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IA : quel impact sur la productivité ?

En tant que première puissance économique mondiale, les États-Unis sont portés depuis plusieurs décennies par différents facteurs structurels, parmi lesquels une productivité supérieure, une culture de l’innovation et de prise de risque, ainsi qu’un cadre réglementaire stable et prévisible. 

Les États-Unis enregistrent ainsi de solides gains de productivité depuis la fin du XXe siècle, grâce aux innovations, à leur adoption rapide de nouvelles technologies et à la flexibilité de leur main-d’œuvre et du capital. En cela, ils devancent d’autres régions du monde. L’Europe fait face à une productivité en perte de vitesse, en particulier depuis la crise financière de 2008, en raison de rigidités structurelles et d’investissements moindres dans les technologies. Le Japon est lui aussi en difficulté depuis les années 1970 et doit investir dans la dématérialisation de son économie s’il veut dynamiser sa productivité. En Chine, enfin, la transition réussie d’une économie agraire à une économie manufacturière a donné un coup d’accélérateur à la productivité, mais il faudra innover et améliorer l’efficacité opérationnelle pour maintenir de tels niveaux de croissance à l’avenir. 

« L’exceptionnalisme américain » repose notamment sur une productivité supérieure

Une nouvelle vague d’innovations peut désormais contribuer à stimuler la productivité.

Après le moteur à vapeur, l’électricité, le moteur à combustion interne, les semi-conducteurs et Internet, l’intelligence artificielle (IA) semble devoir rejoindre la longue liste d’innovations technologiques qui ont révolutionné l’économie et stimulé la productivité à travers les époques.

Il est d’ailleurs intéressant de noter que, dans la plupart des cas, l’impact réel de ces précédentes innovations a été sous-estimé au départ. Une étude réalisée sur la révolution des ordinateurs personnels montre en effet que les estimations initiales de croissance de la productivité et d’autres indicateurs économiques se sont avérées inférieures aux gains réellement réalisés.

Reste à savoir si nous sommes en train de commettre la même erreur aujourd’hui.

Si l’on applique la même marge d’erreur aux estimations pour l’IA aujourd’hui qu’à celle pour les PC dans les années 1990, on observe que l’impact de l’IA sur la productivité pourrait quasiment doubler, en plus d’avoir des effets positifs sur d’autres indicateurs économiques.

Sommes-nous en train de commettre la même erreur qu’au début de la révolution de l’ordinateur personnel ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pour répondre à cette question, il convient de déterminer si l’IA dynamisera la productivité à l’échelle mondiale, ou dans quelques pays seulement. Nous avons identifié quelques scénarios :

  1. Effets généralisés : en contribuant à atténuer les effets du vieillissement démographique et à accélérer le développement des économies émergentes, l’IA pourrait stimuler la productivité dans de nombreux pays et ainsi relancer la croissance mondiale.
  2. Effets restreints : les gains de productivité pourraient concerner avant tout les grandes économies, en particulier les États-Unis et la Chine, qui sont à la pointe de la recherche et du déploiement de l’IA, mais aussi en matière de financement des start-ups et de production de talents pour cette filière.
  3. Domination stratégique : le pays qui « remporte » la course à l’IA, par exemple, en mettant au point une intelligence artificielle générale (AGI) avant d’autres pays, pourrait s’en servir comme ressource stratégique, en la partageant uniquement avec ses partenaires commerciaux.

Le scénario le plus probable est que l’IA devienne une technologie à usage général déployée de manière hétérogène. Les États-Unis et la Chine pourraient être les premiers à généraliser son utilisation, tandis que d’autres pays le feraient avec un certain décalage ou dans des domaines bien spécifiques.

L’évolution concomitante des technologies et des investissements sera, elle aussi, déterminante. Dans le cas où les technologies progresseraient plus vite que les investissements, on pourrait assister à un important choc de l’offre, lequel bouleverserait le marché du travail. En parallèle, on observerait sans doute des gains de productivité substantiels dans certains secteurs axés sur
les technologies.

En revanche, si les avancées technologiques tardaient à émerger, alors l’économie aurait plus de temps pour s’adapter et développer de nouvelles applications pour l’IA, tandis que l’emploi productif pourrait être maintenu dans la plupart des secteurs.

Et dans un scénario idéal, les investissements et les technologies progresseraient ensemble.

L’IA offre la promesse de solides gains de productivité, avec d’importantes retombées sur la croissance économique et la dette publique. Malgré tout, son impact pourrait varier d’une région et d’un secteur à l’autre. La manière dont chaque pays et chaque secteur adopte et intègre les différentes applications d’intelligence artificielle sera donc déterminante. 

Andy Budden est directeur des investissements. Il possède 33 ans d’expérience dans le secteur de l’investissement, et a rejoint Capital Group il y a 22 ans. Il est titulaire d’une maîtrise et d’une licence en ingénierie de l’université de Cambridge, et membre associé de l’Institute of Actuaries. Andy est basé à Singapour.

Cet article a été rédigé en étroite collaboration avec Capital Group.

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