Longtemps réservée aux grandes fortunes, la gestion patrimoniale est en train de changer de visage. Avec Twain, Econopolis et Allianz Benelux misent sur la technologie pour proposer une approche plus personnalisée et rendre certains codes de la banque privée accessibles à un public plus large. Rencontre avec deux acteurs clés de ce projet : l’économiste Geert Noels (Econopolis) et Paul Bonroy (Allianz Benelux).
Le monde de la gestion de patrimoine est en train de vivre une transformation silencieuse. Pendant des décennies, le modèle de la banque privée a reposé sur une équation relativement simple : plus le patrimoine était important, plus le niveau de service et de personnalisation augmentait. Les portefeuilles sur mesure, l’accès direct aux experts et l’accompagnement personnalisé étaient généralement réservés à une clientèle fortunée.
Mais ce modèle est aujourd’hui remis en question par une nouvelle génération d’acteurs qui considèrent que la technologie peut redistribuer les cartes.
C’est précisément le pari d’Econopolis et d’Allianz Benelux, qui ont récemment renforcé leur collaboration autour de Twain, une plateforme de gestion patrimoniale destinée aux entrepreneurs, aux professions libérales et aux cadres supérieurs souhaitant bénéficier d’un accompagnement plus personnalisé, sans nécessairement disposer de plusieurs millions d’euros à investir.
Une clientèle longtemps négligée
Entre les services bancaires grand public et les départements de private banking dédiés aux très grandes fortunes, il existe un segment important d’investisseurs souvent qualifié de « mass affluent ».
Ces investisseurs disposent généralement d’un patrimoine financier conséquent, mais n’ont pas toujours accès au même niveau d’accompagnement que les clients les plus fortunés. Dans le même temps, les solutions standardisées proposées par de nombreux établissements ne répondent pas toujours à la diversité de leurs objectifs patrimoniaux.
Pour Geert Noels, cette situation reflète davantage l’héritage historique du secteur que ses possibilités actuelles. « La personnalisation des portefeuilles ne devrait plus être réservée aux patrimoines les plus importants », estime-t-il.
L’idée n’est pas de reproduire les services de la banque privée traditionnelle à moindre coût, mais de repenser la manière dont la technologie peut permettre de construire des portefeuilles davantage adaptés aux besoins individuels.
Une autre approche de la relation client
Cette vision s’inscrit également dans une réflexion plus large sur l’évolution du métier.Alors que certaines institutions financières investissent dans des espaces exclusifs, des salons privés ou des événements haut de gamme afin de renforcer leur proximité avec la clientèle, Econopolis et Allianz Benelux revendiquent une approche différente. « Nous préférons consacrer nos ressources à la qualité de la gestion et à l’expérience d’investissement plutôt qu’à des éléments périphériques », résume Geert Noels.
L’objectif n’est pas de supprimer la dimension humaine de la relation patrimoniale, mais de l’enrichir grâce aux outils numériques. Les processus administratifs, l’analyse des profils d’investissement et la construction des portefeuilles peuvent aujourd’hui être largement automatisés, permettant ainsi aux conseillers de se concentrer davantage sur les décisions stratégiques.
Cette évolution rapproche progressivement la gestion patrimoniale de ce que certaines fintechs ont déjà réussi à accomplir dans les services bancaires du quotidien : proposer une expérience plus fluide, plus intuitive et davantage centrée sur l’utilisateur.
L’atout Allianz
Pour Allianz Benelux, cette initiative représente également une diversification naturelle de ses activités. Si le groupe est principalement connu pour son expertise dans l’assurance, il dispose également d’une présence importante dans la gestion d’actifs à travers Allianz Global Investors et PIMCO, deux acteurs majeurs de l’investissement au niveau mondial.
Selon Paul Bonroy, cette complémentarité constitue l’un des principaux atouts du projet. « Nous pouvons combiner l’agilité et la proximité d’une maison de gestion spécialisée avec les ressources et les capacités d’investissement d’un groupe international », explique-t-il. Pour Allianz, il s’agit également d’élargir son champ d’action dans un marché où les produits d’assurance ne représentent qu’une partie du patrimoine financier des ménages.
« Si nous voulons continuer à développer notre présence dans l’univers patrimonial, nous devons aussi répondre aux besoins couverts traditionnellement par les banques privées et les gestionnaires de fortune », souligne Paul Bonroy.
Vers une gestion patrimoniale plus personnalisée
L’une des promesses centrales de cette nouvelle génération d’acteurs est la capacité à concilier personnalisation et efficacité.
Grâce aux progrès réalisés dans l’analyse des données et les outils de gestion, il devient possible d’adapter davantage les portefeuilles aux préférences, aux objectifs et au profil de risque de chaque investisseur, sans faire exploser les coûts opérationnels.
Cette approche s’appuie généralement sur une combinaison de briques d’investissement : un socle destiné à apporter stabilité et diversification, des positions stratégiques de long terme et des expositions plus ciblées à certaines thématiques ou tendances structurelles.
Pour les investisseurs, l’enjeu n’est plus seulement d’obtenir de bonnes performances, mais aussi de comprendre précisément comment leur portefeuille est construit et pourquoi certaines décisions sont prises. La transparence devient ainsi un élément de différenciation presque aussi important que la performance elle-même.
La banque privée de demain
À quoi ressemblera la gestion de patrimoine dans dix ans ? Pour les dirigeants d’Econopolis et d’Allianz Benelux, l’avenir sera probablement hybride. La technologie prendra en charge une part croissante des tâches administratives et analytiques, tandis que le conseil humain conservera toute sa valeur lorsqu’il s’agira de définir une stratégie patrimoniale ou d’accompagner des décisions importantes.
Le modèle traditionnel de la banque privée ne disparaîtra pas du jour au lendemain. Mais il devra évoluer. Les investisseurs les plus jeunes sont habitués à des services numériques fluides, à une information accessible en temps réel et à des expériences personnalisées. Ils attendront progressivement le même niveau d’exigence de la part de leurs partenaires financiers.
Une gestion de qualité, transparente et personnalisée
La véritable innovation dans la gestion de patrimoine ne réside peut-être plus dans les produits financiers eux-mêmes, mais dans la manière dont ils sont proposés aux clients.
Avec Twain, Econopolis et Allianz Benelux défendent l’idée qu’une gestion de qualité, transparente et personnalisée ne doit plus être réservée à une élite financière. Leur ambition n’est pas de reproduire les codes historiques de la banque privée, mais d’en réinventer certains fondements.
Dans un secteur longtemps associé à l’exclusivité, le prochain avantage concurrentiel pourrait bien être la capacité à rendre l’expertise plus accessible. Si cette vision s’impose, la banque privée de demain sera sans doute moins définie par le prestige de ses salons que par la pertinence de ses conseils et la qualité de l’expérience offerte à ses clients.
