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Au-delà des discours, de vrais investissements pour les femmes dans la tech : le pari de Womenpreneur et Cegelec

« Il n’y a pas en Belgique de leadership politique qui parle pour les femmes. » « Comment peut-on pousser notre pays à devenir un hub technologique en Europe si on n’investit aucun budget pour l’intégration des femmes dans ce secteur? ». Voilà un constat et une interrogation assez criants de la part de Sana Afouaiz, la fondatrice et CEO de Womenpreneur Initiative, une organisation basée à Bruxelles et engagée dans l’émancipation économique et professionnelle des femmes dans l’entrepreneuriat, la technologie et l’innovation. Elle vient d’ailleurs de lancer une formation de dessinatrice 3D en partenariat avec Cegelec, une filiale du groupe VINCI Energies.

Il manque cruellement de femmes dans les métiers de la tech en Belgique, et même ailleurs, constate l’ancienne militante activiste devenue entrepreneuse. Raison pour laquelle elle a lancé, en 2016 déjà, Womenpreneur Initiative avec l’objectif de rendre le monde du travail plus accessible aux femmes en leur donnant les outils pratiques pour les rendre autonomes, d’où qu’elles viennent et quel que soit leur niveau de formation. Bref, de les intégrer au mieux. L’ASBL cible plusieurs métiers: ceux du Web (graphisme, codage, intelligence artificielle, digital marketing et développement informatique, dont la cybersécurité, etc.), la 3D ou encore la réparation des tablettes et des téléphones portables.

Depuis 2024, l’association, répertoriée comme « initiative de changement » par la Banque mondiale, dispose de son propre centre de formation, entièrement réservé à la gente féminine, juste à côté de la gare du Nord. Un centre lancé car les universités ne parviennent pas à endiguer le manque de femmes dans tous ces métiers et secteurs, justifie sa fondatrice.

© Womenpreneur

Mais, au fond, pourquoi un tel manque ? La culture et l’éducation y sont pour beaucoup, analyse Sana Afouaiz. « Les filles sont éduquées à suivre certains domaines et pas d’autres. Des métiers sont « labelisés » masculins plutôt que féminins. Et la culture de ne pas prendre de risques est plus prégnante chez les femmes que chez les hommes. Il y a donc tout un travail de changement de mentalités à faire. »

Actuellement, moins de 23% des femmes se lancent dans des études dites STIM (Sciences, Technologies, Ingénierie et Mathématiques), pointe encore la CEO. « Or il existe un vrai besoin sur le marché du travail, avec, par exemple, plus de 20.000 postes vacants dans la tech, dont la moitié concerne la Région bruxelloise. »

Et les femmes sont intéressées par de tels métiers. En témoigne le succès de Womenpreneur, qui a déjà formé 6.000 femmes en Belgique depuis ses débuts et, plus globalement, plus de 28.000 femmes dans 25 pays.

« Pour une formation où nous disposons de 20 places, nous recevons plus de 100 candidatures », illustre l’entrepreneuse. Ces formations visent à la fois les femmes immigrées en Belgique, dont le diplôme décroché dans leur pays d’origine n’est pas toujours reconnu (« et à qui l’on conseille de devenir aide-ménagère ici », déplore Sana Afouaiz), et celles qui n’ont pas fait d’études.

© Womenpreneur

Le partenariat conclu avec Cegelec n’est pas un hasard. Cette filiale du groupe français VINCI Energies est leader des installations techniques de bâtiments. Elle lance, en collaboration avec Womenpreneur, un parcours de formation de six mois au métier de dessinatrice 3D des réseaux HVAC (Chauffage, Ventilation et Climatisation). L’objectif commun est d’accompagner davantage de femmes vers les métiers techniques tout en répondant au besoin croissant de profils spécialisés dans le secteur du bâtiment et des infrastructures techniques. À l’issue du parcours, l’entreprise, qui accueille la formation dans ses locaux, s’engage à recruter les participantes dont l’évaluation finale sera positive, leur offrant ainsi une perspective de carrière concrète et immédiate.

« Nous voulons faire évoluer les perceptions et montrer que les métiers techniques sont ouverts à toutes et à tous. Il ne s’agit pas de genre, mais d’intérêts, de parcours et de compétences. À travers ce partenariat avec Womenpreneur, nous voulons élargir le terrain de jeu et montrer aux femmes qu’elles ont pleinement leur place dans notre secteur », affirme Fabrice Montesi, directeur de VINCI Energies Belgium Building Solutions.

Womenpreneur Initiative travaille d’ailleurs beaucoup avec le secteur privé. « Je rencontre des CEO qui veulent des talents pour pousser leur entreprise vers le haut. Et il est malheureusement plus facile de discuter avec eux qu’avec des administrations publiques », regrette la fondatrice de l’ASBL.

Sana Afouaiz © Womenrpreneur

En dix ans, cette dernière a perçu un véritable changement de mentalités au sein de l’écosystème, où l’on est désormais tout à fait conscient que les femmes ont pleinement leur place dans la tech. Mais le bât blesse au niveau des « beaux discours » qui ne se concrétisent pas en investissements dans la formation, déplore encore Sana Afouaiz. « L’Espagne a investi 20 millions d’euros dans des formations à l’IA pour les femmes, tandis que nous, ici, nous avons injecté 3 millions pour former les femmes dans la tech pour tout le pays il y a deux-trois ans de cela… », s’attriste-t-elle.

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