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Deux artistes bruxellois à l’honneur à Saint-Paul-de-Vence


À la 46 St Paul Gallery de Saint-Paul-de-Vence, ouverte l’an dernier, sa directrice, Annabelle Audren, accueille notamment deux artistes bruxellois

Annabelle Audren est liée à la Belgique de longue date. Coordinatrice de projets à la Fondation CAB de Saint-Paul-de-Vence créée par le financier belge Hubert Bonnet en 2021, elle a fait ses études à l’ECS de Bruxelles avant de travailler chez Pierre Bergé Associés, notamment pour la « Vente du siècle », en 2009. Perspectives Intrinsèques explore avec six artistes et un collectif barcelonais les liens subtils entre monde intérieur et extérieur.

Elle y réaffirme ses liens belges avec deux artistes bruxellois, Antoine Leclercq et Bao Vuong.

Antoine Leclercq, diplômé de la Faculté Agronomique de Gembloux, formé à l’architecture du paysage, pratique la sculpture en autodidacte, et fait coexister la conception paysagère et sa création sculpturale, très intuitive. Ses formes abstraites de bronze et d’acier s’inspirent d’élans de vie et de mouvements corporels. « Mon atelier est à Anderlecht, le long du canal. Beaucoup de mes acquéreurs sont venus à moi via Instagram. Je crée surtout des pièces d’extérieur de plusieurs mètres, exécutées par l’atelier qui a créé les premières pièces de Bernar Venet, notamment ses arcs majeurs. J’ai toujours voulu être peintre, malgré des études scientifiques. Je dessine un ou deux jardins par an, et j’intègre ma formation de paysagiste à mes œuvres monumentales. » Il applique sur l’acier, au pinceau, un oxyde particulier, la Rimaline, qui fige l’oxydation, et le polit pour lui donner la douceur et le grain d’une peau.

L’exil en mer

Second artiste bruxellois, le franco-vietnamien Bao Vuong, exposé dans le monde entier, travaille les récits passés.

Né à Vinh Long (delta du Mékong), il n’a qu’un an lorsque ses parents fuient par la mer. Comme des milliers de boat people, ils errent de longs mois. Arrivé en France à deux ans, en 1980, il grandit puis étudie en France. Déraciné, en 2015, il retourne au Vietnam et développe son art qui reconstruit des mémoires enfouies. Sa série monochrome noire The Crossing, où la lumière sourd de l’obscurité, évoque une mer nocturne, profonde, inquiétante et profondément onirique. « Mes tableaux jouent sur la vue, le toucher, l’odeur, dit-il. Pour The Crossing, j’ai travaillé avec une charge émotionnelle liée à l’histoire de ma famille. Boat-people, nous avons passé onze mois en mer. Cette sensation d’être perdus sur l’eau habite mes tableaux. Au début, je restituais cette mer noire avec du goudron et le ciel avec une poudre qui sert à nos prières. Cette trace de la prière était une forme d’hommage à ceux qui sont restés en mer. J’ai ainsi créé 330 tableaux pour les 330 nuits de notre traversée. »

www.46stpaulgallery.com

Johan-Frédérik Hel Guedj
Johan-Frédérik Hel Guedj
Johan-Frederik Hel Guedj est journaliste et auteur français. Rédacteur en chef pendant 7 ans de la revue Pouvoirs Locaux, consacrée aux politiques culturelles, il a publié huit ouvrages chez des éditeurs français et belges, dont deux romans, un essai consacré à Orson Welles, et quatre livres d’art. En plus de Forbes, il collabore à L’Echo et au Quotidien de l’Art (Paris).

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