Héritier d’une lignée de diamantaires anversois active depuis plus de 75 ans, Sahag Arslanian vient de lancer sa marque éponyme en juillet 2025. En maîtrisant toute la chaîne, du diamant brut à la pièce finie, il entend bousculer les codes de la scène parisienne.
La genèse : exploiter le « behind the scenes »
Après dix ans au sein de l’entreprise familiale, Sahag Arslanian a choisi de s’extraire du seul commerce de pierres pour investir le secteur de la création. Son constat de départ repose sur une observation des stocks familiaux : de nombreux diamants aux nuances rares, qu’il nomme « off-colors » (couleurs hybrides comme le jaune-vert), restaient cantonnés au monde des initiés sans trouver leur place dans la joaillerie traditionnelle.
« Je les vois tellement au bureau, mais je ne le vois pas dans la joaillerie […] c’est dommage qu’on ne donne pas leur place aux diamants de couleur ». En utilisant ces pierres moins « pures » que les standards intenses ou vivid des grandes maisons, Arslanian propose une alternative aux prix qu’il juge souvent prohibitifs et trop orientés vers l’investissement pur.

Une stratégie de différenciation par la technique
Le lancement de la marque a été marqué par l’obtention du Grand Prix de la Haute Joaillerie à Monaco (Best New Talent). Pour se démarquer dans un marché saturé par les grands groupes de luxe, l’entrepreneur mise sur la complexité technique plutôt que sur la seule surenchère de carats. Son premier collier phare, illustrant les phases de la lune, a été conçu pour démontrer une maîtrise conceptuelle supérieure.
« La haute joaillerie, ce n’est pas simplement du temps et de l’argent. […] Nos créations, d’un point de vue conceptuel, sont extrêmement complexes. En prime, je suis l’un des seuls joailliers avec un background diamantaire dans le brut. Nous sourçons nous-mêmes les pierres, nous les taillons nous-même. »
Cette approche technique s’appuie sur une fabrication française et italienne via des ateliers indépendants, fuyant la rationalisation des grandes structures industrielles. Pour Sahag Arslanian, l’excellence réside dans une « parfaite balance entre la conception, la manufacture et la pierre ».

Un modèle économique indépendant
Sur le plan du business model, l’entreprise Arslanian se distingue par un accès direct à la ressource brute, un avantage concurrentiel rare dans le secteur. En effet, le groupe familial est l’unique fournisseur de la marque, garantissant une traçabilité directe et une certification RJC (Responsible Jewellery Council).
La structure est aujourd’hui entièrement autofinancée. Pour accompagner l’accélération de son développement et soutenir son expansion internationale, une ouverture du capital pourrait être envisagée à moyen terme. Le fondateur affiche des ambitions élevées, visant un chiffre d’affaires de 20 millions d’euros d’ici cinq ans, tout en rappelant qu’une maison de cette nature nécessite généralement trois à cinq ans avant d’atteindre son plein équilibre financier.
Le choix de la galerie parisienne
Plutôt qu’une boutique traditionnelle, Sahag Arslanian a ouvert une « galerie » au 34 avenue Matignon, au cœur du quartier des marchands d’art. L’objectif est de recevoir une clientèle internationale de collectionneurs (Europe, Moyen-Orient, Asie) dans un cadre intime, loin du flux des grands magasins.

Bien que la marque organise des événements saisonniers dans les montagnes suisses ou sur la Côte d’Azur, l’implantation fixe à Paris était jugée stratégique. « Vous devez avoir un lieu où vous pouvez recevoir vos clients, vous ne pouvez pas vivre à travers des événements. Paris est à la haute joaillerie ce que Genève est aux montres. »
Pour Sahag Arslanian, l’enjeu final est de transformer ce lancement en une institution pérenne : « L’espoir, c’est d’être une nouvelle maison dans les années qui viennent. »

