La passion pour les voitures anciennes n’a jamais été affaire de chiffres : on n’achète pas un véhicule de collection avec son portefeuille, mais avec son cœur. Le marché des voitures de collection n’en reste pas moins remarquablement solide, affirme Vincent Yserbyt, de Ghistelinck Automotive — une entreprise familiale qui commercialise des Mercedes-Benz depuis 1950 et s’est lancée dans la restauration au tournant du siècle.
Ghistelinck Automotive fut le premier concessionnaire Mercedes-Benz de Belgique après la Seconde Guerre mondiale. Un patrimoine de 75 ans, couvrant voitures particulières, utilitaires, camions et autocars, sur lequel s’est bâtie, au début des années 2000, la division Ghistelinck Classics. Deux ressorts principaux à cela : d’un côté, des clients en quête de la voiture de leur jeunesse ; de l’autre, des techniciens chevronnés qui préfèrent encore le travail manuel au diagnostic numérique.

Aujourd’hui, Ghistelinck est reconnu comme Mercedes-Benz Classic Partner, avec un accès direct au Musée Mercedes-Benz de Stuttgart. Une collaboration qui offre un avantage difficile à répliquer : l’accès aux données officielles de l’usine. « Nous savons exactement avec quels numéros d’assemblage — moteur, boîte de vitesses, essieu arrière — un véhicule est sorti de l’usine, avant comme après la guerre », explique Vincent Yserbyt. « Si l’ensemble correspond à l’état actuel, nous pouvons délivrer les certificats nécessaires. » Un point loin d’être anodin : l’authenticité pèse de plus en plus lourd dans la valeur d’une voiture de collection.
Un modèle économique qui ne l’est pas vraiment
Chez Ghistelinck, les restaurations reposent sur un principe de transparence totale, quasiment à prix coûtant. « C’est une unité commerciale très atypique : nous n’y voyons pas directement un modèle de marge ou de rentabilité », poursuit Vincent Yserbyt. « Il faut pouvoir profiter de sa Classic et, surtout, terminer chaque parcours ou rallye à son bord. C’est pourquoi nous établissons toujours un budget avec le client, quitte à proposer un plan pluriannuel pour étaler la restauration. »

La logique est simple : un client satisfait de la division Ghistelinck Classics achètera aussi, à terme, les voitures particulières, utilitaires ou camions neufs de la maison. L’un des modèles restaurés y a d’ailleurs décroché le Prix d’Élégance lors du Zoute Grand Prix.
Une courbe haussière, ponctuée de pics
Côté investissement, le marché conserve sa vigueur. « La tendance de fond reste à la hausse », confirme Vincent Yserbyt, « même si les modèles d’avant-guerre subissent une certaine pression, tandis que les pièces d’exception suivent leur propre trajectoire. » Une Mercedes-Benz 280 SL gagne ainsi quelques pourcents chaque année. À l’inverse, une Mercedes-Benz 300 SL Gullwing a vu sa cote bondir de 18 % en un week-end, il y a deux ans, après avoir été sacrée plus belle voiture du XXe siècle avec douze points d’avance sur la Ferrari GTO. Dans le même temps, le marché se professionnalise : les fraudes et les dossiers douteux y ont de plus en plus de mal à survivre.
Cette même philosophie guide Vincent Yserbyt à titre personnel : sa collection se compose exclusivement de Mercedes-Benz qui prennent effectivement la route. « Seule Mercedes peut me garantir de terminer chaque parcours. » Son choix dépend de l’itinéraire : un cabriolet compact pour les enchaînements de virages, une limousine pour une traversée tranquille de la France.

Au fond, tout est une question d’émotion. « Dans l’automobile, nous regardons toujours vers l’avant, car le pare-brise est plus grand que le rétroviseur. Mais il est bon, de temps à autre, de se retrouver face aux voitures de nos premières années : ces boutons, ces odeurs qui reviennent instantanément. Ce que je remarque surtout, c’est que les gens retrouvent le sourire. Et cela en dit long. » Autrement dit, le cœur reste le meilleur des conseillers — le portefeuille finira par suivre.
