Philippe Samyn est parti sur la pointe des crayons. Il aura profondément marqué l’architecture belge contemporaine. Son œuvre ne peut se réduire à une écriture formelle, ni à une succession de bâtiments remarquables. Elle s’inscrit dans une pensée complète de la construction du monde de demain.
Architecte, ingénieur, urbaniste, chercheur et inventeur infatigable au risque de voir ses projets du soir avorter le lendemain, Philippe Samyn était un concepteur né et un magister inclassable. Comprendre la matière, interroger la structure, mesurer l’énergie, chercher l’efficience, faire dialoguer la rigueur de l’ingénieur avec l’intuition de l’homme sûr de ses intuitions, en symbiose avec la nature environnante et ses énergies renouvelables quoi qu’il en coûte parfois au maître d’ouvrage, à la manière d’une diva sûre de son art.

« Avant même la naissance d’Archi Urbain, alors que j’en posais les prémices, il fut l’un des tout premiers architectes — si pas le premier — que j’ai contacté. Je réalisais alors un reportage sur l’histoire du Centre International Rogier qu’il était en train de transformer en Belfius Tower. Durant la première saison de l’émission, il est apparu pour parler de la station Erasme. Je l’ai ensuite suivi dans les Marolles, à Bruxelles, pour évoquer l’évolution des travaux de rénovation des logements sociaux Les Minimes, avant d’aller visiter avec lui une crèche construite non loin de là. Plus tard, je le retrouverai encore autour du bâtiment Europa, siège principal du Conseil européen et du Conseil de l’Union européenne où il m’avait présenté l’artiste Georges Meurant », se souvient Christophe Dessouroux, alias Mister Emma, très ému dans son témoignage spontané.

Tout sauf l’indifférence
La disparition de Philippe Samyn, qu’on l’apprécie profondément ou pas -car il aimait ne pas laisser indifférent au risque de déplaire-, laissera un vide immense dans le paysage architectural et créatif belge. Son grand oeuvre a heureusement, à l’instar de son caractère, été pensé pour perdurer. Et son héritage demeurera dans le paysage des capitales belge, wallonne, de Louvain-la-Neuve, Transinne, Athus ou de Marche-en-Famenne.

Samyn&Partners architects/Studio Valle Progettazioni architects/Buro Happold.
Photo: Quentin Olbrechts
« Il continuera à rayonner dans ses bâtiments, dans ses écrits, dans ses recherches, bien sûr, mais aussi à travers les générations d’architectes et d’ingénieurs qu’il aura inspirées ou bousculées. Et aussi, plus proche de nous, dans les images, les rencontres et les moments partagés au fil des tournages… », conclut Mister Emma.

Notre dernière pensée sera pour Åsa Decorte, sa compagne côté cour et côté jardin depuis des années. Pour elle, la perception du plein et du vide prend sans doute aujourd’hui toute sa dimension.
