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Fusion Rossel-IPM : nouveau retard et retour du chômage économique à L’Avenir

Nouveau report dans le projet de fusion entre les deux grands groupes de presse francophones, Rossel et IPM. Alors que les deux groupes avaient officiellement annoncé leur projet de rapprochement, construit autour de l’absorption du groupe IPM, La Libre, La DH, L’Avenir, Moustique…, par Rossel, Le Soir, Sudinfo, RTL Belgium…, le calendrier initial ne pourra pas être respecté.

Selon les informations communiquées ce jeudi au personnel des Éditions de L’Avenir, EdAP, et dont Forbes a pu prendre connaissance, la prise de contrôle opérationnelle du groupe IPM par Rossel, qui devait intervenir le 4 juillet prochain, est désormais reportée au début du mois d’octobre au plus tôt.

Cette nouvelle étape confirme que le dossier reste suspendu à la décision finale de l’Autorité belge de la concurrence, ABC, saisie depuis plusieurs mois de cette opération qui modifierait profondément le paysage médiatique francophone belge.

L’AJP à l’origine du report

Dans un courrier adressé aux travailleurs de L’Avenir, la direction annonce d’emblée la nouvelle.

« Il était prévu qu’à dater du 4 juillet 2026, la fusion avec le groupe Rossel ait lieu et qu’à partir de cette date, la responsabilité de la gestion de la société soit transférée au groupe Rossel. Malheureusement, ce transfert serait retardé au début du mois d’octobre, sur base des informations en notre possession actuellement », précise la direction d’IPM dans le message envoyé ce jeudi.

Selon la direction, ce décalage est principalement lié à une demande formulée par l’Association des Journalistes Professionnels, AJP.

« Les raisons du retard du transfert vers Rossel sont une demande de l’AJP de mettre en place un comité externe aux sociétés chargé du contrôle du respect des chartes éditoriales des différents titres. La nomination et la prise de fonction de ce comité sont estimées à trois mois après l’accord potentiel donné par l’ABC le 4 juillet », poursuit IPM.

L’organisation professionnelle des journalistes souhaite en effet que soit instauré un mécanisme indépendant chargé de veiller au respect de l’autonomie rédactionnelle des différents médias concernés par l’opération.

La direction se veut toutefois relativement confiante quant à l’issue du dossier.

« Nous pensons que ce processus est bien engagé, mais il y a toujours un risque que le collège des commissaires de l’ABC demande au groupe Rossel de nouveaux engagements, ce qui retarderait encore davantage le processus ».

Retour du chômage économique

Ce report a également des conséquences très concrètes pour les finances des Éditions de L’Avenir.

Dans son message au personnel, la direction annonce le retour du chômage économique dès la rentrée.

« Face à ce retard dans le processus de fusion et à la nécessité de maintenir la trésorerie des Éditions de L’Avenir à un niveau suffisant, nous n’avons pas d’autre choix que de réinstaurer le chômage économique à partir de la fin des vacances d’été pour une période de trois mois aux mêmes conditions que précédemment. »

Une décision présentée comme indispensable pour permettre à l’entreprise de traverser cette nouvelle période d’attente. Dans des échanges informels avec les représentants du personnel de L’Avenir, la direction a laissé entendre que le chômage économique pourrait cette fois être étendu à tout le groupe IPM, mais que des informations complémentaires sur le sujet seraient communiquées le 10 juin lors du prochain conseil d’entreprise d’IPM.

« Cette mesure est indispensable afin de préserver la stabilité financière de l’entreprise et la continuité de nos activités jusqu’à la fin de l’année », poursuit la direction.

Des équipes toujours dans l’attente

Pour les travailleurs, cette nouvelle prolongation du calendrier risque d’alimenter les inquiétudes déjà présentes depuis plusieurs mois.

« Nous sommes pleinement conscients que ce nouveau report renforce l’incertitude et l’anxiété au sein des équipes. Nous partageons votre déception face à l’allongement de ce calendrier, d’autant plus que les derniers développements laissaient espérer une concrétisation plus rapide du projet », reconnaît la direction dans son courrier.

Une réunion avec l’ensemble du personnel est annoncée dans la deuxième quinzaine de juin afin de faire le point sur l’évolution du dossier.

Première vague de licenciements chez Sudinfo

Par ailleurs, les conséquences de cette fusion potentielle commencent à toucher le groupe Sudinfo, la branche régionale du groupe Rossel, qui, selon le projet de fusion, sera versé dans le même futur pôle régional que L’Avenir. Selon nos informations, des premières vagues de licenciements touchent désormais Sudinfo : trois journalistes de La Meuse, province de Liège, viennent d’être licenciés et d’autres éditions du groupe pourraient subir le même sort dans les prochaines semaines, de même que la rédaction « générale » de Sudinfo.

Pour le leader de la presse francophone, l’objectif est clair : alléger la masse salariale pour faire face à la baisse des ventes, des rentrées publicitaires et la fin annoncée du crédit d’impôt accordé aux groupes de presse pour leur permettre d’absorber le choc de la fin de la concession et des aides publiques pour la distribution des abonnements. Selon nos infos, le gouvernement fédéral a déjà acté la fin de ce régime transitoire.

Sudinfo réfléchirait à modifier considérablement la structure de la rédaction, en misant beaucoup plus sur des indépendants et sur une intégration plus importante des outils IA dans ses processus rédactionnels, afin de réduire le coût de ses rédactions. « On remplace des salariés par de jeunes freelances low-cost et par l’IA, c’est ça l’idée », nous glisse un journaliste de Sudinfo.

Un bouleversement majeur du paysage médiatique

L’opération Rossel-IPM reste l’un des plus importants projets de concentration médiatique de ces dernières décennies en Belgique francophone.

Si elle reçoit le feu vert définitif de l’Autorité belge de la concurrence, elle réunira sous un même contrôle des marques aussi importantes que Le Soir, Sudinfo, Ciné-Télé-Revue, La Libre, La DH, L’Avenir, Moustique, Paris-Match, mais aussi RTL Belgium et Mediafin, De Tijd et L’Echo, détenus à 50 % par Rossel. Cette concentration, qui établit un monopole de fait au niveau de la presse quotidienne francophone, suscite depuis plusieurs mois un débat sur le pluralisme de l’information et l’indépendance des rédactions.

Près d’un an après son annonce, la fusion paraît toujours en bonne voie, mais elle devra encore franchir plusieurs étapes avant de devenir réalité. En attendant, les travailleurs de L’Avenir devront composer avec plusieurs mois supplémentaires d’incertitude et le retour du chômage économique.

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