Les écrins sécurisés pour voitures de collection poussent par endroits comme des champignons. Ce marché de niche voit s’élargir le club des adhérents car les investisseurs privés tentent, au gré des crises, d’élargir la palette de leurs placements refuge. Il est donc appelé à se professionnaliser.
Neuve ou ancêtre, la voiture de collection voit depuis quelque temps s’élargir à nouveau le club très discret de ses propriétaires. La croissance et la diversification de cette demande de niche est particulièrement tangible lors de salons internationaux comme InterClassics Brussels (Heysel, novembre) ou de ventes privées. Celles-ci, souvent organisées hors marché comme celles pilotées tout récemment par Bonhams à Paris ou à Londres, confirment le besoin de lieux sécurisés à la hauteur des prix d’acquisition.

L’offre se professionnalise donc rapidement sur les zones de chalandise où se concentrent pour l’instant les investisseurs. Chez nous, nombre d’entre eux ont récemment fui la capitale: rebutés par les embouteillages et les normes environnementales, ils se concentrent tout naturellement en périphérie bruxelloise.
Pour les entrepreneurs allaités au gaz d’échappement et dotés d’un carnet d’adresses bien achalandé, ce genre de coffre-fort pour patrimoine automobile familial est (re)devenu un filon porteur. Un peu, toute proportion gardée, comme les caveaux des châteaux millésimés. Visite guidée chez trois d’entre eux avec focus sur les services à la carte offerts pour attirer la clientèle.
Le Paddock, le coffre-fort secret du palace des Bains de Spa
Sous les dorures de l’hôtel des Bains de Spa récemment rénové de fond en comble, le nouveau propriétaire, Johan Van Wassenhove (Denys), n’a pas lésiné sur la dépense. Et il a clairement joué sur la proximité de son palace bicentenaire ressuscité avec le mythique circuit voisin : il a pris soin d’ajouter à son offre 5 étoiles réhabilitant au passage les thermes historiques de la ville d’eau une conciergerie hypersécurisée pour véhicules de luxe. « Confiez vos véhicules de prestige au Paddock, un espace exclusif dédié à la gestion de votre patrimoine automobile. Sécurisez-les et exposez-les ! », peut-on notamment lire sur la page en ligne dédiée.
« Ce parking est parfois plus important aux yeux des clients que le reste de notre offre hôtelière »
Avec un accès contrôlé et une surveillance 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7, cette zone du parking souterrain doublement verrouillée propose, au sein du vaste parking en sous-sol, un service de conciergerie personnalisé pour une vingtaine de véhicules de collection avec des espaces individuels élargis. « Pour renforcer la sécurité, nous ne sommes qu’un nombre très limité de personnes au sein de l’exploitation hôtelière à disposer du badge d’accès. Nous constatons que la sécurisation et la mise en valeur du véhicule constituent un élément crucial, parfois même plus important que le reste de l’offre, de l’expérience hôtelière globale », explique le directeur général de l’hôtel, Fabio Meo.
Concrètement, aucun véhicule ne franchit la double porte blindée de la zone réservée aux voitures de prestige sans un concierge assigné à ce service, accompagné du propriétaire du véhicule si celui-ci préfère ne pas en confier la garde à un tiers. Toutes les voies d’accès ont été spécialement étudiées pour éviter que les bas de caisse des voitures les plus basses ne touchent le sol. « Nous proposons également un service sur mesure avec showroom et bar événementiel pour répondre à la demande de certaines marques huppées ou clubs de propriétaires », précise Fabio Meo.
Pour l’hôtel spadois, la récente annonce de la construction de deux hôtels en bordure directe du circuit de Spa-Francorchamps n’est pas forcément une mauvaise nouvelle. Après plusieurs fermetures, l’offre hôtelière était clairement déficitaire par rapport à la fréquentation du circuit, surtout durant la haute saison. Ce nouveau projet complémentaire fait donc partie d’un mouvement de relance sur le segment hôtelier de standing, Les Bains de Spa jouant clairement la carte de la niche haut de gamme bi-turbo: circuit et wellness.

