En quelques années, Marvin Ndiaye est passé de jeune entrepreneur qui lance sa start-up à un homme d’affaires aguerri et millionnaire. Après avoir été confronté dans sa jeunesse à un problème de santé qui a entraîné une prise de poids importante, il a suivi des formations en nutrition durant ses études en hôtellerie, adopté une alimentation saine et variée et perdu près de 50 kg. En 2018, il lance Fresheo, une start-up spécialisée dans la livraison de repas sains et faits maison, qui livre plus de 10 000 plats dans toute la Belgique chaque semaine et qui compte près de 80 collaborateurs. À 28 ans désormais, il « s’amuse », via son cercle d’affaires Ultra, dont Forbes avait déjà parlé il y a un an, à ausculter les petites entreprises pour aider leurs patrons à mieux s’organiser, à apprendre à déléguer ou mieux vendre. Avec ses équipes, il a ainsi audité environ 1 200 structures en Belgique, en France et au Luxembourg. Et ce n’est pas près de s’arrêter pour ce Forbes 30 Under 30.
— Forbes.be : Quand et comment Fresheo a-t-il vu le jour ?
— Marvin Ndiaye : Fresheo est né en 2018 de mes compétences — j’avais perdu 50 kg et fait l’école hôtelière — et de mes connaissances du marché. À ce moment-là, les box avaient le vent en poupe. On s’est dit : pourquoi ne pas se lancer dans la livraison de repas pour sportifs à la base. Cette offre n’a cependant pas fonctionné, et on est vite partis sur les amis, avocats, médecins, ingénieurs. On a commencé à livrer autour de chez nous en publiant sur Facebook et en utilisant la publicité pour multiplier les clients. Tout a commencé dans la cuisine de ma mère avec 1 500 euros. Puis on a été dans un garage, puis une cuisine partagée, puis chez un traiteur, avant d’acquérir nos locaux actuels. Pendant cinq ans, c’était 100 % de croissance annuelle. En 2021, on réalise une levée de fonds d’un peu plus de 500 000 euros de capitaux, avec une valorisation à plus de 10 millions d’euros.
— Tout allait donc bien, jusqu’à un sacré couac en 2023…
— M.N. : Oui, la croissance s’est alors ralentie. Je me suis retrouvé avec une entreprise qui avait trop de salariés, près d’une centaine de personnes sur la paie en comptant les étudiants. En juillet 2023, mon comptable m’a prévenu qu’en novembre il n’y aurait plus de société si l’on continuait ainsi. Je perdais trop d’argent. J’ai dû licencier 50 % de ma masse salariale et retourner dans l’opérationnel pour conserver un modèle viable. Un ami m’a alors parlé de la croissance externe et du rachat de sociétés. Il m’a présenté une boîte qui faisait plus ou moins la même taille que Fresheo. J’ai rencontré un premier cédant en septembre 2023 et bouclé le rachat en mars 2024.
— Si vous aviez de tels soucis financiers avec Fresheo, comment avez-vous pu racheter une autre boîte dans le même temps ?
— M.N. : En 2021, j’avais réalisé un cash-out personnel. La boîte n’allait, certes, pas bien mais, personnellement, j’avais de l’argent que j’avais fait travailler en immobilier via des opérations d’achat-revente avec mon épouse. En 2023, ma situation personnelle allait d’ailleurs très bien. Je m’étais même acheté mes deux premières voitures de sport. C’était la situation économique de la boîte qui posait problème. On a donc mis cela en place et, jusqu’au dernier rachat réalisé en avril 2026, on a racheté trois sociétés supplémentaires. Chaque société faisait plus ou moins 3 millions d’euros de chiffre d’affaires. Avec Fresheo qui faisait déjà plus ou moins 3 millions, on est arrivé à un groupe agroalimentaire dépassant les 10 millions d’euros de chiffre d’affaires. Une fois cela accompli et après la naissance de mon fils en 2024, je me suis rendu compte qu’il fallait que je trouve quelque chose qui ait plus de sens dans ma vie que de simplement gagner de l’argent. J’avais toujours eu mon cercle d’affaires Ultra sur le côté, que j’avais lancé en 2021.
— Pourquoi l’avoir lancé si tôt ?
— M.N. : Quand j’ai eu la chance en 2021 d’avoir une boîte valorisée à 10 millions d’euros et de faire mon cash-out, je me suis dit que je voulais consacrer mon temps à trois activités : Fresheo à 80 % pour apprendre et grandir, de l’achat-revente immobilier pour générer du cash, et 10 % de mon temps pour donner et transmettre avec Ultra. Au bout d’un an, générer du cash pour du cash ne m’intéressait plus. J’ai alors arrêté l’immobilier et suis passé à 20 % pour Ultra et le reste pour Fresheo. Une fois les autres boîtes acquises, le groupe est devenu bien plus bénéficiaire qu’au temps des start-ups où on réinvestissait le cash. Et puis Ultra a lui aussi évolué. Il a été pendant cinq ans un club d’affaires où les membres payaient une cotisation annuelle pour trois événements à l’étranger. Lorsque le groupe est arrivé à maturité il y a environ un an, avec un management en place, je me suis demandé ce qui avait manqué à mes parents : de la compétence, de la connaissance et de l’entourage. Je voulais rendre mon passage utile.
— Et comment le rendre utile ?
