À la Fondation CAB (Saint-Paul-de-Vence), le commissaire belge Gregory Lang expose l’artiste américano-grec Nassos Daphnis.
Le commissaire belge Gregory Lang avait déjà montré Nassos Daphnis (1914-2010) à la galerie Richard Taittinger, de New York, en 2018, dans l’exposition Monochrome, en dialogue avec les Belges Marthe Wéry, Edith Dekyndt et Fabrice Samyn. Cette fois-ci, il expose à la Fondation CAB, créée en 2021 par l’investisseur belge Hubert Bonnet.
Le commissaire évoque la trajectoire de l’artiste : « Il arrive aux États-Unis en 1929, en plein krach. Ses oncles d’Amérique ont réussi : l’un est restaurateur, l’autre fleuriste. Il vit alors une première passion pour les fleurs, invente une quarantaine de variétés de… pivoines et leur donne des noms de la mythologie grecque, ou en hommage à des peintres, comme sa “Gauguin”. En 2010, quand je l’ai découvert, Google le présentait en génie floral, avant même de mentionner ses œuvres minimalistes », sourit Lang. En 2027, le New York Botanical Garden prévoit un événement sur ses pivoines.
Né en Grèce en 1914, quelques jours avant la Première Guerre mondiale, Nassos Daphnis s’enrôle dans l’US Army en 1942 et peint des motifs camouflage, peut-être à l’origine des couleurs de ses toiles abstraites. Démobilisé, grâce au GI Bill, il part étudier à Paris et Florence.
Très tôt, il emploie des matériaux « non artistiques », comme le plexiglas dès 1952. L’une des pièces les plus étonnantes de l’exposition, d’une grâce technologique, est une tour de plexi sur support rotatif, de 1963. « Avant 1961, il trace ses bandes de couleurs verticales au pinceau, puis il passe au rouleau, s’enthousiasme Gregory Lang. La presse, notamment le New York Times, se scandalise. Même tollé contre le plexi, qui appartient au domaine du design. Et durant la décennie 1960, il cherche la vibration de la couleur dans l’état d’esprit plus psychédélique de l’époque. »
Dix ans d’avance
Avec Jasper Johns et Robert Rauschenberg, il sera l’un des trois artistes les plus exposés par Leo Castelli, galeriste new-yorkais phare, qui résume sa démarche : « Il exclut tout sentiment de son travail ». Pour la critique April Kingsley, « certains tableaux de Nassos Daphnis sont si radicaux qu’on les croirait peints au moins dix ans plus tard ». En 1971, le seul tableau que Leo Castelli envoie au musée MCA Chicago, pour la première exposition d’art minimaliste en Amérique, est une œuvre de Nassos Daphnis.
En 1969, l’association City Walls Inc., qu’il cofonde, permet à des milliers de jeunes de s’exprimer dans les espaces publics — c’est devenu le Public Art Fund, toujours actif. « De grands donateurs du Guggenheim et le fondateur de Nokia l’ont aussi collectionné, ainsi que des collectionneurs belges. Le galeriste Quentin Grosjean, associé à Maruani-Mercier, est très fan », conclut Gregory Lang.
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Fin le 30.10.2026
