Trois adresses pour ce mois. À Anvers, IBASHO associe Hitoshi Fugo à une rétrospective de son maître Eikoh Hosoe. L’Espace Odradek rassemble Michaux, Dotremont et d’autres autour de l’écriture asémique. In Gate Gallery dévoile un Éden recomposé entre peinture, images numériques et rebuts industriels.
Ibasho – Floating Around
À Anvers, la galerie IBASHO présente Floating Around, sa deuxième exposition personnelle du maître Hitoshi Fugo, né en 1947. Ses œuvres sont construites à partir d’images abstraites libérées des notions de temps, de lieu et d’objet, recomposant des images mystérieuses. Cette série, réalisée entre 1971 et 1997 à Paris, New York, au Japon et ailleurs, lui a été inspirée par une photographie prise au hasard, représentant des carpes nageant dans un aquarium, qui a fait resurgir des souvenirs des crises d’asthme dont il souffrait enfant. À travers la photographie, il a cherché à recréer ces images mentales fugaces. Pour Fugo, « la photographie n’est pas simplement une copie de la réalité » et « ne se limite pas à emprisonner les sujets dans le temps présent », et elle devient un mode d’expression littéraire.

En parallèle, la galerie présente une rétrospective Eikoh Hosoe – qui fut le maître de Fugo –, intitulée Sensei. Hosoe (1933-2024) était l’un des maîtres – sensei, en japonais – de la photographie japonaise d’après-guerre. Après sa première exposition personnelle, An American Girl in Tokyo, en 1956, dès 1959, il s’associe à Shōmei Tōmatsu, Kikuji Kawada, Ikkō Narahara, Akira Satō et Akira Tanno pour fonder l’agence photographique indépendante VIVO – « vie » en espéranto. Ils ont ainsi engendré une photographie très subjective et expérimentale.
Les Unreadables chez Odradek
L’Espace Odradek offre aux artistes un lieu de création, notamment avec ses résidences qui favorisent les projets interdisciplinaires – arts visuels, poésie, performance, musique, expression corporelle…

François de Coninck a imaginé The Unreadables en explorant l’écriture dite asémique, forme d’art hybride qui fusionne le texte et l’image, générant de libres associations de sens. Un choix d’œuvres modernes et contemporaines de Gérard Berréby, Jacques Calonne, Christian Dotremont, Henri Michaux, Eugène Savitskaya, pour ne nommer qu’eux, nous confronte à la dimension physique de l’écriture, à son aspect proprement matériel. Les signes qui composent ces œuvres sont des leurres : ils possèdent tous les attributs et l’attrait visuel de l’écriture, mais sont dépouillés du sens qui leur est habituellement associé. Ce sens, cette composante immatérielle de l’écriture, s’évapore littéralement sous nos yeux, selon un procédé très présent dans l’art belge du XXe siècle.
In Gate Gallery. Messages de l’Eden
Olga Tobreluts, Irina Annina et Dmitry Bulnygin nous envoient des Notes from EDEN, entre peinture, images numériques et installations sculpturales, une réflexion sur la frontière mouvante entre le monde naturel et le monde construit.
Dans sa série Transcoders, Olga Tobreluts est partie d’une imagerie figurative, transformée en structures codées à l’aide d’un logiciel de modélisation, puis a reconstitué ces formes sur toile, en recourant à la peinture classique, créant un langage visuel intermédiaire entre analogique et virtuel.
Les paysages monochromes de la série Alien Presence d’Irina Annina offrent des visions sobres inspirées du mythe du paradis et construisent un Éden caché, à l’abri de la saturation d’images qui nous assaille. Elle recourt au monochrome pour accentuer la résonance émotionnelle et métaphysique de ces paysages dépouillés de couleur et de spectaculaire.
Enfin, la série sculpturale de Dmitry Bulnygin, à partir de rebuts industriels, construit des formes florales entre croissance et décomposition, l’organique et l’artificiel devenant indissociables : les débris industriels se transforment en fragiles structures botaniques, et la nature elle-même apparaît artificielle, conçue mécaniquement.
