Liège-Bastogne-Liège appartient au cercle très fermé des cinq Monuments du cyclisme professionnel. Ce dimanche 26 avril, la course née en 1892 s’élançait à nouveau sur les routes ardennaises avec une aura intacte. Côté belge, l’attention se cristallisait sur Remco Evenepoel (Forbes 30 Under 30), tout juste auréolé d’une victoire à l’Amstel Gold Race, aux Pays-Bas.
Dans ce type d’épreuve, les parallèles avec l’entrepreneuriat ne relèvent pas du cliché mais de la méthode. Lire la course, anticiper les mouvements, arbitrer entre risque immédiat et rendement à long terme : les logiques se superposent. Comme un dirigeant, le coureur évolue dans un système collectif, mais doit trancher dans l’instant, souvent dans l’incertitude, en intégrant des signaux multiples : ceux du peloton, de ses équipiers, et de ses propres limites, un capital à allouer avec précision.
Avec 7,5 km supplémentaires cette année (259,5 km au total) et un tracé toujours aussi exigeant (11 côtes répertoriées), la Doyenne s’impose comme un terrain d’expression taillé pour les têtes d’affiche. La confrontation entre Remco Evenepoel (Red Bull-Bora-Hansgrohe), double champion olympique et figure influente de notre classement 30 Under 30, le champion du monde Tadej Pogačar (UAE Emirates XRG) et le récent vainqueur de la Flèche wallonne Paul Seixas (Decathlon CMA CGM) promettait un scénario haletant.

Une échappée surprise
Dès les premiers kilomètres, la 112e édition de Liège-Bastogne-Liège a tenu ses promesses. Le peloton s’est rapidement morcelé, et Remco Evenepoel a intégré un groupe d’une cinquantaine de coureurs, parti à l’avant pour 165 kilomètres. À l’issue de l’épreuve, le Belge a évoqué une situation imprévue, disant s’être retrouvé dans l’échappée « par hasard ». L’écart a culminé à 4 minutes, avant de se réduire progressivement. Une dynamique qui, selon lui, aurait pu être plus favorable avec une meilleure collaboration au sein du groupe, ou la présence d’un équipier supplémentaire pour assurer les relais. « C’était une situation très étrange. Je ne pense pas que cela ait joué sur mes conditions d’arrivée, mais nous devons analyser mes données avec les entraîneurs », raconte le natif de Schepdaal.

La Redoute, point de bascule
Ramené par ses équipiers, Tadej Pogačar a lancé son offensive dans la côte de La Redoute, comme en 2024 et 2025, avec cette fois Paul Seixas calé dans son sillage, seul coureur à tenir le rythme. Notre compatriote commente : « J’étais en bonne position, mais j’ai touché le dérailleur de Paul et j’ai failli tomber au virage du rond-point… On a entamé la montée sur un rythme très soutenu et je savais que j’allais vite atteindre mes limites si je suivais les autres. J’ai donc choisi de me concentrer sur moi-même. Je suis resté calme, j’avais confiance de pouvoir encore monter sur le podium. » Les multiples accélérations du Slovène ont fini par faire la différence dans l’ultime ascension de la Roche-aux-Faucons, à 14 kilomètres de l’arrivée. Tadej Pogačar s’impose pour la quatrième fois à Liège-Bastogne-Liège, la troisième consécutive, et n’est plus qu’à une petite longueur d’Eddy Merckx, recordman absolu (5). Il devance Paul Seixas de 45 secondes, qui confirme son statut de prodige français dans le peloton de tête du cyclisme mondial.
Une trajectoire plus large
Remco Evenepoel (+1’42 ») complète le podium au terme d’un sprint explosif regroupé à 22 coureurs. Au-delà du classement, sa performance s’inscrit dans une trajectoire plus large : celle d’un athlète qui construit sa carrière comme une entreprise, avec une gestion fine de son image, de ses ressources, et de ses temps forts. Avec un podium au Tour des Flandres, à Liège, et une victoire à l’Amstel, cette première partie de saison confirme un parcours solide avec son équipe. Place désormais à la récupération et à la définition des priorités au Tour de France.
Cette approche s’étend aussi hors compétition, avec la R.EV Brussels Cycling Academy, qui associe accessibilité, encadrement structuré et exigence sportive. L’académie lancée par le cycliste et dirigée par son père Patrick Evenepoel est engagée dans l’accompagnement de jeunes talents, avec l’ambition de former des coureurs capables d’évoluer aux championnats du monde de cyclisme de 2030. Son développement, présenté en février dernier pour la saison 2026, s’appuie désormais sur un nouveau co-sponsor principal, bpost. Un rapprochement qui prend une dimension économique et sportive particulière, un an après l’accident impliquant Remco Evenepoel et un fourgon de l’entreprise.
