WEAREONE.world, la holding qui chapeaute Tomorrowland, a dépassé pour la première fois la barre des 300 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2025, à 305,7 millions. Le bénéfice net atteint 32,5 millions et les deux fondateurs, les Anversois Manu et Michiel Beers, s’accordent un premier dividende de 21 millions d’euros. Des résultats records enregistrés l’année même où un incendie a détruit la scène principale du festival de Boom.
Le groupe fondé en 2005 par les frères Beers a publié des comptes 2025 en forte hausse. Son chiffre d’affaires passe de 244,1 millions d’euros en 2024 à 305,7 millions, un seuil symbolique franchi pour la première fois de son histoire. Le bénéfice net progresse de près de 10 millions d’euros sur un an, de 23,9 à 32,5 millions, pour une marge nette de 10,6 %.
Un chiffre d’affaires plus que doublé en deux ans
La progression est plus nette encore si l’on remonte à 2023. Cette année-là, WEAREONE.world affichait un chiffre d’affaires de 129 millions d’euros et un bénéfice net de 8,4 millions. En deux exercices, le groupe a donc plus que doublé ses revenus et quadruplé son résultat net. L’entreprise attribue cette accélération à son expansion internationale, au-delà du seul festival de Boom.
L’effectif progresse dans les mêmes proportions. WEAREONE.world emploie en moyenne 330 travailleurs à temps plein, hors freelances et fournisseurs, contre environ 200 après l’exercice 2023.
Premier dividende : 21 millions d’euros
Pour la première fois depuis la création de l’entreprise en 2005, Manu et Michiel Beers, âgés respectivement de 46 et 50 ans et détenteurs chacun de 50 % des parts, se sont accordé un dividende de 21 millions d’euros. Jusqu’ici, les deux frères réinvestissaient l’intégralité des bénéfices dans l’entreprise plutôt que de se rémunérer de cette manière. Ce versement marque un changement dans la gestion patrimoniale du duo, dont la fortune était estimée à environ 30 millions d’euros après les résultats de 2023.
Une réussite au-delà de Boom
WEAREONE.world regroupe aujourd’hui un ensemble d’activités bien plus large que l’événement belge. La structure réunit Tomorrowland Winter à l’Alpe d’Huez, Tomorrowland Brasil, l’agence de voyages TL Travel, des sociétés de médias et de contenu, ainsi que des projets à Las Vegas et Ibiza. À Ibiza, le groupe est associé aux spectacles Ushuaïa. À Las Vegas, il a orchestré un show enveloppant la Sphere.

L’internationalisation se poursuit. En décembre 2026, Tomorrowland organisera pour la première fois une édition complète en Asie du Sud-Est, à Wisdom Valley, dans la province thaïlandaise de Chonburi, avec la même Mainstage « Consciencia » et le même thème que l’édition belge. Au fil des ans, le festival s’est également étendu au Brésil, en Colombie, au Mexique, aux Pays-Bas, en Espagne et à Dubaï.
Une année record malgré l’incendie de la Mainstage
Ces chiffres ont été enregistrés lors d’une année marquée par un incendie qui a entièrement détruit la scène principale du festival, à peine deux jours avant l’ouverture du week-end de juillet 2025. Le sinistre s’est déclaré le mercredi 16 juillet 2025 sur le site de De Schorre et a ravagé en quelques heures une installation sur laquelle les équipes avaient travaillé pendant deux ans. Aucune victime n’a été à déplorer parmi les 1 000 travailleurs présents, évacués grâce à un plan d’urgence rodé.

Malgré la perte de la scène principale, l’organisation a construit une nouvelle scène, plus petite, en quelques jours, ce qui a permis au festival de se tenir comme prévu dès le vendredi suivant. Les dégâts matériels ont été lourds : le matériel sonore représentait à lui seul environ 4 millions d’euros de pertes, et les décors, panneaux LED et équipements techniques détruits étaient évalués à environ 7 millions d’euros.
Un dossier d’assurance encore ouvert
Un an après le sinistre, l’impact financier des indemnités d’assurance reste incertain et n’apparaît pas encore dans les comptes de l’exercice 2025. Le parquet d’Anvers a ouvert une enquête judiciaire pour incendie involontaire afin d’en déterminer la cause exacte. Selon des informations rapportées par VRT NWS en novembre 2025, le feu serait parti de tests réalisés sur des vasques à feu contenant des substances hautement inflammables, sans qu’il soit établi que ces tests soient à l’origine de la propagation à l’ensemble de la scène. Le parquet examine par ailleurs d’éventuelles irrégularités dans le stockage de feux d’artifice : 317 kilos de matériel pyrotechnique auraient été retrouvés non emballés et prêts à l’emploi.
Les experts estimaient dès juillet 2025 que ce sinistre purement matériel ne devrait pas représenter une catastrophe financière pour l’organisation, les assureurs devant en couvrir l’essentiel. Au 31 décembre 2024, WEAREONE.world disposait de 45 millions d’euros de réserves et ne portait aucune dette financière, ce qui lui laisse une marge pour absorber d’éventuels frais non pris en charge. Le groupe et le parquet restent discrets dans l’attente des conclusions de l’enquête.
Vingt ans d’une réussite entrepreneuriale belge
L’histoire de Tomorrowland remonte à 1997, lorsque Manu Beers, alors scout, organise une première fête réunissant 500 personnes, avec l’aide de son frère aîné Michiel, qui le conduit pour distribuer des affiches. En 1998, les deux frères fondent Lineup Productions depuis la chambre de leurs parents, avant de lancer la première édition de Tomorrowland en 2005 dans le parc De Schorre, à Boom. Le festival s’est depuis imposé parmi les plus reconnus au monde et a été élu cinq années consécutives « meilleur événement musical de l’année » aux International Dance Music Awards.
Les frères Beers, pleinement propriétaires de leur groupe, ont investi environ 40 millions d’euros dans le parc De Schorre depuis le lancement du festival. Les autorités locales leur ont accordé un contrat garantissant l’organisation de l’événement sur ce site pour les 66 prochaines années. L’impact économique de Tomorrowland en Belgique reste considérable : en 2023, l’organisation a généré 75,9 millions d’euros de retombées fiscales et sociales pour l’État belge et soutenu plus de 1 200 fournisseurs belges, pour un montant de 37 millions d’euros.
