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Terrasses d’influence : quatre adresses où Bruxelles prend l’air

La belle saison a mis du temps à s’installer cette année. Elle a hésité, reculé, puis s’est décidée d’un coup et maintenant qu’elle est là, on ne la lâche plus. Bruxelles a une géographie du pouvoir informelle que les terrasses révèlent mieux que les organigrammes : les agendas s’y croisent sans qu’on le proclame, les conversations s’y tiennent à l’abri du protocole et le choix de la table dit quelque chose sur la façon dont on envisage celui qu’on reçoit. Quelques adresses méritent qu’on les choisisse pour de bonnes raisons.

Le Brugmann : l’oasis fleurie qui ne ressemble à aucune autre

La terrasse du Brugmann est probablement la plus belle de Bruxelles et la formule n’est pas une hyperbole de guide touristique mais un constat que les habitués racontent comme un argument presque décisif. Elle s’étend dans les anciens jardins du manoir éponyme, longe le parc de l’Abbé Froidure et produit cette douce lumière filtrée par les arbres hauts, des fleurs qui bordent les allées en délicatesse et ce silence végétal que cette capitale n’offre nulle part ailleurs à dix minutes du centre. On s’y installe et quelque chose se dépose. Le service circule sans se faire entendre. Le temps ralentit sans s’arrêter.

© DR

La cuisine du chef Matthias Van Eenoo tient toujours la même promesse dans l’assiette : classicisme bien tempéré, produits de saison travaillés avec précision, clins d’œil à l’Asie qui ne tournent jamais au numéro de fusion. Les assiettes nous font le plaisir de faire ce qu’on leur demande : la promesse d’une dégustation sans chercher à en faire trop. La cave de cent vingt références défendue par un sommelier sobre et compétent complète un dispositif cohérent. Le business lunch à 33 euros demeure l’une des meilleures affaires de la ville pour ce niveau d’expérience.

  • Avenue Brugmann 52, Forest — Business lunch dès 33 € | Menus signature 112–125 € — www.brugmann.com

Al Fresco by Bocconi, Hôtel Amigo : le jardin des gens qui savent

Derrière les grilles de l’Amigo, à deux pas de la Grand-Place, la terrasse Al Fresco fonctionne comme une parenthèse milanaise au cœur institutionnel de la ville. Le paysagiste Piet Blanckaert l’a pensée comme un jardin privé : haies taillées, proportions maîtrisées, lumière retenue. On s’y sent à l’abri sans se sentir confiné, nuance qui fait la différence pour quiconque y vient préparer discrètement quelque chose que la rue n’a pas besoin de savoir.

© DR

La carte Al Fresco, disponible toute la journée, joue l’italianité légère avec une salade avocat et cœurs de palmier, du vitello tonnato, des spaghetti pomodoro et un gelato artisanal que le spritz de la maison accompagne naturellement. Le Bocconi pendant ses heures de service monte en gamme avec des formules entre 25 et 52 euros et une cuisine italienne de maison que le guide Michelin sélectionne depuis plusieurs années. C’est une table de confiance et cette distinction est à Bruxelles plus rare et plus utile qu’on ne le pense. Les habitués de l’Amigo constituent à eux seuls un argument que la carte ne mentionne pas : une certaine densité de conversations qu’on ne cherche pas toujours mais qu’on trouve.

Brasserie de la Patinoire : l’évidence au bord du bois

La Patinoire n’a pas besoin de se vendre. Son bâtiment d’inspiration normande à l’entrée du Bois de la Cambre s’impose dans le paysage avec cette assurance des institutions qui ont traversé plusieurs générations de clientèle sans perdre leur caractère. La terrasse donne sur le bois dans un cadre grand format où l’on se sent ensemble plutôt que simplement côte à côte, ce qui n’est pas la même chose et mérite d’être dit.

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La cuisine tient ce registre avec cohérence : croquettes de crevettes généreuses, sole meunière, vol-au-vent, belles pièces de bœuf. Des classiques belges servis sans ironie ni révision idéologique. L’écailler ouvert toute l’année propose des plateaux de fruits de mer avec le sérieux d’une maison qui connaît ses producteurs et le guide Michelin confirme avec deux couverts noirs ce que les habitués savent depuis longtemps. La Patinoire convient au déjeuner ou dîner entre pairs qui n’ont plus rien à prouver, ce qui est souvent le signe qu’ils ont beaucoup à décider.

Le Petit Bon Bon, Corinthia : la gourmandise précieuse

Le nom fait partie de l’offre et c’est un choix délibéré. « Je t’invite au Petit Bon Bon » : l’invitation sonne déjà comme quelque chose d’agréable à dire et à recevoir. On y retrouve volontiers cette pointe de gourmandise que les adultes sérieux s’accordent à table. Christophe Hardiquest a choisi le Corinthia Grand Hotel Astoria pour y installer sa vision d’une brasserie de luxe accessible dans un bâtiment qui avait hébergé James Joyce, Salvador Dalí et plusieurs chefs d’État avant de fermer dix-sept ans. Le lieu porte encore quelque chose de ce passé prestigieux et qui vit encore aujourd’hui dans ses murs.

La terrasse, arborée et feutrée à l’abri de la rue, offre une bulle dans cette ville qui ne se rend plus compte du bruit qu’elle fait. La cuisine est belge, réinterprétée sans condescendance : gratin de tourteau belge, steak au poivre vert au piquant assumé, « ceci n’est pas une gaufre », mais ça en est une quand même. Le Ruinart accompagnera avec joie votre entrée en la matière et la sélection de vins fait honneur à ce qu’on attend d’un établissement de ce standing.

Salma Haouach
Salma Haouach
De formation ingénieure de gestion de Solvay en 2001, major finance, Salma Haouach a démarré sa carrière dans le secteur financier avant de travailler dans l’ingénierie marketing et la communication stratégique à Valencia, Casablanca, Bordeaux et Le Havre avant de revenir à Bruxelles il y’a 10 ans et poursuivre sa carrière dans le conseil en stratégie et leadership durable. Parallèlement, elle a construit une carrière médiatique comme chroniqueuse dans des médias audiovisuels nationaux à partir de 2008 (L’Express, La Première, La Deux, BX1), elle a créé un média online d'éducation aux médias (Le Lab.) puis éditant et présentant deux émissions économiques : Coûte que Coûte sur Bel RTL et Business Club sur LN24.

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