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La Garde bruxelloise : l’organisation au service de l’accès aux soins

Sept postes médicaux, des visites à domicile et plusieurs centaines de médecins mobilisés au fil de l’année : la Garde bruxelloise coordonne la médecine générale de garde dans les dix-neuf communes de la capitale. Alors que l’organisation poursuit sa professionnalisation, trois enjeux structurent désormais son développement : finaliser la couverture territoriale de Bruxelles, faire évoluer ses outils numériques et renforcer son intégration dans l’écosystème de santé bruxellois.

Des médecins réunis dans une salle, une plage horaire annoncée, des mains qui se lèvent pour prendre une garde. Il y a quelques années encore, certains créneaux étaient attribués « à la criée ». Aujourd’hui, les disponibilités et préférences des médecins sont centralisées dans un outil dédié, avant validation humaine.

Cette évolution s’inscrit dans une mission plus large : organiser, coordonner et promouvoir la garde de médecine générale en Région bruxelloise. Créée en 2014, la Garde bruxelloise, ou GBBW (Garde Bruxelloise Brusselse Wachtdienst), est née de l’opérationnalisation, de la structuration et de la centralisation d’une obligation légale de garde existant depuis plus de vingt ans.

À la tête de la Garde bruxelloise depuis janvier 2022, Laurent Otero Fernandez s’appuie sur une douzaine d’années d’expérience dans la banque et l’assurance, où il a notamment accompagné plusieurs projets de réorganisation. Un parcours qui trouve un écho dans les enjeux de la GBBW : coordonner les équipes, structurer les processus et adapter les moyens à l’activité. « L’organisation et l’optimisation des processus ont toujours été au cœur de mon parcours », résume-t-il. 

Comment mutualiser une ressource médicale précieuse à l’échelle de Bruxelles ? 

La Garde bruxelloise est une ASBL (Association Sans But Lucratif) commune aux cercles de médecins généralistes francophone et néerlandophone. Elle organise une permanence à l’échelle de la Région de Bruxelles-Capitale, en associant consultations dans des postes fixes et visites à domicile, dans le cadre de l’obligation légale pour les médecins généralistes et ceux en formation d’assurer une permanence de garde.

Depuis 2014, le réseau est passé de deux à sept postes médicaux. Selon les années, entre 300 et 400 médecins participent au dispositif. Leur niveau d’engagement varie : certains assurent ponctuellement des gardes, tandis que d’autres interviennent plus régulièrement.

Derrière les consultations, une équipe d’environ cinquante personnes assure le fonctionnement du dispositif : accueil, administration, coordination, organisation des déplacements et accompagnement des médecins. Cette centralisation permet de mutualiser les moyens à l’échelle de Bruxelles et d’ajuster les ressources en fonction des besoins.

Pour les patients, plusieurs portes d’entrée existent. L’appel au numéro fédéral 1733 permet une orientation vers un poste médical ou une visite à domicile. Il reste également possible de se présenter directement dans un poste sans appel préalable.

« On ne veut pas bloquer l’accès aux patients qui se présentent spontanément », souligne Laurent Otero Fernandez.

Cette accessibilité comporte également une dimension financière : les consultations réalisées dans le dispositif suivent les tarifs conventionnés, avec un reste à charge dépendant de la situation du patient.

Quelle place pour La Garde Bruxelloise dans le parcours de soins ?

La Garde bruxelloise ne fonctionne pas isolément. Quatre de ses sept postes médicaux se trouvent sur un site hospitalier ou à proximité immédiate.

Au CHU Saint-Pierre, un protocole élaboré conjointement permet notamment de réorienter certains patients depuis les urgences vers le poste voisin lorsqu’une prise en charge hors du service d’urgence est adaptée à leur situation.

L’objectif est double : apporter au patient une réponse adaptée à son besoin et contribuer à désengorger les urgences, en préservant les ressources hospitalières pour les situations qui les nécessitent.

Cette organisation suppose cependant davantage qu’une simple proximité géographique. Elle implique la mise en place de procédures communes, des échanges entre professionnels et une réflexion sur les conséquences organisationnelles et financières des réorientations, à l’image du travail déjà développé avec le CHU Saint-Pierre. 

Des discussions sont également menées avec d’autres hôpitaux, pharmacies et acteurs de santé, ainsi qu’avec GIBBIS, afin de développer progressivement ces collaborations.

Quels défis pour les prochaines années ?

Trois défis structurent désormais le développement de La Garde Bruxelloise : achever la couverture territoriale, faire évoluer les outils informatiques et renforcer la visibilité ainsi que l’intégration de la garde auprès des patients et des acteurs de santé.

