Futurewave a de la suite dans les idées. Créée en 2020, en plein Covid, cette start-up basée à Zaventem, que les clients viennent démarcher et qui choisit à quels projets elle s’associe, s’est désormais tournée vers l’international. Son ambition est simple : devenir le studio le plus connu, a minima en Europe, dans le design ainsi que dans la recherche et le développement de produits technologiques. Parmi ses clients, on retrouve des noms comme LVMH, Delvaux, Nokia, Adidas, Decathlon, Sony ou Renault. Son CEO et fondateur, Cédric de Bellefroid, explique à Forbes comment Futurewave en est arrivé là.
Tout a donc commencé durant la pandémie de coronavirus. L’entrepreneur bruxellois, qui travaillait chez Nokia, où il développait des puces pour la 5G, se lance avec Joachim Froment, un designer industriel alors en poste au Danemark et qui devient directeur artistique de la jeune structure, ainsi qu’avec Guillaume de Foestraets, lui aussi en poste chez Nokia et devenu Chief Technology Officer de la start-up.
Tous trois font un constat : lorsqu’on veut développer des produits de consumer tech, il faut traditionnellement faire appel à un bureau de design d’un côté, puis à des ingénieurs de l’autre. Et les premiers ne sont pas nécessairement alignés avec les seconds, ce qui provoque de nombreux allers-retours, cause parfois des frustrations et génère des coûts supplémentaires.

Futurewave a voulu regrouper le tout en un seul et même endroit, en ayant déjà une visée internationale dès son lancement, plus particulièrement dans le domaine des produits technologiques haut de gamme. La start-up a ainsi codéveloppé le vélo électrique connecté Cowboy. « C’était une époque où les levées de fonds étaient faciles en Belgique », se souvient Cédric de Bellefroid.
Le studio brabançon se développe rapidement et se retrouve en quelques années avec jusqu’à 25 ingénieurs. Les clients viennent les voir avec une idée, que l’entreprise aide à défendre, puis aide au design du produit, avant de le développer et d’industrialiser sa production, résume son CEO. « Tout se faisait en interne. »

À titre d’exemple, il faut compter un demi-million d’euros en moyenne pour développer un produit de consumer tech, qui sera ensuite produit entre 1 000 et 50 000 exemplaires. Les produits plus grand public, comme un vélo connecté, nécessitent plusieurs millions d’euros d’investissement.
Outre Cowboy, l’entreprise a notamment été impliquée dans la conception du chariot de golf autonome iXi, de la montre connectée O-Boy, etc. Parmi ses clients, on retrouve LVMH, Delvaux, Nokia, Duvel, Adidas, Decathlon, Sony, Renault, Etex ou encore la Solar Impulse Foundation.
Les grandes marques finissent donc rapidement par approcher Futurewave, qui a beaucoup travaillé sur sa notoriété et développé des concepts que d’autres veulent ensuite lui racheter.

Mais, en 2024, l’émergence de l’intelligence artificielle générative vient tout chambouler. « On s’est rendus compte qu’on allait perdre toute notre partie métier liée à l’exécution. Et ce sera d’ailleurs valable bientôt pour l’électronique et la mécanique », anticipe Cédric de Bellefroid.
La start-up bascule alors de modèle pour passer d’un modèle de fournisseur de services à celui d’un studio spécialisé. « Cela nous a permis de travailler sur des projets plus intéressants et d’apporter une valeur ajoutée énorme au client, qui n’a d’autre choix que de venir chez nous de par notre spécialisation », explique encore le patron.

La start-up opte pour quelques niches : la consumer tech et les wearables — un marché super compétitif et en pleine croissance, selon Cédric de Bellefroid —, ainsi que le luxe et tout ce qui tourne autour. Elle vient aussi en aide à quelques autres entreprises ponctuellement, mais ce n’est pas là son focus principal puisque cela ne lui apporte pas de valeur ajoutée directe.
« On a décidé de faire ce shift et de complètement “oublier” la Belgique, qui n’est d’ailleurs pas connue pour ses produits tech utilisés par les consommateurs. On s’est positionnés à l’international, notamment en allant à des salons technologiques comme VivaTech à Paris ou le dernier Consumer Electronics Show (CES) de Las Vegas, avec l’idée d’amener les nouvelles technologies dans de nombreux produits. Et on a commencé à travailler pour de grands groupes comme Renault, Rado (marque suisse de montres, NDLR) ou LVMH. »

Le groupe de luxe français veut en effet davantage intégrer les nouvelles technologies dans ses produits, dont l’exceptionnel savoir-faire artisanal n’est plus à démontrer, car des marchés comme l’Asie ou le Moyen-Orient en sont de plus en plus demandeurs.
Ce shift s’accompagne d’une évolution fondamentale des équipes. La start-up veut pouvoir développer un produit le plus rapidement possible et avec le moins de monde possible. En deux ans, son équipe passe de près de 25 personnes à une douzaine.
Elle s’entoure aussi de partenaires externes lorsqu’il s’agit de passer du prototype au produit industrialisé. Car cette étape est extrêmement onéreuse… « L’industrialisation représente des coûts faramineux. Peu peuvent le faire et beaucoup le font en Asie. Nous, nous avons un réseau de partenaires spécialisés dans notre domaine et qui peuvent rapidement développer des produits de masse », vante Cédric de Bellefroid.
Désormais, Futurewave collabore avec trois profils de clients : les start-ups qui en sont à leurs débuts et qui veulent développer un produit — « on en sélectionne quatre à dix par an et on les accompagne » —, les scale-ups qui souhaitent lancer un second ou un nouveau produit, qui sera amélioré ou qui les fait passer à la vitesse supérieure, et, enfin, les gros industriels, que l’entreprise belge aide dans leur stratégie d’innovation. Elle refuse 60 % des clients qui l’approchent.

Son chiffre d’affaires a atteint 2 millions d’euros au bout de trois ans d’existence et l’objectif est à présent de garder ce cap tout en digérant le shift opérationnel et la division de l’équipe par deux. « Mais nous n’avons pas fixé un objectif chiffré. »
L’ambition future est pourtant très grande. « Notre objectif à moyen terme est de devenir le studio le plus connu, a minima en Europe. On veut développer la future Oura Ring (anneau connecté, NDLR), le prochain produit de LVMH, être impliqué dans la future voiture de Renault ou le prochain produit tech d’OpenAI (l’entreprise à l’origine de ChatGPT, NDLR)… Bref, que les gros clients ne viennent plus seulement pour notre expertise, mais aussi pour notre nom. »