— M.N. : Fournir de la nourriture, d’autres peuvent le faire. Ce qu’on fait avec Ultra est plus niché et apporte une valeur différente. On a commencé une communication massive sur les réseaux sociaux en documentant gratuitement mes entretiens privés avec des entrepreneurs. Un fort engouement s’est créé. En septembre 2026, on tournait à plus de 50 millions de vues par mois uniquement sur Instagram, et entre 70 et 75 millions de vues cumulées avec TikTok, Facebook, LinkedIn et YouTube. L’impact est réel : la boulangère près de chez moi à Paris applique mes conseils d’upsell sans être cliente chez nous. Aujourd’hui, je passe 80 à 90 % de mon temps dans Ultra, et 10 % dans la partie agroalimentaire dont je ne gère plus du tout l’opérationnel.
— Où en est votre autre activité aux États-Unis, avec deux cafés ?
— M.N. : J’ai cédé mes parts récemment. La gestion à distance d’une équipe devenait trop complexe sans ma présence sur place. J’ai préféré me recentrer sur Fresheo et Ultra.
— Vous êtes très présent sur les réseaux sociaux, que ce soit avec votre propre profil ou celui d’Ultra. À quelle fréquence publiez-vous des vidéos ?
— M.N. : On est à près de 70 vidéos par jour ! On documente tout ! On est presque à la téléréalité. On a une grande portée, c’est un vrai média. On gagne 600 à 700 abonnés par jour.
— Il y a un an, Ultra, c’était avant tout des événements et des séminaires. À quoi ressemble le cercle d’affaires aujourd’hui ?
— M.N. : Il y a beaucoup moins d’événements, deux maximum par an. L’objectif est d’avoir un événement axé sur l’apprentissage avec des experts, et un événement festif du type « Ballon d’Or de l’entrepreneur ». Pour le reste, c’est purement de la consultance. Ce n’est plus une boîte d’événementiel, mais bien de consultance.
— Combien de membres compte Ultra aujourd’hui et que vaut cette entreprise ?
— M.N. : Nous comptons entre 1 200 et 1 300 membres. Sur le plan personnel et moral, Ultra vaut tout car je rencontre et j’aide des gens chaque jour. D’un point de vue purement business, il n’y a pas de valorisation établie car la boîte reste très dépendante de moi, même si l’IA et les équipes m’aident. Avec mon associé Jean-Christophe Conticello, nous travaillons à structurer et intégrer des services pour maximiser la valeur autonome de la boîte. Pour l’instant, elle vaut le cash qu’elle génère au quotidien, ce qui est déjà beaucoup. Si demain je venais à disparaître, la boîte générerait des revenus pendant 24 à 36 mois avant de décliner à moins de trouver une autre figure d’autorité.
— Or, dans vos vidéos, vous dites justement qu’une entreprise ne doit pas dépendre uniquement de son fondateur…
— M.N. : Exactement. Ultra vit grâce à mon image. Aujourd’hui, je ne suis plus dans l’opérationnel : je ne fais ni les audits ni l’administratif. Je me concentre sur la vision, la stratégie et la vidéo pour la marque, mais je ne suis plus au téléphone avec les clients.
— Quelles sont vos ambitions pour Fresheo et Ultra ?
— M.N. : Fresheo est une valeur patrimoniale. Nous voulons en faire un acteur majeur de l’agroalimentaire en Belgique via des acquisitions. Pour Ultra, l’ambition est de devenir le leader du conseil aux entrepreneurs. Comme j’y consacre l’essentiel de mon temps, les ambitions sont grandes : la vision est d’introduire la société en Bourse d’ici cinq ans. C’est le moyen le plus sain d’apporter de la transparence et d’aider un maximum d’entrepreneurs. Beaucoup hésitent face à un marketing agressif ou aux critiques. En Bourse, la transparence est totale, ce qui apporte de l’autorité, de la crédibilité et un pôle de liquidités, tout en montrant l’exemple aux entrepreneurs qu’on accompagne.
— Combien de collaborateurs comptent vos deux entreprises ?
— M.N. : Le groupe alimentaire dont fait partie Fresheo s’appuie sur entre 50 et 80 collaborateurs. Ultra en compte entre 100 et 120, dont une quarantaine de coachs. Le cercle grandit vite.
— On l’a dit, vous êtes très présent sur les réseaux sociaux, où vous affichez vos voitures de sport luxueuses. Et pourtant, vous voulez changer cette image ?
— M.N. : Je veux plus précisément me défaire de l’image « Lamborghini », pas des voitures de sport en général, qui restent ma passion. Cette marque véhicule une image très agressive, parfois perçue comme de l’affichage ostentatoire, ce qui est en décalage avec le message de maturité entrepreneuriale que je souhaite transmettre. Je sais qu’Internet n’oublie rien et que je serai toujours lié à ces voitures. Mais je souhaite faire évoluer mon image sur les 24 à 36 prochains mois.
— Quels conseils donneriez-vous aux jeunes de moins de 30 ans qui se lancent ?
— M.N. : Pour moi, il y a trois points essentiels. Premièrement, la création de contenu. C’est devenu une responsabilité indispensable pour faire connaître ses projets de manière méritocratique. Ensuite, l’IA, qui est un outil incontournable à intégrer dans son quotidien. Enfin, il faut passer à l’action. L’information étant accessible à tous, c’est l’exécution, l’expérimentation et l’itération qui font la différence. C’est l’action qui transforme, pas la réflexion seule.
— Comment avez-vous perçu le prix Forbes 30 Under 30 qui vous a été attribué il y a près d’un an ?
— M.N. : C’est un élément très valorisant auprès du grand public. Cela n’a pas généré de business direct immédiat, mais cet argument d’autorité me servira à long terme pour renforcer ma crédibilité. C’est une étape décisive pour ma carrière.