Couvrir l’ensemble de Bruxelles

Le premier défi est géographique.

Avec sept postes médicaux actuellement en activité, l’organisation couvre déjà une large partie de la Région de Bruxelles-Capitale. L’ouverture prévue d’un huitième poste doit permettre d’achever ce maillage et d’atteindre une couverture de 100 % du territoire bruxellois.

L’enjeu ne consiste toutefois pas seulement à disposer d’un poste supplémentaire. Une meilleure couverture implique également de répartir correctement les médecins, les équipes d’accueil et les ressources en fonction de la fréquentation réelle de chaque zone.

Plus le dispositif sera connu et utilisé, plus cette capacité d’adaptation deviendra déterminante.

Faire évoluer les outils numériques

Le deuxième défi concerne l’évolution des outils informatiques. En 2023, la Garde bruxelloise a développé, en collaboration avec des médecins, un système d’auto-planification permettant de gérer plus efficacement les disponibilités et les gardes. Depuis le printemps 2026, ce principe est également déployé auprès de la cinquantaine de collaborateurs de l’ASBL, avec une gestion et une révision automatisées des plannings.

La prochaine étape porte sur l’intégration de nouveaux outils d’aide aux équipes et aux médecins : intelligence artificielle, solutions linguistiques adaptées au contexte bilingue et multiculturel bruxellois, mais aussi intégration des avancées médicales et formation à ces nouveaux usages.

L’objectif reste le même : utiliser la technologie pour améliorer l’organisation, la gestion des ressources et la qualité du service de garde.

Trouver sa place dans l’écosystème de santé bruxellois

Le troisième défi est probablement le plus transversal : celui de la visibilité, des collaborations et des habitudes de recours aux soins.

Pour une partie de la population, se rendre aux urgences reste encore le premier réflexe lorsqu’un problème médical survient en dehors des horaires habituels des cabinets.

Changer ce réflexe suppose de mieux faire connaître la médecine générale de garde, mais également d’expliquer clairement sa place dans le parcours de soins.

La Garde bruxelloise développe ainsi ses liens avec les hôpitaux, les pharmacies, les associations ou encore les universités. Sa présence lors de la rentrée universitaire de l’ULB illustre cette approche : informer les étudiants dont le médecin traitant se trouve parfois loin de Bruxelles et leur faire connaître l’existence d’un poste médical situé à proximité du campus.

Les pharmacies peuvent également jouer un rôle essentiel de relais auprès de patients qui ne connaissent pas encore le dispositif.

L’objectif à long terme est donc autant culturel qu’organisationnel : installer progressivement la Garde bruxelloise parmi les réflexes naturels des habitants lorsqu’ils recherchent une prise en charge médicale en dehors des horaires classiques.

Comment faire de La Garde Bruxelloise un réflexe mieux identifié ?

La GBBW représente aujourd’hui, selon les ordres de grandeur communiqués par sa direction, plus de 40 000 contacts de soins par an entre les postes médicaux et les visites à domicile, ainsi qu’environ 50 000 appels téléphoniques.

Tous ces appels ne débouchent pas nécessairement sur une consultation. Mieux comprendre leur parcours et leurs suites fait partie des axes d’analyse envisagés pour 2027.

La visibilité reste pourtant un enjeu majeur.

Un des sept postes médicaux de la Garde bruxelloise en Région de Bruxelles-Capitale. Photo GBBW

En 2026, l’ASBL n’a bénéficié d’aucun financement spécifiquement dédié à sa communication et a mobilisé ses fonds propres pour poursuivre certaines actions. Les partenaires de terrain deviennent donc essentiels pour faire connaître l’organisation.

À mesure que le réseau s’étend et que les collaborations se renforcent, un autre enjeu apparaît : absorber une fréquentation potentiellement croissante sans dégrader la qualité de prise en charge. L’ambition dépasse ainsi l’ouverture de nouveaux postes. Il s’agit progressivement de donner à la garde de médecine générale une place clairement identifiée dans le système de santé bruxellois.

« L’enjeu, c’est d’apporter le bon soin, au bon endroit, au bon moment, tout en aidant les patients à trouver ou retrouver leur place dans le système de santé », résume Laurent Otero Fernandez.

À terme, l’enjeu est donc autant de renforcer le dispositif que de faire de la garde de médecine générale un réflexe clairement identifié et accessible pour l’ensemble des Bruxellois.

Cet article a été écrit en étroite collaboration avec La Garde bruxelloise.

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