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L’agro-alimentaire au régime ?

L’économie agroalimentaire mondiale a entamé un régime : exit le calcul dépassé des calories, bienvenue à l’arithmétique des volumes. 

Depuis 2024, l’alimentation et les boissons non alcoolisées représentent 14 % du budget moyen des ménages. Un chiffre stable mais trompeur : le ventre du marché se vide doucement, pendant que sa valeur se muscle. 

Ces chiffres préfigurent un changement de métabolisme : la satiété devient un indicateur économique. Le « plein » perd sa gloire et la précision prend le pouvoir. Les médicaments GLP-1 comme Ozempic ou Mounjaro utilisés comme outils de lutte contre l’obésité renforcent cette tendance au moins mais mieux, malgré leurs effets indésirables. 

Les cuisines sont en chemin vers la semi-professionnalisation : le Thermomix gagne encore des ventes en Europe, tandis que De’Longhi vit une croissance soutenue sur ses machines à expresso haut de gamme. La maison s’équipe comme un barista, la mousse se calibre, l’arôme s’optimise : la performance est passée du supermarché à la cuisine. 

Le phénomène dépasse la simple premiumisation. Les nouvelles technologies et l’IA domestique installent une logique de précision : les outils connectés permettraient déjà de réduire jusqu’à un tiers du gaspillage alimentaire.

Ces changements structurent les routines alimentaires : ils remplacent les placards débordants comme signe de santé financière par les quantités contrôlées comme signe de discipline et de conscience.  Le réflexe de « faire le plein » devient celui de « faire juste ». 

En clair, la question qui se pose n’est plus le besoin mais l’envie. Dans cette économie spécifique, les marques se redéploient.

Foodbag, marque belge, par exemple, illustre cette transition : les menus se prévoient à la semaine et la cuisine devient un outil logistique quasi professionnel. Les quantités maîtrisées, la poubelle aussi. 

Mais tous ne mangent pas à la même table. En Belgique, un ménage sur six reste concerné par la précarité alimentaire. 

« Pendant que certains optimisent leur batch-cooking, d’autres comptent leurs courses au centime près »

Pendant que certains peaufinent leur latte ou optimisent leur batch-cooking, d’autres comptent leurs courses au centime près. De façon très logique, les ménages à plus faibles revenus consacrent une part plus élevée de leur budget à l’alimentation que les ménages aisés: proportionnellement, plus vos revenus sont confortables, moins vous devez consacrer d’argent à vos besoins de base. 

Ce « moins mais mieux » n’est donc pas encore un progrès collectif: il révèle la fracture entre ceux qui choisissent leur sobriété et ceux qui la subissent. 

C’est peut-être cela, la vraie métamorphose: une économie qui troque la croissance quantitative contre une forme de lucidité.

On croirait entendre le proverbe marocain qui dit: la tête a commencé à chanter lorsque le ventre s’est rempli. 

Salma Haouach
Salma Haouach
De formation ingénieure de gestion de Solvay en 2001, major finance, Salma Haouach a démarré sa carrière dans le secteur financier avant de travailler dans l’ingénierie marketing et la communication stratégique à Valencia, Casablanca, Bordeaux et Le Havre avant de revenir à Bruxelles il y’a 10 ans et poursuivre sa carrière dans le conseil en stratégie et leadership durable. Parallèlement, elle a construit une carrière médiatique comme chroniqueuse dans des médias audiovisuels nationaux à partir de 2008 (L’Express, La Première, La Deux, BX1), elle a créé un média online d'éducation aux médias (Le Lab.) puis éditant et présentant deux émissions économiques : Coûte que Coûte sur Bel RTL et Business Club sur LN24.

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