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Palais Stoclet : une lettre ouverte à Boris Dilliès pour rendre à Bruxelles son joyau UNESCO

Dans une lettre ouverte adressée au ministre-président bruxellois Boris Dilliès, le journaliste et chroniqueur du patrimoine Paul Grosjean plaide pour que le Palais Stoclet, chef-d’œuvre classé au patrimoine mondial de l’UNESCO, retrouve son rôle de vitrine de la capitale. Son idée : faire de cette demeure de l’avenue de Tervueren un outil de rayonnement pour la Région, à l’approche du bicentenaire de la Belgique.


Lettre ouverte

Monsieur le Ministre-Président,
Cher Boris,

Ne voyez dans cette formule aucun manque de respect mais simplement le souci de vous interpeller dans un esprit constructif. Car je crois dans votre engagement à revaloriser l’image de la Région de Bruxelles-Capitale. Vous entendez vous battre pour que Bruxelles retrouve sa place dans le monde et pour que nos concitoyens soient à nouveau fiers d’être Bruxellois. « Avec le bicentenaire, avez-vous déclaré, on a un formidable objectif de rendez-vous pour démontrer que Bruxelles est de retour ». Vous avez d’ailleurs réaffirmé votre attachement à la monarchie. Permettez-moi dès lors de vous prendre au mot et de vous soumettre, en toute modestie, un grand projet en faveur du rayonnement de la capitale. Il concerne un des phares du patrimoine bruxellois, en l’occurrence le Palais Stoclet

En réalité, le Palais Stoclet est un chef-d’œuvre de l’architecture autrichienne, classé au patrimoine mondial de l’UNESCO. Comme l’a expliqué l’historien de l’art Gaspard Melville, sur les antennes de la RTBF, ce palais est « un bâtiment extraordinaire, un bâtiment de rupture entre le XIXe et le XXe siècle. Josef Hoffmann et d’autres architectes ont proposé une œuvre radicale, géométrique, qui donnait tous les ingrédients du XXe siècle dès 1905 ».

Josef Hoffmann avait reçu comme mission, non seulement de construire une maison unifamiliale de nature à épanouir les époux Stoclet et leurs trois enfants, mais aussi de concevoir un écrin pour leur considérable collection d’œuvres d’art du monde entier, tout en leur permettant d’assouvir leur goût pour la musique et de recevoir des invités de marque dans des espaces de prestige.

Force est de constater que ces objectifs ont été atteints au-delà de toute espérance pendant les 38 années, entre 1911 et 1949, qu’Adolphe et Suzanne Stoclet ont passées dans leur belle demeure. Par exemple, leur salle de musique fut, de leur vivant, un haut lieu bruxellois de l’avant-garde musicale et du jazz. Tout était, en fait, prétexte à la fête dans le Palais Stoclet. Ainsi, la grande salle à manger, rehaussée par la frise de Klimt, accueillit les plus hautes personnalités.

Pour s’en convaincre, il suffit de parcourir le fameux livre d’or, conçu par Hoffmann. Y figurent les signatures de Jean Cocteau, Paul Claudel, Sacha Guitry, Anatole France, Igor Stravinsky, Robert Mallet-Stevens, Gustave van de Woestyne, Émile Verhaeren… Finalement, Adolphe Stoclet décéda à son domicile le 3 novembre 1949 et Suzanne le rejoignit le 16 novembre 1949, soit quelques jours plus tard…

La baronne poursuit l’œuvre des époux Stoclet

C’est en 1952, à la suite de ces deux décès, que le fils cadet, Jacques Stoclet, prit possession des lieux en compagnie de son épouse Anna Geerts et de ses quatre filles. Jacques décéda neuf ans plus tard, en 1961. Anny, quant à elle, s’en alla en 2002. Au total, elle vécut 50 ans, entre 1952 et 2002, dans le Palais Stoclet. Il est dès lors permis de dire qu’elle marqua l’histoire de ce chef-d’œuvre UNESCO autant qu’Adolphe et Suzanne.

Comme ses beaux-parents, elle accueillait régulièrement dans sa maison des artistes, souvent d’origine flamande : Jef van Tuerenhout, Octave Landuyt, Roger Wittevrongel… Comme ses beaux-parents, elle organisait de nombreux concerts dans la demeure familiale, notamment avec les lauréats du Concours Reine Elisabeth ou dans le cadre du Festival Ars Musica, fondé en 1989 par Paul Dujardin et Bernard Foccroulle. Depuis le décès de la baronne Stoclet, en 2002, le palais n’est pas habité, si ce n’est par les concierges…

Dans la perspective du bicentenaire

Aujourd’hui, le Palais Stoclet n’est plus à la hauteur de son passé prestigieux. En fait, il est en manque d’un véritable projet, faute de consensus au sein des descendants d’Adolphe et Suzanne Stoclet. C’est pourquoi, Monsieur le Ministre-Président, je vous encourage à tenter de convaincre les ayants droit. L’idée serait qu’ils mettent leur trésor à la disposition de la Région de Bruxelles-Capitale avec, comme obligation pour celle-ci, d’en faire un formidable outil de relations publiques au service de la Région.

Il s’agirait de relancer les « rencontres au sommet » dans le Palais Stoclet, comme au « bon vieux temps » d’Adolphe et Suzanne ou de la baronne Stoclet. Signalons que les contacts au plus haut niveau dans cette demeure UNESCO existent encore de manière informelle. Il me revient que, systématiquement, quand un lauréat du Prix Pritzker, considéré comme le prix Nobel d’architecture, est de passage à Bruxelles, il lui est proposé de découvrir le chef-d’œuvre de Josef Hoffmann. C’est ainsi que Christian de Portzamparc et Jean Nouvel ont pu visiter la résidence d’Adolphe et Suzanne Stoclet. Je me suis laissé dire également que l’ambassade d’Autriche organisait parfois des rencontres dans la pépite de Woluwe-Saint-Pierre.

Bref, le projet s’inscrirait parfaitement dans l’esprit des lieux. Et soyons un peu fous : pourquoi ne pas imaginer cette opération de communication dans la perspective du bicentenaire de la Belgique ? Le lancement de la campagne pourrait dès lors se dérouler dans le temple de l’avenue de Tervueren en la présence du Roi et de la Reine, qui, à ma connaissance, n’ont jamais pénétré ce palais-là. Qu’en dites-vous, Monsieur le Ministre-Président ? Ne faudrait-il pas envisager la question ?

Sincères et respectueuses salutations.

Paul Grosjean
Chroniqueur historique

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