Les Savonneries Bruxelloises fêtent leurs 100 ans avec une ouverture exceptionnelle de leur manufacture au public. Un anniversaire qui tombe au moment où l’entreprise engage près d’un million d’euros dans son outil de production. Depuis 2020, le chiffre d’affaires a doublé. La maison produit désormais près de 500 tonnes par an et prépare déjà la suite. De quoi poser une question qui dépasse largement le savon : comment continuer à grandir quand une partie de sa valeur tient justement à un savoir-faire, une histoire et un ancrage local vieux d’un siècle ?
Le changement d’échelle a, en réalité, déjà commencé. Depuis leur reprise en janvier 2020 par Maxime Pecsteen et Maxime de Villenfagne, les Savonneries ont aussi doublé leurs effectifs, passés de 7 à 15 collaborateurs. Dans les ateliers de Laeken, près de 500 tonnes de savons et de cosmétiques solides sont désormais produites chaque année, avant de prendre la direction de 27 pays.

Une suite qui se prépare en mètres carrés autant qu’en tonnes
La manufacture passe de 1 500 à 1 820 m², soit 320 m² supplémentaires. L’investissement, proche du million d’euros, doit permettre de revoir les flux de production, d’optimiser le stockage, de poursuivre la digitalisation de l’entreprise via Odoo et, surtout, d’accueillir de nouvelles machines.
L’objectif donne une idée assez nette du saut envisagé : porter progressivement la capacité annuelle à 700 tonnes. Autrement dit, environ 40 % de plus qu’aujourd’hui, alors que la surface de la manufacture augmente, elle, d’un peu plus de 20 %. Le calcul résume assez bien l’enjeu : il ne s’agit pas simplement de trouver davantage de place, mais de mieux produire dans celle dont l’entreprise dispose.
Encore faut-il, évidemment, remplir cette capacité supplémentaire. C’est ici que l’agrandissement quitte le simple registre des mètres carrés pour devenir un vrai sujet de croissance. Les Savonneries Bruxelloises veulent accompagner la croissance de leurs clients existants, mais aussi aller chercher de nouveaux marchés, tout en renforçant leur propre marque. La prochaine marche se jouera donc autant dans l’atelier que dans le carnet de commandes.

À chacun son savon, à chacun son marché
Car derrière le nom Savonneries Bruxelloises se cachent en réalité deux activités. La maison commercialise ses propres collections, notamment dans sa boutique des Galeries Royales Saint-Hubert, mais fabrique aussi en marque blanche pour des clients professionnels belges et internationaux, notamment dans la parfumerie, la cosmétique et le cadeau haut de gamme.
Un pied dans la marque propre, l’autre dans le B2B : le modèle permet de ne pas mettre tous ses savons dans le même panier. Il pose aussi une question pour la suite, à laquelle les chiffres qui nous ont été communiqués ne répondent pas (encore) : lequel de ces deux moteurs portera le plus la prochaine phase de croissance ?

La question mérite d’autant plus d’être posée que l’entreprise ne fabrique plus uniquement le savon tel qu’on l’imagine spontanément. Aux pains traditionnels se sont ajoutés shampoings solides, body bars, savons à raser ou encore soins solides pour le visage. La diversification élargit mécaniquement le terrain de jeu, mais aussi la concurrence.
Les 27 pays déjà desservis donnent une indication de la capacité de la maison à sortir de son marché domestique. Ils ne disent en revanche ni le poids de l’export dans son chiffre d’affaires, ni les pays appelés à tirer la prochaine étape de son développement.
Le savon voyage, la production reste à Bruxelles
Un autre choix, lui, est beaucoup plus clair : les volumes pourront augmenter, la production restera à Bruxelles.
Le point pourrait presque sembler anecdotique dans une entreprise qui porte la ville jusque dans son nom. Il l’est nettement moins lorsque l’on parle d’une activité industrielle qui cherche à augmenter sa capacité. Plus de production signifie plus de place, davantage de stockage, de nouvelles machines et des flux à repenser. Les Savonneries ont choisi de faire de la place à cette croissance à Laeken plutôt que de chercher ailleurs les mètres carrés nécessaires.
Ce choix renforce évidemment leur identité bruxelloise, mais il dit surtout quelque chose de leur modèle. De la mise au point des formules au moulage, à l’estampage et au conditionnement, les principales étapes de fabrication restent réalisées sur place. À mesure que les volumes augmentent, cette maîtrise devient même un atout : elle permet à l’entreprise de grandir tout en gardant la main sur sa manière de produire.
Et c’est probablement là que le centenaire prend le plus de sens. Pas seulement parce que l’entreprise peut afficher « 1926 » sur ses murs, mais parce qu’elle choisit de faire de cet héritage un point d’appui pour la suite. Cent ans après sa création, le passé participe encore très concrètement à la manière dont les Savonneries préparent leur croissance.

Un patrimoine à l’épreuve de la montée en cadence
À Laeken, cette histoire est d’ailleurs difficile à manquer. La manufacture conserve près de 300 anciens moules en laiton, dont certains portent encore le nom, les initiales ou l’emblème de clients pour lesquels ils avaient été gravés plusieurs décennies auparavant. Archives et anciennes recettes complètent le tableau.
Le patrimoine est donc bien réel. Mais il serait un peu facile d’en rester aux jolies pièces d’archives. Ce qui compte davantage aujourd’hui, c’est la place qu’il occupe dans une entreprise qui veut produire 200 tonnes supplémentaires par an.
Sur ce point, les Savonneries semblent avoir choisi de ne pas confondre conservation et immobilisme. Les anciens moules restent, les machines évoluent. Le savoir-faire est revendiqué, les flux sont revus. Une façon, en somme, de faire mousser la croissance sans savonner les fondamentaux.