Pour rappel, la direction du circuit a annoncé mi-janvier la signature d’un partenariat privé avec le groupe britannique Escape. Ce dernier prévoit, à l’instar du complexe ouvert l’an dernier à Silverstone, un investissement de 30 millions d’euros pour le développement de 91 chambres de standing réparties en bord de piste à l’Eau Rouge (hôtel) et à La Source (résidence hôtelière) avec vue directe sur le tracé mythique.
Le bureau d’architectes bruxellois Archi2000 fait partie de l’équipe qui a remporté le concours pour la construction du projet et interviendra, apprend-on, en qualité d’architecte d’exécution. Il officiera aux côtés du prestigieux bureau londonien Gensler (Londres) chargé du design et de la conception de ce lieu qui prétend « redéfinir l’hospitalité en bord de piste et créer des moments extraordinaires qui rassemblent les personnes et célèbrent l’émotion de la culture automobile ». Rien moins.
La Cylindrerie, le petit dernier qui monte
A Mont-Saint-Guibert, au cœur du tout nouveau parc d’entreprises développé avec succès par le promoteur immobilier flamand BVI.be en bordure de la Nationale 25, la cible mûrie durant cinq ans et choisie récemment par Raoul et Grégoire Bauchau est tout autre, le cœur de métier initial étant clairement le stockage de véhicules.
Mais tombés dans le chaudron de l’atelier familial piloté par Tony Gillet (Vertigo) lorsqu’ils étaient en culotte courte, rien de ce qui touche de près ou de loin aux belles carrosseries et aux moteurs à piston ne leur est indifférent ou impossible, y compris dessiner le siège de leur société en partenariat avec le promoteur immobilier dans un projet build-to-suit particulièrement pointu.
Logé dans de spacieux entrepôts flambants neufs au béton lissé, le Luxury Car Storage proposé depuis un an par la Cylindrerie joue clairement la carte de la concentration offerte par le Brabant wallon sur le segment des voitures anciennes, sportives et luxueuses young ou oldtimers dont les propriétaires manquent d’espace à domicile pour faire croître leur collection en toute sécurité.
« Ici, ils accèdent à la zone de stockage quand ils le veulent avec un badge personnalisé. Nous leur proposons également sur place un atelier mécanique, un service de transport, un espace de detailling et nous organisons annuellement plusieurs activités autour de la voiture pour nos membres (rallyes, sorties circuits, visites,…). Le profil de nos clients et de leurs carrosses est réellement très varié, avec des séjours parfois très courts ou à l’année. Le plus éloigné vient d’Arlon: il a comparé nos prix avec ceux, souvent prohibitifs, du marché luxembourgeois. Et nos tarifs -on débute autour de 200 euros par mois pour un emplacement- sont très compétitifs », détaille Raoul Bauchau lors de notre visite entre les voitures qui dorment au chaud. Les deux frères entrepreneurs ont ajouté à La Cylindrerie un espace de bureaux partagés à thème baptisé La Coworkerie. Les 3.000 mètres carrés habillés aux couleurs de l’activité sous-jacente permettent également d’accueillir des événements rassemblant plus de 100 personnes.

DriveCity, le canif suisse nivellois de la voiture de collection, s’agrandit
Garage avec services, sellerie, Member’s club, mais aussi lieu d’achat-vente pour voitures de classe internationale: DriveCity réunit tout ça à la fois sur 8.100 m2 et héberge plus de 200 véhicules de collection sur un seul site protégé par des portes sectionnelles doublées sur tous les accès et une vingtaine de caméras de surveillance avec alarmes connectées instantanées. Un projet d’agrandissement est déjà dans les starting-blocks et devrait offrir 2.000 mètres carrés d’espaces de stockage et 60 emplacements sécurisés supplémentaires aux cinq partenaires qui gèrent, depuis leur tour de contrôle avec bar, bibliothèque et mezzanine du 1er, l’entreprise florissante tapie au fond du parc d’activités de Nivelles-Sud depuis trois ans.
Ici également, parmi les 200 pépites au repos dont une quarantaine en vente et une trentaine à l’atelier mécanique, on trouve un peu de tout, de la BMW 2000 Touring des années ’70 à la Porsche 917, très authentique et célèbre pour avoir remporté en 1971 les 12 Heures de Sebring. Ce petit bijou de collection unique évalué à plus de 20 millions d’euros est propriété de Christophe d’Ansembourg (63), petit-fils de Werner de Spoelberch (AB InBev), entrepreneur et administrateur de sociétés de capital-investissement. Ce dernier est d’ailleurs co-actionnaire du projet DriveCity aux côtés de son fils Antoine (33), Pierre-Marc Morissens (64), Nicolas Nelson (34) et Sébastien Wouters (33).
Il y a trois ans, le Club des Cinq a pris la décision de quitter Bruxelles et de concentrer en un lieu unique adapté les différentes activités alors réparties sur plusieurs sites urbains trop étriqués vu le succès rencontré. L’ex-hall industriel nivellois de Diamant Board était alors à vendre. « Et il était idéal pour héberger tous nos métiers, la clientèle de la zone de stockage étant également demanderesse des autres services que nous offrons: rien qu’au sein de l’atelier mécanique, nous avons huit mécaniciens qui ont chacun une expertise spécifique (marques et même type de voiture). Ce hall a été construit avec des matériaux béton/acier/verre de qualité essentiellement fournis par la clientèle de Diamant Board (outillage diamanté). Il dispose de portes d’accès et de hauteurs sous plafond exceptionnelles et il offre également des possibilités d’extension à l’arrière. En un mot: il était fait pour nous… », raconte Pierre-Marc Morissens, qui collectionne les voitures classiques depuis plus d’un quart de siècle.
« Rien qu’au sein de l’atelier mécanique, nous avons huit mécaniciens »
« Depuis que nous avons ajouté la mezzanine, nous avons pu créer une zone hypersécurisée pour les voitures de collection les plus précieuses. Nous ne l’avons d’ailleurs jamais montrée en photo: vous avez la primeur. On n’y accède que par un monte-charge géant qui met une heure pour monter ou descendre un véhicule avant d’arriver aux deux portes sectionnelles. C’est donc un véritable coffre-fort blindé à triple épaisseur », précise Nicolas Nelson.

