local et bio », explique Olivier de Cartier, co-CEO de Copains aux côtés de son frère Jonathan de Cartier.

D’après le chiffre avancé par l’entreprise, seuls 6 % des consommateurs placeraient la durabilité au premier rang de leurs motivations d’achat, une donnée qui résume l’un des paradoxes de notre époque, où l’intérêt pour une alimentation plus responsable progresse tandis que le goût, le prix et les habitudes restent décisifs au moment de remplir son panier.

Plutôt que d’attendre de chaque client un choix militant, Copains et Farm for Good veulent ainsi intégrer la transition à un pain déjà inscrit dans le quotidien des Belges, une manière de mobiliser plus largement les consommateurs sans bouleverser leurs habitudes, en faisant de chaque achat un débouché supplémentaire pour les agriculteurs qui avancent.

Sophie De Coninck
Sophie De Coninck
Sophie De Coninck est une journaliste spécialisée dans les thématiques lifestyle et société. Elle collabore régulièrement avec plusieurs médias du groupe Ventures, auquel appartient notamment Forbes Belgium.

A la une