Newsletter

Magazine

Inscription Newsletter

Abonnement Magazine

Bruxelles apprend à bruncher

Bruxelles commencerait-elle à se prendre au sérieux ? Pas au point d’en faire une posture, ce serait trop peu belge, mais suffisamment pour que les adresses qui ouvrent depuis deux ans sur ses grandes artères ressemblent à des destinations. Le Corinthia Grand Hotel Astoria, Rue Royale 103, ouvert en décembre 2024 dans la carcasse restaurée de l’ancien Grand Hôtel Astoria en est l’illustration la plus lisible. Une ville qui commence à proposer des tables dignes de ceux qui ont le choix d’être ailleurs.

Le brunch à Bruxelles est un thermomètre et dit ce qu’une ville pense d’elle-même. Proposé dans un contexte professionnel, il a sur le déjeuner d’affaires un avantage compétitif : il désarme, rapproche, transforme un rendez-vous en moment partagé presque dans un contexte de connivence gustative et visuelle.

Le Salon Elisabeth est de ces espaces Beaux-Arts où les dorures et les lustres ont traversé un siècle pour arriver jusqu’à nous intacts, donnant encore à ceux qui y entrent l’envie secrète de s’être apprêtés à la hauteur du lieu.

© DR

Deux formats coexistent : le Sunday Astoria Brunch pour le dimanche long et convivial et le Brunch After Dark pour une version plus nocturne et festive, dont le prochain a lieu le 13 juin de 19h à minuit avec ambiance DJ. La salle est animée sans être bruyante, privée sans être froide. On arrive avec le bruit de la ville dans les semelles, on s’installe et quelque chose dans la proportion des volumes reconfigure doucement l’humeur. On pense à ces scènes de séries américaines où le brunch est une façon d’habiter le dimanche avec intention.

La table commence par le homard. Savoureux, direct, charnu, il installe un niveau sans chercher à le démontrer. Ce qui suit travaille par strates successives qui affinent le palais à mesure qu’elles progressent. La mer d’abord : huîtres, coquilles Saint-Jacques, crevettes, bulots, chacune avec sa salinité propre, son rythme en bouche. L’anguille fumée marque le premier glissement vers quelque chose de plus profond, de plus terreux. Le gravlax prolonge cette translation avec sa douceur lente d’aneth et de sel.

© DR

Le pâté à la truffe et le foie gras arrivent comme une évidence construite par tout ce qui précède. On comprend qu’on avançait vers eux sans le savoir. Le plateau de fromages, Morbier, Brie, Florence Maritime, fonctionne comme une respiration avant les plats chauds.

La Volaille de Bresse AOC avec sa pomme de terre pressée au satay étonne parce qu’elle tient : la noblesse tranquille de la volaille française rencontre la chaleur épicée du satay. L’endive au hibiscus et à la menthe sonne comme une surprise végétale avec une légèreté.

© DR

Thomas Delabie, Chef Pâtissier, construit la table sucrée comme une variation musicale. Les textures familières : flan parisien, riz au lait caramel, cake citron, avec ce confort des choses maîtrisées qui installent la confiance. Le registre monte imperceptiblement : choux praliné noisette, entremets pistache-framboise, pâtes de fruits au yuzu, cette dernière glissant une acidité japonaise dans le format le plus français de la confiserie, inattendue et pourtant si juste. Le cake au chocolat Manjari 66 % clôt la séquence, grand cru Madagascar, maison Valrhona, aux notes prononcées de fruits rouges. Une précision qui éclaire rétrospectivement l’intention de toute la table. On comprend qu’on n’a pas mangé par hasard.

Bruxelles, capitale européenne qui pèse politiquement comme jamais, méritait une table à la hauteur de cette ambition. Le Corinthia la lui offre, sans chichi, avec un soin qui se remarque et un goût qui se prolonge.

Informations pratiques : Corinthia Grand Hotel Astoria Brussels, Rue Royale 103.

Salma Haouach
Salma Haouach
De formation ingénieure de gestion de Solvay en 2001, major finance, Salma Haouach a démarré sa carrière dans le secteur financier avant de travailler dans l’ingénierie marketing et la communication stratégique à Valencia, Casablanca, Bordeaux et Le Havre avant de revenir à Bruxelles il y’a 10 ans et poursuivre sa carrière dans le conseil en stratégie et leadership durable. Parallèlement, elle a construit une carrière médiatique comme chroniqueuse dans des médias audiovisuels nationaux à partir de 2008 (L’Express, La Première, La Deux, BX1), elle a créé un média online d'éducation aux médias (Le Lab.) puis éditant et présentant deux émissions économiques : Coûte que Coûte sur Bel RTL et Business Club sur LN24.

A la une