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Le luxe du temps : la tranquillité d’esprit comme symbole de statut

Et si le luxe ultime n’était plus une montre onéreuse, une grosse voiture ou un sac de créateur, mais un agenda vide ? Pour les consommateurs fortunés, le luxe délaisse de plus en plus la possession au profit des expériences. Le temps est rare, donc précieux.

Les chiffres illustrent cette évolution plus générale. Les dépenses mondiales consacrées au luxe ont atteint 1,44 milliard d’euros en 2025. Fait notable au sein de cet immense marché, les expériences de luxe gagnent surtout en importance : leur croissance reste plus soutenue que celle des biens de luxe matériels.

Dans le même temps, 43,3 % des entrepreneurs indépendants en Flandre subissent une forte pression au travail. Pour les consommateurs fortunés, le temps, autrefois considéré comme acquis, devient un bien rare pour lequel ils sont prêts à payer. PwC constate que 89 % des ultra-high-net-worth individuals s’intéressent à des services complémentaires, tels que les services de conciergerie.

Cette tendance se retrouve chez les clients de The Lifestyle Manager, un service belge de gestion du quotidien. « Nos clients possèdent souvent tout ce que l’argent peut acheter, sauf quelques heures de plus dans une journée », expliquent les managing partners Kristiaan Polgar et Audrey Collard-Bovy. Leurs clients leur délèguent notamment la gestion de leur logement, les voyages, la mobilité, les tâches administratives, les réservations et les achats. La demande croissante de gestion globale est particulièrement révélatrice : plutôt que de piloter cinq intervenants différents, ils préfèrent confier toute la coordination à une seule personne de confiance.

Le confort devient ainsi une forme de luxe. « Gagner du temps est une chose, mais ce que nos clients apprécient vraiment, c’est de ne plus devoir penser à toutes ces questions. » Dans une vie bien remplie, les petites tâches en suspens s’accumulent : « Est-ce que je m’en suis déjà occupé, qui assure le suivi des travaux, cette facture est-elle correcte ? » Kristiaan et Audrey prennent en charge cette charge mentale. Le client sait que tout sera réglé, sans devoir encore y penser lui-même. « En réalité, nous sommes invisiblement présents : nous anticipons plutôt que de réagir. »

Cela vaut aussi pour les biens que l’on possède. Une résidence secondaire ou un portefeuille immobilier peut être un symbole de statut, mais implique aussi de l’entretien, de la sécurité et des formalités administratives. Le nouveau luxe ne consiste donc pas nécessairement à posséder davantage, mais à profiter de ses biens sans en ressentir constamment la responsabilité. Arriver dans une maison de vacances où le chauffage est allumé, le réfrigérateur rempli et tout a été organisé : c’est aussi cela, l’exclusivité. Audrey résume parfaitement la situation : « Personne ne se souvient d’un achat. On se souvient d’une soirée, d’un voyage, d’un moment passé avec les personnes que l’on aime. »

C’est peut-être là toute l’essence du nouveau luxe. Dans un monde où presque tout devient plus rapide, plus numérique et plus accessible, l’attention humaine se fait plus rare. Le statut ultime ne consiste dès lors plus à montrer tout ce que l’on possède, mais à choisir soi-même à quoi consacrer son temps et son attention. Ceux qui peuvent se le permettre n’achètent pas des heures supplémentaires, mais la liberté de mieux les employer.

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