Entre l’odeur du bois fraîchement scié et le murmure de l’eau d’un vieux moulin, Hervé Reul transforme la tradition séculaire en laboratoire vivant. À 37 ans, le chef d’entreprise de Reul Frères allie curiosité, transmission et pragmatisme pour faire vibrer la Wallonie autrement.
Dyslexique à l’école primaire, Hervé Reul apprivoise très tôt la persévérance avant de se former en ébénisterie à Verviers, une option aujourd’hui disparue. Il rejoint ensuite Reul Frères, la menuiserie familiale fondée par son père Éric et son oncle Marc il y a 41 ans, spécialisée dans le mobilier sur mesure et installée à Baelen, en province de Liège. Étudiant-ouvrier, il gravit les échelons un à un, s’immergeant dans chaque geste et chaque chantier. À 27 ans, il s’associe à son père et reprend les rênes de la société, forte aujourd’hui de 26 collaborateurs.

Entreprendre en Wallonie ? « C’est un mélange d’attachement territorial et de pari audacieux. La Wallonie n’est plus le moteur économique de la Belgique, mais à Baelen, au carrefour de la rigueur allemande et de la chaleur liégeoise, nos idées prennent vie », confie Hervé. Chacune de ses initiatives équilibre passion et rationalité. « Ce n’est pas l’argent qui lance un projet : c’est un projet qui me passionne qui générera de l’argent. Mais je garde bien sûr la tête froide face à une idée extravagante sans sens ni viabilité. » Reul Frères reste la fondation solide. « Qu’il s’agisse d’une entreprise ou de relations humaines, les bases sont primordiales : elles se construisent puis s’entretiennent pour pouvoir supporter toutes les réalisations suivantes. »
Patrimoine et gastronomie
Avec L’Eauget, Hervé élargit son horizon entrepreneurial. Dans un ancien moulin à eau, ce concept de dîner insolite conjugue patrimoine et gastronomie. Deux à six personnes y savourent un menu, préparé par un restaurant gastronomique et réchauffé par leurs soins, avec la possibilité de dormir sur place. La roue hydraulique, qu’il a restaurée avec l’IND Malmedy, une école d’enseignement qualifiant et de transition, alimente tout le moulin en électricité. « Les jeunes générations boudent les métiers manuels, je voulais leur montrer qu’ils ont du poids et de l’intérêt. Les écoles, quant à elles, doivent évoluer et collaborer avec les entreprises, comme en Allemagne », précise-t-il. Cette philosophie se retrouve dans son rapport à la technologie. « Les robots exécutent des tâches répétitives, tandis que l’humain compose, imagine, dévie. Mais l’IA est bien sûr devenue incontournable : elle permet de concentrer l’énergie humaine là où elle a le plus de valeur. » Dans son portefeuille de projets, MyDimm illustre cette fusion entre manuel et numérique. Cet atelier entièrement numérisé, développé par Reul Frères, conçoit et fabrique du mobilier sur mesure, 100% belge, en un temps record.

Celui qui attend que tout danger soit écarté ne prendra jamais la mer
Pour Hervé, la réussite ne se lit pas dans les bilans, mais dans l’humilité et l’empreinte laissée. Ce qui alimente son énergie au quotidien ? « Continuer à fournir davantage d’efforts pour inscrire une trace locale, tout en assumant des risques mesurés. Celui qui attend que tout danger soit écarté ne prendra jamais la mer », rappelle-t-il avec conviction.
