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Expérience immersive Prodigy12 : quand la technologie réinvente l’art de raconter des histoires

C’est d’une activité scénique cumulée pendant plusieurs années et d’une ambition artistique rare, que naît Prodigy12, une expérience immersive innovante, d’abord installée à Paris et aujourd’hui à Bruxelles jusqu’au 23 août.

Comment est né le projet Prodigy12 ?

Au départ, on est musiciens, mon frère et moi. Des concerts avec quelques amis aux productions de 100 000 personnes, on a tout appris sur le terrain : la scénographie, la lumière, la construction, la technologie LED. Dans nos shows, à chaque fois qu’on ajoutait des éléments, on voyait l’effet que ça produisait sur le public. Alors, on a commencé à réfléchir à un projet où tous les éléments ne feraient plus qu’un. Pas un concert, pas un film, pas une expo, mais un univers qui fusionne tout ça dans un seul espace, où le public est vraiment transporté dans les mondes qu’on crée. C’est de là qu’est venue l’idée du bâtiment, du cube avec des écrans à 360°.

Après avoir eu des devis de plusieurs millions, qui rendaient notre projet impossible, on a décidé de le monter nous-mêmes, avec une petite équipe de sept personnes. On a tout conçu de A à Z : l’architecture, la construction, le contenu, les mondes numériques modélisés brique par brique, maison par maison. Ça a pris du temps, un an et demi de travail, jour et nuit, mais c’était la seule façon qu’on avait de le faire exister, comme on le voulait.

 

Sans trop en dévoiler, que se passe-t-il à l’intérieur de ce cube ?

Vous entrez. Vous êtes assis. Et vous commencez à voler. Les écrans vous entourent à 360°, même au sol et au plafond, et vous traversez des mondes immenses qu’on a construits à la main, numériquement, avec un soin extrême apporté aux détails. Ce n’est pas de la projection, c’est de la LED, la même technologie que la Sphère de Las Vegas. Ce niveau de réalité donne une intensité que les gens n’ont généralement jamais vécue.

Sur scène, il y a une pianiste, une danseuse, une chanteuse et une violoniste. Ces artistes font partie de l’histoire, ils interagissent avec les visuels, ils jouent un rôle dans ce qui se passe à l’écran. Tout est lié. Vous suivez un personnage qui s’appelle Douze (Twelve), un être numérique qui se trouve entre la vie et la mort, et qui peut choisir un seul souvenir pour l’éternité. On la suit traverser ses souvenirs dans des mondes surréalistes, étranges, beaux. C’est un voyage sur le sens de la vie, et chacun y voit quelque chose de personnel.

Les spectateurs sortent généralement en se disant qu’ils n’ont jamais vu ça, mais surtout qu’ils ont adoré. Ça nous prouve bien que l’on a créé une œuvre unique. 

Prodigy 12 – Rafael Deprost

 

Vous parlez de la Renaissance comme référence. Pourquoi ?

Parce que c’est la même mécanique. Quand Léonard de Vinci réinvente la perspective, il ne fait pas que peindre mieux, il utilise la technologie de son époque, la compréhension de l’anatomie, les nouvelles techniques de pigments, pour créer ce que personne n’avait encore vu. Et l’effet sur le spectateur est radical, parce que ce n’est pas juste beau, c’est bouleversant de nouveauté.

L’histoire de Brunelleschi dit la même chose. À Florence, personne ne savait construire le dôme de Santa Maria del Fiore. C’était la plus grande coupole jamais tentée. Et ce n’est pas un architecte classique qui a trouvé la solution, c’est un orfèvre de formation, qui a appliqué des connaissances venues d’ailleurs. C’est exactement ce qu’on a fait : on n’était pas des architectes, on n’était pas des ingénieurs LED, mais on a appris ce qu’il fallait apprendre, à partir de nos propres disciplines, pour construire ce rêve que les experts disaient impossible.

 

Et vous faites un parallèle avec l’histoire du cinéma ?

En 1870, quand les premiers projecteurs apparaissent, les gens regardaient un train qui arrivait ou un cheval au galop. C’est stupéfiant, mais ce n’était pas encore de l’art. Des années plus tard, Hitchcock, Disney, Chaplin ont de nouveau changé la donne. Ces artistes se sont emparés de cette technologie pour créer une forme narrative complètement nouvelle, qui va durer cent ans.

Aujourd’hui, la technologie LED est là et utilisée. La Sphere à Las Vegas le montre. Mais pour l’instant, on utilise cette technologie surtout pour l’effet, pour dire “waouh, regardez comme c’est grand”. Ce qu’on essaie de faire, c’est d’utiliser cette plateforme comme les conteurs ont utilisé le cinéma. Et on va plus loin aussi, on ne met pas seulement en lumière le contenu, mais toute la “dimension physique”, c’est pour ça que le bâtiment, l’architecture, mais aussi la musique et le show live forment un tout. Avec l’IA, bientôt, tout le monde pourra créer un film. Ce qui comptera, ce sera l’objet physique, les artistes en live, la présence, ce que les machines ne peuvent pas remplacer. 

 

Il y a une réflexion presque philosophique derrière, au-delà du spectacle ?

Complètement. Le personnage de Douze, c’est nous tous. On reporte toujours le moment d’être heureux, “quand j’aurai obtenu ça”, “quand il se passera telle chose”, “dans un an”, “dans dix ans”. Et elle fait la même chose, jusqu’à ce qu’il n’y ait plus rien. C’est le cycle de la vie. C’est pour ça que l’on a choisi le chiffre 12 : sur une horloge, c’est à la fois le début et la fin. Le bleu du bâtiment représente l’eau : la naissance, les cycles, le reflet… Les passants voient leur propre image dans le miroir bleu. Le bâtiment devient une partie de la ville, une réflexion d’elle-même, et une invitation à regarder.

 

Quelles sont les prochaines étapes pour Prodigy12 ?

Après Bruxelles – où le show se termine le 23 août – on regarde les grandes villes européennes : Milan, Londres, Amsterdam. Et dans un horizon plus lointain, New York. Chaque ville a sa propre configuration, ses propres négociations avec les autorités locales. Pour Bruxelles par exemple, nous étions en discussion avec la ville depuis quelque temps. Nous les avons invités à venir voir le show à Paris pour qu’ils voient concrètement ce que nous faisions. Et ils ont dit oui ! C’est une forme de reconnaissance qu’on apprécie, et ça dit quelque chose sur ce que ce projet génère chez les gens.

Le show évolue constamment par petites itérations : un éclairage ajusté, un visuel légèrement différent, le tempo d’une chanteuse. On affine. Parce que quand vous travaillez un an et demi sur quelque chose et que les gens s’assoient pendant une heure, vous voulez que chaque minute compte. On n’a pas de subventions, c’est entièrement financé en privé, par nous, par notre équipe, par notre conviction que ce projet a quelque chose à dire. Et ça rend chaque décision d’autant plus importante.

Prodigy 12 – Casimir

 

Prodigy12 — Bruxelles

Jusqu’au 23 août 2026 — Centre de Bruxelles

Réservations et informations : prodigy12.com/en/shows/brussels

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