La première génération d’IA juridique permettait aux juristes de travailler plus vite. Chez la scale-up gantoise LEGALFLY, le logiciel prend désormais le travail en charge lui-même, pour chaque département confronté à des tâches juridiques. Grâce à une série de workflows autonomes et à une licence plus abordable pour les non-juristes, le CEO Ruben Miessen vise l’ensemble de l’entreprise, tout en bousculant le modèle tarifaire dominant dans le secteur de l’IA.
Dans beaucoup d’entreprises, le département juridique est réduit et surchargé. Dès qu’un contrat, une plainte ou une question de conformité surgit, il doit intervenir, ce qui met les projets en cours à l’arrêt. « Dès que le juridique entre en scène, votre projet ou votre organisation ralentit », résume Ruben Miessen, CEO et cofondateur de LEGALFLY.
Fondée en 2023, son entreprise automatise le travail juridique via l’IA, a levé plus de 17 millions d’euros et compte aujourd’hui parmi ses clients KBC, DAS Assurance Juridique, Bosch, SAP et la Commission Européenne. Les équipes de LEGALFLY ont chiffré l’ampleur du problème et abouti à un constat parlant : 40 % du temps des juristes est consacré aux contrats*, et 70 % des équipes métier contournent le département juridique dès que c’est possible**.
Workflows automatisés
Ce constat a poussé l’entreprise à affiner son offre. Alors que l’IA juridique se limitait jusqu’ici à un assistant intelligent au service des juristes, LEGALFLY a récemment lancé Workflows : des processus multi-étapes automatisés qui tournent en arrière-plan, sans intervention humaine.
Une déclaration de sinistre en assurance en offre l’illustration la plus claire. « Nous analysons le contenu de la déclaration, la complétons avec les informations issues du CRM du client, reconstruisons la chronologie des événements et fournissons au gestionnaire un avis sur la manière de traiter le dossier », détaille Ruben Miessen. Le résultat se lit en volume : chez certains clients, un même gestionnaire traite désormais deux à trois fois plus de dossiers par mois.

Autre application, à la Commission Européenne, dont l’équipe RH gère plusieurs milliers de collaborateurs à travers l’Union, et où chaque sanction ou licenciement peut déboucher sur une plainte interne. LEGALFLY analyse ces échanges de mails puis rédige un avis juridique à destination des services RH et légal, adapté à la juridiction dont relève le travailleur. En coulisses, une douzaine d’agents spécialisés se relaient, chacun pour une tâche précise.
Une IA juridique pour toute l’entreprise
Cette évolution explique aussi pourquoi LEGALFLY s’est ouvert aux équipes en dehors du juridique. Aujourd’hui, plus d’un tiers des licences vendues concerne les équipes métier — achats, RH, gestion des sinistres — et non plus les seuls juristes. Pour ce public, l’entreprise a lancé Collaborator Access, une licence allégée facturée à la moitié du prix d’une licence complète.
« Dès qu’un client active ce type de licence, le portail se mue en espace de travail collaboratif où l’équipe juridique peut interagir directement avec les équipes métier », précise Ruben Miessen.
À contre-courant du modèle « au token »
Autre singularité : LEGALFLY fixe sa tarification de manière résolument différente du reste du secteur. Alors que, selon des informations récentes publiées dans De Standaard, l’IA pour les entreprises risque de devenir prohibitive — les prestataires facturant au token consommé, ce qui peut faire flamber les factures de façon exponentielle — la scale-up gantoise s’en tient à un tarif fixe par utilisateur.

« Avec un modèle au token, les clients n’ont aucune visibilité sur ce qui les attend », tranche Ruben Miessen. « On entend parler d’entreprises qui ont épuisé un budget annuel complet en trois mois. Nous refusons de jouer ce jeu-là. » Seule exception : les Workflows, qui, en l’absence d’intervention humaine, sont eux facturés au volume.
Nouvelle levée de fonds
Que sa scale-up doive rivaliser avec des concurrents mieux financés, comme l’américain Harvey ou le suédois Legora, Ruben Miessen ne le nie pas. Son pari repose sur la précision et la prévisibilité, à un moment où le reste du marché devient à la fois plus coûteux et plus imprévisible.
LEGALFLY est actuellement en pleine nouvelle levée de fonds, avec l’ambition de doubler ses effectifs et son chiffre d’affaires récurrent d’ici la fin de l’année, et d’ouvrir un bureau à New York après celui de Londres.
* Source : LexisNexis
** Source : LawVu
