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Artissima : les Belges à Turin

À Turin, la 33e Artissima accueillait 2 galeries belges, et un beau contingent d’artistes de Belgique.

Cette année, à Turin, la foire Artissima, principale foire italienne d’art moderne et contemporain, avait pris pour thème Fancy: A Flexible, Acrobatic Body, recherche autour de l’imaginaire du corps inspirée de la pensée de la philosophe américaine Martha C. Nussbaum.

Deux galeries belges ont répondu présentes. Le Bruxellois Olivier Meessen présentait un stand centré autour d’une figure de l’arte povera italien, Claudio Parmiggiani, avec une œuvre de ses tout débuts (1970), dans laquelle il trouva la formule de ses images inscrite sur la surface par l’œuvre de la fumée. Un autre grand format plus récent (2018), silhouette blanche d’une grâce sculpturale et fantomatique, illustrait toute la magie atteinte par cet artiste en plus d’un demi-siècle de carrière. « J’aime venir à Artissima car on y reçoit beaucoup de curateurs et les visiteurs sont très éclairés », précise le galeriste.

Un Parmiggiani magistral chez Olivier Meessen © DR

L’autre Belge, la galerie Isabelle, créée par Isabelle de Caters à Dubaï en 2006, consacre son stand à un duo d’artistes iraniens, Tirdad Hashemi et Soufia Erfanian. « Nous voici de retour à Turin avec ce couple difficile à montrer à Dubaï du fait de la situation géopolitique. Nés en Iran, ils se sont rencontrés à Berlin, où ils habitent. Tirdad est transgenre et vit et travaille avec sa femme, Soufia. Cette série que j’expose à Artissima, Les Fleurs, exprime les cycles de la nature fécondés par les rapports humains et l’amour, engrais du renouveau, contre l’adversité. » Ces œuvres offrent des images de plantes et de fleurs flottants dans l’espace, et des scènes représentant les amis des artistes ou eux-mêmes y sont accolées comme des fenêtres intimes.

Les dessins du duo iranien chez Isabelle de Caters © DR

Au-delà de ces deux galeries, plusieurs autres galeries internationales présentaient des artistes belges. Ainsi, la Napolitaine Alfonso Artiaco réunissait notamment trois de nos artistes : Johan Creten, nouveau-venu dans la galerie depuis 2025, Michel François, qu’elle expose depuis près de dix ans et Ann-Veronica Janssens, qu’elle accompagne depuis 2006. Galleria Continua, l’une des majors européennes, exposait une aquarelle de grand format de Hans Op De Beeck, Toon (Soap Bubble). Un enfant souffle une bulle de savon où la scène se reflète comme dans une vanité, double sujet récurrent dans l’histoire de l’art. Quant à la galerie bolognaise P420, elle affichait une huile de grand format de Pieter Vermeersch, une série où l’artiste marie la toile et le marbre.

Et la Belgique en Turquie

Enfin, un artiste belge, le gantois Stijn Ank, est allé jusqu’en Turquie élaborer ses totems moulés à la main, qui sont présentés par la galerie Öktem Aykut, basée à Istanbul. Le duo de fondateurs Doğa Öktem et Tankut Aykut l’a rencontré à Art Brussels, où il exposait.

« Nous l’avons exposé à Istanbul puis à la Foire internationale de Paris. Et début octobre dernier, il a réalisé une œuvre in situ pour la 10e Biennale de Çanakkale. »

Stijn Ank éclaire son travail : « Je fabrique des moules, souvent en argile, et j’y verse du plâtre liquide. J’y imprime les traces de mes doigts autour d’une structure en fer, puis j’enlève l’argile, ce qui révèle le « négatif » de chaque empreinte digitale ».

Un totem de Stijn Ank © DR

Pourquoi cet attrait pour la Turquie ? « On y aborde l’art davantage sous l’angle de la poésie que sous celui des objets. Le sens est plus ouvert, davantage axé sur la perception. Je le ressens fortement dans la galerie Ökten Maykut, au contact des autres artistes exposés. Je qualifie bon nombre des œuvres présentées ici, que j’ai commencées en 2006, de « corps », à l’instar de “corps en devenir”. »

En effet, ses premiers moules étaient des objets trouvés, des morceaux de bois, qu’il juge rétrospectivement « assez statiques ». Plus il avance, plus ses moules gagnent en dynamisme : « ils se déforment au moment où je verse le plâtre à l’intérieur et d’une certaine manière, les sculptures deviennent ce qu’elles veulent être. C’est un parallèle avec ma vie. J’étais dans le moule des personnes qui me façonnaient, et aujourd’hui je me sens plus libre… »

www.artissima.art
30.10–01.11.2026

Johan-Frédérik Hel Guedj
Johan-Frédérik Hel Guedj
Johan-Frederik Hel Guedj est journaliste et auteur français. Rédacteur en chef pendant 7 ans de la revue Pouvoirs Locaux, consacrée aux politiques culturelles, il a publié huit ouvrages chez des éditeurs français et belges, dont deux romans, un essai consacré à Orson Welles, et quatre livres d’art. En plus de Forbes, il collabore à L’Echo et au Quotidien de l’Art (Paris).

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