Le 24 juin 2026, à La Chaux-de-Fonds, deux étudiants de l’IATA de Namur ont figuré au palmarès de la 28e édition du Prix Cartier des Talents Horlogers de Demain. Ce doublé conforte la réputation naissante de l’école wallonne, sans garantir pour autant à la Belgique une place durable dans l’écosystème de la haute horlogerie.
La cérémonie s’est tenue pour la première fois à la Maison des Métiers d’Art, le centre que Cartier a créé en 2014 pour préserver les savoir-faire artisanaux appliqués à l’horlogerie. Sur le thème « Changeons d’équilibre : lisons et appréhendons le temps autrement », le jury a récompensé six lauréats, trois apprentis et trois techniciens, venus de France, de Suisse et de Belgique. Dans la catégorie des apprentis horlogers, le premier prix est revenu à Aymeric Peters, de l’IATA de Namur, tandis que sa camarade Layla Sluysmans décrochait un deuxième prix ex æquo.
Deux pièces, une même lecture du temps
Aymeric Peters a été distingué pour Silence Choisi, une pendulette inspirée des pendules de la fin du XIXe et du début du XXe siècle. Ses aiguilles restent figées à six heures tant qu’une clé ne vient pas les libérer, selon un principe emprunté au chronographe à rattrapante. L’objet n’affiche l’heure que lorsqu’on la lui demande. Layla Sluysmans a présenté Nymphéa, un nénuphar mécanique en résine et ébène dont les pétales s’ouvrent et se referment sur un cycle de deux heures pour dévoiler un cadran en émail. Les deux créations répondaient à la commande de l’édition, qui invitait les candidats à s’écarter de la lecture conventionnelle de l’heure.

Namur, deux éditions et déjà un palmarès
La Belgique ne participe au concours que depuis 2024, année de son ouverture aux candidats belges. Dès cette première apparition, l’IATA plaçait Marta Maziers en tête de la catégorie des apprentis, lors de la 27e édition dont la cérémonie s’est tenue en janvier 2025 au Musée international d’horlogerie. Avec le doublé de 2026, l’école namuroise totalise trois podiums en deux participations. Ce résultat repose toutefois sur un échantillon réduit et sur un seul établissement, ce qui invite à la prudence avant d’évoquer une tradition installée.
Un concours qui sert aussi la stratégie de Cartier
Le Prix ne relève pas seulement du mécénat. Créé en 1995 par l’Institut Horlogerie Cartier, il s’inscrit dans une politique de formation que le groupe Richemont, propriétaire de la Maison, assume ouvertement. En 2025, le directeur des opérations de Cartier, Karim Drici, a annoncé vouloir tripler le nombre d’apprentis formés par l’Institut dans les trois années suivantes. Le contexte éclaire cette ambition : selon la Convention patronale de l’industrie horlogère suisse, le secteur devait former ou recruter environ 4.000 collaborateurs à l’horizon 2026. Récompenser de jeunes horlogers, leur offrir une montre, une immersion dans la Maison et, pour les premiers prix, une proposition de stage permet aussi d’alimenter un réservoir de main-d’œuvre qualifiée dont l’industrie manque.
Des retombées réelles, mais inégales
Ces récompenses produisent des effets concrets, distribués de façon inégale. Seuls les premiers prix de chaque catégorie se voient proposer un stage au sein des manufactures Cartier. Aymeric Peters y a droit ; Layla Sluysmans, deuxième ex æquo, reçoit la montre et l’immersion, mais pas cette porte d’entrée professionnelle. La question du débouché se pose plus largement pour les diplômés belges. La Suisse concentre l’essentiel des emplois de la haute horlogerie, et plusieurs observateurs relèvent que les jeunes formés à Namur pourraient devoir s’expatrier pour exercer. La filière belge, dépendante d’un enseignement qualifiant lui-même fragilisé par les réformes en cours, gagne en visibilité sans disposer, à ce stade, d’une base industrielle locale capable de retenir ses talents.
Cartier a par ailleurs annoncé une évolution du concours. À partir de la 29e édition, dont l’appel à candidatures s’ouvre à l’automne 2026, le prix s’étendra à la joaillerie et prendra le nom de Prix Cartier des Talents Horlogers et Joailliers de Demain. Les premières informations diffusées mentionnent des candidats suisses, français et italiens pour ce volet joaillier, sans référence à la Belgique. Pour l’IATA de Namur, l’enjeu des prochaines éditions consistera à transformer deux succès horlogers en présence durable, à mesure que le concours élargit son périmètre.
