Un simple meuble de jardin peut-il devenir source d’innovation ? Kris Van Puyvelde, fondateur et designer en chef de Royal Botania, en est convaincu. L’entreprise qu’il a cofondée en 1992 a remporté plusieurs prix de design et compte parmi ses admirateurs Bruce Springsteen ainsi que le couple royal néerlandais. « Je suis fier que de petits Belges parviennent à se forger une renommée mondiale. »
En roulant d’Anvers vers Liège sur la E313, un bâtiment singulier attire le regard à hauteur de Wommelgem. Sur la droite se dresse une imposante serre dont le toit semble comme fracturé, laissant émerger des arbres à travers sa structure. Ce lieu spectaculaire s’appelle The Glasshouse, le showroom de Royal Botania. Depuis 2024, Kris Van Puyvelde et son équipe y accueillent une clientèle internationale fortunée.

et son fils Pieter.
The Glasshouse est la vitrine d’une entreprise qui s’est imposée en trente ans comme une référence du mobilier extérieur haut de gamme. Pourtant, tout a commencé presque par hasard, raconte Kris Van Puyvelde, alors actif dans les parquets. « Au printemps 1992, un ami — Frank Boschman, qui allait devenir mon cofondateur — et moi avons eu l’idée d’importer un conteneur de meubles en teck. Nous y avons vu du potentiel. »
L’idée est née lors d’une mission commerciale en Indonésie, où les deux amis avaient découvert, sur un salon professionnel, un stand de fabricants spécialisés dans ce type de mobilier. L’expérience a dépassé leurs attentes. « Nous avons organisé un week-end de vente pour nos amis et connaissances. Tout a été vendu très rapidement. Cela nous a donné envie d’aller plus loin : développer nos propres modèles et rechercher de meilleurs fabricants. » Royal Botania était née.
Le bois n’allait pourtant pas de soi à une époque dominée par le mobilier de jardin en plastique. « Les meubles de jardin étaient encore assez massifs et lourds », se souvient Van Puyvelde. À cette époque, le teck restait fortement associé à l’univers britannique et aux anciennes colonies. Le nom Royal Botania a d’ailleurs été choisi pour évoquer cette dimension exotique. Parallèlement, les fondateurs cherchaient déjà à moderniser les meubles en teck. « Nous voulions créer des lignes plus contemporaines, des meubles plus légers et plus ergonomiques. »

Cette volonté d’amélioration devient rapidement un pilier de Royal Botania. « Nous avons toujours cherché à innover et à proposer quelque chose de différent », affirme le designer. « Nous avons par exemple commencé très tôt à associer l’acier inoxydable et l’aluminium au bois. Nous avons ensuite évolué vers des meubles entièrement en acier ou en aluminium, à une époque où le marché était dominé par le bois.
Aujourd’hui, nous travaillons avec une grande diversité de matériaux. C’est ainsi que nous avons toujours gardé une longueur d’avance sur les tendances. » Pour le dirigeant, cette créativité constitue l’une des clés du succès durable de l’entreprise : « Nous suivons notre propre voie. Cela fait partie de notre ADN et nourrit notre originalité. C’est aussi ce qui explique notre succès : nous proposons constamment des solutions innovantes. »
« Nous cherchons toujours à innover et à proposer quelque chose de différent. »
À l’origine de l’esprit d’innovation de Royal Botania se trouve avant tout une approche technique, explique l’ingénieur de formation. « Notre force réside dans notre capacité à innover : des systèmes de pliage aux transats plus confortables en passant par les concepts de parasols. »
L’entreprise est également en mesure de réagir rapidement aux évolutions du marché grâce à son propre site de production en Thaïlande, ouvert en 2002. « C’est un avantage majeur, car la plupart de nos concurrents externalisent entièrement leur production, souvent en Chine. Nous gardons un contrôle total sur la fabrication et donc sur la qualité. Cela nous permet d’expérimenter, de développer de nouveaux modèles et de nous adapter plus rapidement. »

Le fait de garder en interne la conception et la recherche & développement est un autre atout majeur. « Nous sommes en réalité une entreprise intégrée de bout en bout », explique Van Puyvelde. « Tout se fait chez nous : des premières esquisses jusqu’au service après-vente. Nous concevons nos produits, nous réalisons les prototypes, nous assurons la production et nous les commercialisons. Tout se passe ici, sous un même toit. » PDG et designer en chef, il reste avant tout animé par la création. « Voir une idée naître sur papier, puis prendre forme et être accueillie par les clients avec enthousiasme, est le plus gratifiant. »
« Pour réussir, il faut être animé par une véritable passion. »
Cette reconnaissance se traduit notamment par de nombreux prix de design. L’an dernier, Royal Botania a ainsi remporté deux Red Dot Design Awards, dans les catégories Product Design et Innovative Design, grâce à l’Anamon, un parasol qui s’ouvre comme une anémone et se transforme en lampe une fois refermé. Lorsque Van Puyvelde et son équipe ont présenté le prototype l’année dernière au Salone del Mobile à Milan, l’objet a immédiatement attiré l’attention. « L’Anamon est alors devenu viral, avec plus de 500 millions de vues et 8 millions de likes », raconte-t-il fièrement. Aujourd’hui commercialisé sous sa propre marque, Anamon représente pour le designer un véritable « terrain de jeu » dédié à l’expérimentation.
Outre sa capacité d’innovation, Royal Botania s’est rapidement tournée vers l’international. « À peine un an après nos débuts, nous participions déjà à des salons à l’étranger. Cela nous a permis de développer rapidement nos exportations, dès notre troisième année d’activité. » Depuis 2011, Royal Botania est présente sur tous les continents et séduit une clientèle haut de gamme, des têtes couronnées aux hôtels de luxe et yachts. « Nous réalisons environ 75 % de notre chiffre d’affaires en Europe et 20 % aux États-Unis », précise-t-il. Afin de renforcer sa présence sur ce marché, Royal Botania dispose depuis 2009 d’un showroom au Design Center de New York. Les activités américaines sont gérées par une structure distincte, Royal Botania Corp., qui possède sa propre équipe commerciale.
Présente au Moyen-Orient, en Australie et en Nouvelle-Zélande, Royal Botania reste plus sélective en Asie, travaillant surtout dans l’hôtellerie. Les guerres de ces dernières années se font toutefois sentir. « La Russie, l’Ukraine et le Moyen-Orient étaient tous des marchés intéressants pour nous », explique-t-il. « Ils sont tous sous pression en ce moment. Aux États-Unis, les droits d’importation ne jouent pas non plus en notre faveur. »

La concurrence s’intensifie aussi, avec l’arrivée de grandes marques du design qui proposent désormais également du mobilier d’extérieur. « Il s’agit souvent d’entreprises bien établies, qui disposent déjà d’un solide réseau de distribution. Mais ce sont avant tout des marques issues de l’univers de l’intérieur, qui ne possèdent pas forcément l’expertise nécessaire pour concevoir du mobilier destiné à l’extérieur. Notre atout, c’est que nous sommes des spécialistes et qu’eux ne le sont pas. »
Selon Kris Van Puyvelde, la différence tient à cette expertise, mais aussi à la passion. « Pour réussir, il faut être animé par une véritable passion. » C’est d’ailleurs le conseil qu’il donne aux jeunes entrepreneurs : « Trouvez ce qui vous passionne et suivez cette voie. C’est la meilleure source de motivation pour réussir. Et surtout, faites ce qui vous correspond, sans trop vous préoccuper de ce que font les autres. » Une ligne de conduite que l’entreprise entend poursuivre.
