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Revente ou succession familiale : les deux visages de l’entrepreneuriat chez la génération Z

La génération Z ne pense visiblement pas l’entreprise comme ses aînés. Dans une étude menée par Bank Van Breda auprès de près de 400 entrepreneurs, près d’un répondant Gen Z sur cinq dit s’être lancé avec l’idée d’une future revente, tandis que près d’un sur trois a rejoint une entreprise familiale comme successeur. Deux trajectoires presque opposées, mais qui pourraient révéler une même évolution : une manière plus précoce de penser la valeur, la transmission et la suite. Forbes Belgique a interrogé Bank Van Breda pour comprendre ce que ces chiffres disent de la manière dont cette génération pense déjà à l’après.

Créer pour vendre. Reprendre pour durer. À première vue, les deux logiques se regardent en chiens de faïence. C’est pourtant chez une même génération qu’elles se côtoient le plus nettement chez nous.

Dans une étude menée par Bank Van Breda auprès de 396 entrepreneurs, dont 52 issus de la génération Z, 19 % des répondants de cette génération déclarent avoir créé leur entreprise avec l’intention de la revendre ultérieurement. Chez les millennials, ils ne sont que 3 %, contre 4 % pour la génération X et 2 % chez les baby-boomers. Dans le même temps, 29 % des Gen Z interrogés disent avoir rejoint une entreprise familiale comme successeurs. Les participants pouvant citer jusqu’à trois motivations à entreprendre, ces deux logiques ne sont d’ailleurs pas nécessairement exclusives.

Deux chiffres, mais surtout deux imaginaires entrepreneuriaux que l’on aurait volontiers tendance à opposer : la start-up que l’on construit pour la céder face à l’entreprise familiale que l’on reprend pour la poursuivre. Le raccourci serait séduisant, mais il serait aussi trop simple. Car derrière ces deux trajectoires, une même question semble se poser très tôt dans le parcours des répondants Gen Z : jusqu’où veut-on emmener son entreprise, et sous quelle forme doit-elle continuer ensuite ?

Pour Tim Meeusen, Customer Intelligence Office Specialist chez Bank Van Breda, la génération Z semble moins souvent considérer l’entrepreneuriat comme « un projet personnel à vie » et davantage comme un parcours qui peut être construit, développé puis transmis.

Kristoph Wauters, Head of Advisory, parle de son côté de « stratégie, d’optionalité et de conscience financière », qui renvoie surtout à une anticipation plus précoce de la suite ; la vente, l’arrivée de nouveaux actionnaires ou la transmission pouvant ainsi entrer dans le scénario bien avant d’être d’actualité.

Tim Meeusen / © Gregory Van Gansen/Imagetting
Tim Meeusen / © Gregory Van Gansen/Imagetting

Penser à vendre, mais remettre l’argent dans la machine

Si la génération Z pense plus volontiers à une future cession, elle est aussi celle qui dit le plus souvent vouloir réinvestir les revenus dans son entreprise. 73 % des répondants Gen Z déclarent préférer remettre les revenus générés dans leur société, contre 52 % chez les millennials et la génération X, et 61 % chez les baby-boomers. Difficile, dès lors, de résumer leur rapport à l’exit à une envie de « prendre l’argent et partir ».

Pour Tim Meeusen, la combinaison entre réinvestissement et perspective de vente suggère plutôt que la cession puisse être « l’aboutissement d’une stratégie de croissance ». Une réflexion que Kristoph Wauters pousse un cran plus loin : « Les jeunes générations réfléchissent davantage au cycle de vie de l’entreprise. Elles se demandent quel type d’actionnaire ou de dirigeant est nécessaire à chaque étape. » Ce qui suppose aussi d’accepter qu’un fondateur ne soit pas nécessairement celui qui doit accompagner sa société à chacune des phases suivantes de son développement.

Kristoph Wauters / © DR Bank Van Breda
Kristoph Wauters / © DR Bank Van Breda

Cette logique d’étapes, les chiffres patrimoniaux la prolongent jusque dans le portefeuille. 54 % des entrepreneurs Gen Z interrogés disposaient déjà, au lancement, d’un plan patrimonial à long terme, contre 30 % des millennials, 33 % de la génération X et 38 % des baby-boomers. Un écart qui suggère que, chez ces jeunes répondants, la réflexion patrimoniale entre très tôt dans la trajectoire entrepreneuriale, plutôt que d’être laissée pour plus tard. Et parmi eux, 94 % disent réfléchir à long terme à leur croissance et à leur stabilité financières.

Créer, développer, vendre, réinvestir, puis recommencer ailleurs peut donc s’inscrire dans une même logique de construction. Kristoph Wauters évoque d’ailleurs « l’entrepreneuriat en série » comme un modèle qui gagne du terrain : créer, faire grandir, transmettre ou vendre, puis recommencer.

Reprendre n’est pas forcément regarder dans le rétroviseur

Au-delà de la création, de la croissance et d’une éventuelle revente, cette réflexion sur « l’après » se retrouve aussi de l’autre côté de la trajectoire entrepreneuriale : au moment de reprendre une entreprise. Chez les plus jeunes répondants, la reprise familiale apparaît en effet plus souvent comme une motivation à entreprendre.

Interrogé sur ce second versant de l’étude, Tim Meeusen se garde d’aller trop vite en besogne : l’enquête ne dit pas précisément pourquoi ces jeunes franchissent la porte de l’entreprise familiale. Le poids des entreprises familiales en Belgique joue probablement un rôle, estime-t-il, sans que l’étude permette de le mesurer spécifiquement.

Kristoph Wauters apporte, lui, un éclairage venu du terrain : « Les cédants sont eux aussi de plus en plus jeunes. Le processus de transmission démarre donc plus tôt et la génération Z y est confrontée plus rapidement. » Un mouvement qui s’accompagne d’un nombre croissant de formations consacrées à la transmission, y compris pour un public plus jeune.

Unsplash
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L’étude ne dit pas si ces jeunes successeurs garderont le modèle tel quel, le transformeront ou prépareront à leur tour une transmission. Mais on peut au moins en tirer une hypothèse, elle aussi ouverte : si la transmission entre plus tôt dans la vie entrepreneuriale, savoir passer la main pourrait finir par compter autant, dans le métier de dirigeant, que savoir prendre les commandes.

Sophie De Coninck
Sophie De Coninck
Sophie De Coninck est une journaliste spécialisée dans les thématiques lifestyle et société. Elle collabore régulièrement avec plusieurs médias du groupe Ventures, auquel appartient notamment Forbes Belgium.

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