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Comment un milliardaire brésilien a obtenu une exemption douanière américaine pour du bœuf refusé par l’UE

et
Mary Whitfill Roeloffs

L’essentiel

L’Union européenne a interdit jeudi les importations de bœuf brésilien, estimant que la viande produite dans le pays ne respecte pas ses normes en matière d’utilisation des antibiotiques et de sécurité alimentaire. Cette décision intervient trois jours après que les États-Unis ont commencé à autoriser d’importants volumes de bœuf en franchise de droits de douane, à la suite d’une réunion à huis clos dans le Bureau ovale entre le président Donald Trump et Joesley Batista, milliardaire brésilien de l’industrie de la viande.

Points clés

  • La semaine dernière, Donald Trump a présenté un plan visant à renforcer l’approvisionnement américain en bœuf en supprimant, pendant trois mois, les droits de douane sur 300 000 tonnes d’importations. Il a annoncé ce dispositif au lendemain de sa rencontre avec Joesley Batista, copropriétaire du plus grand groupe mondial de transformation de viande.
  • Joesley Batista, dont l’entreprise JBS a été le principal donateur au fonds d’investiture de Donald Trump par l’intermédiaire de l’une de ses filiales, a rencontré le président dans le Bureau ovale et l’a exhorté à supprimer le droit de douane de 26 % sur le bœuf brésilien, selon le Wall Street Journal.
  • La Maison-Blanche n’a pas précisé de quels pays proviendrait le bœuf exempté de droits de douane. Cet avantage peut toutefois s’appliquer à tout État classé dans la catégorie « autres pays ou zones » par la législation américaine sur les contingents d’importation, notamment le Brésil, le Paraguay, le Japon, l’Irlande et d’autres pays de l’Union européenne.
  • Dans le cadre du contingent réservé aux « autres pays », les importations de bœuf brésilien sont plafonnées à environ 52 000 tonnes par an. Le Brésil atteint généralement cette limite dans les premières semaines de l’année.
  • Au-delà de ce plafond, tout volume supplémentaire expédié vers les États-Unis est soumis à un droit de douane hors contingent de 26,4 %. En tant que grand exportateur mondial de bœuf, le Brésil est le pays le plus pénalisé par cette mesure et celui qui profiterait le plus de sa suspension.
  • La rencontre entre Joesley Batista et Donald Trump est intervenue après l’annonce par l’Union européenne de l’arrêt des importations de viande brésilienne. Cette décision a laissé les producteurs avec un important surplus prêt à être exporté, créant un goulet d’étranglement susceptible d’avoir incité JBS et Joesley Batista à faire pression sur Donald Trump afin d’obtenir un débouché américain exempté de droits de douane.
  • La suspension du tarif hors contingent permet aux pays concernés d’exporter jusqu’à 100 000 tonnes par mois de parures de bœuf maigre, selon le principe du premier arrivé, premier servi. Ce mécanisme avantage particulièrement le Brésil, grâce à ses abattoirs de grande capacité, à son importante infrastructure d’exportation et à ses stocks immédiatement disponibles.

Pourquoi l’UE a-t-elle suspendu les importations de bœuf brésilien ?

L’Union européenne avait annoncé en mai qu’elle suspendrait les importations brésiliennes, faute de garanties suffisantes démontrant que les producteurs respectaient l’interdiction d’utiliser des antimicrobiens pour stimuler la croissance des animaux. Un porte-parole européen a indiqué à Reuters que l’UE exigeait des garanties couvrant l’ensemble du cycle de vie des animaux, mais que le Brésil ne les avait pas fournies. L’Union européenne interdit l’administration aux animaux d’antimicrobiens utilisés en médecine humaine, notamment certains antibiotiques. Leur usage excessif peut favoriser l’apparition de bactéries résistantes, susceptibles de se transmettre à l’être humain par l’alimentation, le contact direct ou l’environnement, et ainsi de rendre certaines infections plus difficiles à traiter. L’interdiction visant le bœuf brésilien est entrée en vigueur jeudi.

Fait surprenant

En 2025, le Brésil était le deuxième fournisseur de bœuf de l’Union européenne, derrière la France.

Contexte

JBS USA, l’entreprise de Joesley Batista, est le premier fournisseur et transformateur de bœuf aux États-Unis. Le milliardaire s’est positionné comme un allié de Donald Trump depuis le début de son second mandat. Pilgrim’s Pride, la filiale américaine de JBS spécialisée dans la volaille, a versé 5 millions de dollars au comité d’investiture de Donald Trump, soit davantage que tout autre donateur individuel. Des organismes de surveillance du secteur ont estimé que ce don s’inscrivait dans une stratégie plus large de Joesley Batista visant à obtenir des décisions réglementaires favorables à Washington. Après l’imposition par Donald Trump de droits de douane de 50 % sur les importations brésiliennes et son appel à la démission du président Luiz Inácio Lula da Silva, Joesley Batista a joué le rôle d’intermédiaire entre le Brésil et les États-Unis. Il est depuis considéré comme l’un des principaux artisans du rapprochement entre les deux dirigeants. Il s’est ensuite rendu à Caracas, au Venezuela, dans le cadre d’une mission privée destinée à convaincre Nicolás Maduro de quitter le pouvoir après un ultimatum lancé par Donald Trump, agissant ainsi comme émissaire officieux de la Maison-Blanche.

En marge

Donald Trump s’est rapproché de Joesley Batista malgré les lourds antécédents judiciaires de ce dernier. Joesley Batista et son frère Wesley, qui contrôlent ensemble JBS, ont été arrêtés en 2017 dans le cadre d’une vaste enquête brésilienne pour corruption et auraient été détenus pendant six mois. Ils ont ensuite reconnu avoir soudoyé plus de 1 800 responsables politiques brésiliens afin de développer leur empire de la viande et accepté de payer une amende de 3,2 milliards de dollars. En 2020, durant le premier mandat de Donald Trump, le département américain de la Justice et la Securities and Exchange Commission ont infligé à JBS et aux frères Batista plusieurs millions de dollars d’amendes pour des faits de corruption à l’étranger. La SEC avait alors dénoncé une « défaillance profonde » de la gouvernance d’entreprise.

Estimation de la fortune

Joesley et Wesley Batista figurent parmi les 1 000 personnes les plus riches au monde. Leur fortune est estimée à 4,4 milliards de dollars chacun. Ils ont hérité de l’entreprise fondée par leur père, qui avait commencé son activité avec une petite boucherie dans le centre du Brésil.

Cet article a été écrit par Mary Whitfill Roeloffs et traduit par Forbes.be à l’aide de IA.

Cet article a été initialement publié sur Forbes.com

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