Coup de tonnerre dans le monde entrepreneurial wallon, et plus largement belge ! Fabien Pinckaers, le fondateur et CEO d’Odoo, menace de s’exiler face à la proposition de taxe sur le patrimoine qu’ont lancée récemment Les Engagés. « Ma seule option est de quitter la Belgique », met-il en garde. Le texte a toutefois peu de chances d’aboutir…
Dimanche dernier, Yvan Verougstraete, le président du parti centriste, a défendu une taxe de 0,3 % sur le patrimoine mobilier pour les personnes disposant de plus de 500.000 euros sur leur compte en banque, en cash ou en actions. Cela correspond, d’après lui, aux 5 % les plus riches vivant en Belgique. Cette contribution atteindrait 0,6 % au-delà de 3 millions d’euros. Le président des Engagés évoque une « cotisation de solidarité » qu’il compte défendre lors des travaux budgétaires du gouvernement fédéral à venir.
Dans la foulée, dès lundi, le MR, par la voix de son président Georges-Louis Bouchez, n’a pas manqué de dénoncer une « rage taxatoire » qui doit cesser, selon lui.
Les deux partenaires francophones de majorité au fédéral ne semblent donc pas sur la même longueur d’onde…
Et ce mercredi, c’est Fabien Pinckaers qui est sorti du bois.
« Adieu la Belgique ! Je risque de devoir m’exiler… », commence-t-il dans un message posté sur LinkedIn. « Yvan Verougstraete et les Engagés souhaitent taxer “les riches”. C’est une taxe sur les entrepreneurs, sur la valeur de leur entreprise », regrette-t-il.
Vu son patrimoine, le CEO d’Odoo devrait payer 0,6 % chaque année sur ses actions. Étant donné qu’il possède un peu plus de 50 % de l’entreprise, valorisée à environ 10 milliards d’euros, cela ferait plus de 30 millions d’euros de taxes à payer par an, selon son calcul. « Sauf que je n’ai pas plus de 100.000 euros sur mon compte en banque », écrit-il.
« Avec cette proposition, ma seule option est de quitter la Belgique. (Vendre mes actions Odoo aux actionnaires américains pour payer mes taxes serait perdre le contrôle de la société : hors de question) », ajoute Fabien Pinckaers.
Il plaide pour « arrêter de stigmatiser “les riches”. La richesse des plus riches n’est pas de l’argent sur un compte pour partir en vacances. Ce sont, au contraire, des actions dans des entreprises. Ces actifs (propriété intellectuelle, comptes bancaires, immeubles, employés) sont exploités par l’entreprise, pas par les actionnaires », développe l’entrepreneur.
« Cette richesse sert à engager des collaborateurs, à payer des salaires, à créer des services ou produits à valeur ajoutée… Bref, à faire tourner l’économie belge. Exemple, la contribution d’Odoo Belgique : 323 millions d’euros d’export/an (cash importé de l’étranger en Belgique), environ 100 millions d’euros de taxes par an, plus de 500 millions d’euros de plus-value pour les fonds publics wallons (qui sont actionnaires de l’entreprise, NDLR) et 15.000 emplois en Belgique (directs et indirects) », détaille le CEO.
Il trouve, par contre, normal d’être taxé davantage si, à l’avenir, il souhaitait se rémunérer plus, via son salaire ou des dividendes.
« Je ne suis pas seul. Taxer les entrepreneurs (personnellement) sur la valeur de leur société est un non-sens. Cela va nécessairement impliquer une fuite des talents et des capitaux », prédit Fabien Pinckaers.
« Je ne m’exprime jamais sur la politique. Mais, là, je risque gros ; j’aimerais vraiment continuer à développer Odoo en Belgique ! », conclut-il.
Dans la foulée de ce post LinkedIn, Yvan Verougstraete a réagi en assurant que Fabien Pinckaers n’était pas concerné comme il le détaillait par ce texte et s’est dit ouvert à réfléchir aux modalités de la mesure. « Que ce soit un plafond ou un régime spécial pour ceux qui sont actifs dans leurs entreprises. On peut même discuter d’un cap ou de la possibilité de déplacer la contribution pour ceux qui détiennent des actions peu liquides. Je suis même prêt à envisager toute autre mesure pour faire participer ceux qui ont la chance d’avoir un patrimoine financier qu’ils peuvent faire fructifier. »
