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Carmeuse renforce son pôle européen : le nouveau pari industriel de la famille Collinet

Selon De Rijkste Belgen, le groupe lié à la famille Collinet aurait porté le capital de Carmeuse Europe à 299 millions d’euros, grâce à un apport en numéraire d’environ 73 millions. Le groupe multiplie les acquisitions en Europe et en Amérique du Sud, tout en devant financer la décarbonation de ses fours.

Fondé en 1860, Carmeuse produit de la chaux, du calcaire et des produits minéraux, auxquels s’ajoutent des équipements et des services industriels. Son siège se trouve à Louvain-la-Neuve. Ses produits interviennent dans la sidérurgie, le traitement de l’eau et des fumées, ou encore l’amélioration des sols.

Deux milliards d’euros de chiffre d’affaires

Le groupe a réalisé 2,03 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2025, en progression de 3,5 %, selon De Tijd. Une présentation institutionnelle actualisée en 2026 évoque, de son côté, une taille de 2,5 milliards d’euros. Ce second chiffre ne peut pas, à ce stade, être rapproché des comptes consolidés. Selon sa présentation institutionnelle actuelle, le groupe compte environ 6 500 collaborateurs, 116 sites opérationnels et 66 carrières et mines, pour un chiffre d’affaires consolidé d’environ 2,6 milliards d’euros. Sa production atteint 38 millions de tonnes de chaux et de pierre, un total qui ne se limite donc pas à la seule chaux.

Pourquoi renforcer l’Europe ?

Trois explications peuvent éclairer l’opération : soutenir les activités dans un environnement industriel difficile, intégrer les acquisitions récentes et financer la transition technologique. Une augmentation de capital donne davantage de capacité d’investissement et de résistance financière, mais elle ne constitue pas, à elle seule, la preuve d’un sauvetage, d’une crise de liquidité ou d’un programme d’investissements déjà identifié.

Le secteur européen de la chaux subit la pression des coûts de l’énergie, du carbone et des investissements de décarbonation. EuLA alerte également sur les conséquences possibles pour la production européenne.

Des acquisitions qui s’enchaînent

En Italie, Carmeuse a annoncé le 9 février 2026 l’acquisition de la participation de la famille Gnecci dans Unicalce, une relation engagée en 1998. Le groupe décrit Unicalce comme le leader italien de la chaux, avec environ 500 salariés. Rien, à ce stade, n’établit que l’augmentation de capital annoncée en octobre finance directement cette acquisition.

Au Chili, Carmeuse a annoncé le 15 septembre 2025 l’acquisition de 97,1 % de Cementos Bío Bío, groupe actif dans le ciment, la chaux et le béton. Cette même communication indique que l’entreprise a réalisé environ 400 millions de dollars de ventes en 2024 et qu’elle compte 960 salariés. En septembre 2026, le groupe a poursuivi son expansion en Argentine avec la prise de contrôle de Caleras San Juan. La presse locale évoque une participation de 80 % et une capacité supérieure à 750 000 tonnes par an, qu’il faut distinguer de la production réellement réalisée.

Le carbone, principal chantier

Selon EuLA, environ 69 % des émissions de CO2 de la production de chaux proviennent de la réaction chimique de calcination elle-même, et non de la seule combustion des fours. Changer de combustible ne suffit donc pas à supprimer ces émissions.

C’est dans ce cadre qu’il faut lire LEOPARD, le projet développé à Aisemont, dans la commune de Fosses-la-Ville. Il combine l’adaptation des fours, la préconcentration du CO2 et son captage par membranes, avec le soutien du Fonds européen pour l’innovation. Le groupe fixe le démarrage du projet au 1er avril 2026 et vise plus de 70 000 tonnes de CO2 évitées par an sur le site. Il s’agit d’un objectif de projet, et non d’une réduction déjà démontrée.

Le capital familial doit donc financer, en même temps, la croissance et la transformation d’un procédé dont une grande part des émissions est chimique.

Encore des zones d’ombre

Plusieurs questions restent ouvertes : quel est le montant exact de l’augmentation et à quelle date a-t-elle été décidée puis libérée, quelle entité a souscrit, comment les fonds seront-ils répartis entre investissements, acquisitions, dette et fonds de roulement, et l’opération est-elle liée à l’intégration d’Unicalce ? Tant que ces réponses ne sont pas données, la lecture la plus juste reste celle d’une famille qui remet du capital dans une industrie européenne lourde, à un moment où le groupe doit à la fois se développer et se transformer.

Martin Boonen
Martin Boonen
Martin Boonen est journaliste diplômé de l'Institut de Journalisme de Bruxelles (2012). Il collaboré avec de nombreuses rédactions à différent niveau de responsabilité : journaliste, chef de rubrique, secrétaire de rédaction et rédacteur en chef, tant sur le web que pour la presse imprimée. Spécialisé dans les startups et l'entrepreneuriat à impact, il est devenu en 2025 rédacteur en chef du site web de Forbes Belgique. Il est affilié à l'Organisation Mondiale de la Presse Périodique depuis 2011.

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