Catapulter des satellites dans l’espace. Valoriser toute la chaleur des centres de données. Pourquoi les technologies de mémoire ont besoin d’être bousculées.
Comme je l’évoquais plus tôt ce mois-ci, l’économie spatiale se heurte à un goulet d’étranglement côté lancements : la demande dépasse aujourd’hui l’offre. Il se pourrait même qu’il y ait moins de lancements en 2026 qu’en 2025. Beaucoup d’entreprises de fusées s’efforcent certes de combler l’écart, mais « ce n’est pas sorcier » est un cliché qui a ses raisons : la vraie science des fusées, elle, est souvent semée de retards et d’obstacles.
D’où l’idée de Winnie Lai : retirer les fusées d’au moins une partie de l’équation. Elle est la fondatrice d’Auriga Space, qui développe un accélérateur électromagnétique linéaire destiné à catapulter les fusées en haute altitude, là où leurs moteurs s’allument pour les placer en orbite. De quoi remplacer, en somme, le premier étage classique d’une fusée.
L’idée n’est pas neuve : le physicien Gerard O’Neill l’avait avancée dans les années 1970, et des générations de scientifiques s’y sont attelées depuis. Aujourd’hui, le porte-avions USS Gerald R. Ford, de l’US Navy, recourt à un système électromagnétique pour faire décoller ses chasseurs.
Si de tels systèmes n’avaient jamais servi aux lancements spatiaux, m’explique Lai, c’est que la technologie sous-jacente n’était pas encore mûre ; mais les progrès de l’électronique et des semi-conducteurs ont changé la donne. Son entreprise a déjà construit des prototypes capables de propulser de petits projectiles métalliques jusqu’à Mach 2,4, soit plus de 2.900 km/h.
À ce jour, Auriga a levé plus de 12 millions de dollars auprès d’investisseurs et sous forme de subventions du département de la Défense. Plus tôt ce mois-ci, l’entreprise a annoncé qu’elle allait commercialiser son accélérateur Prometheus, non pas pour envoyer des charges utiles dans l’espace, mais pour tester des matériaux à des vitesses hypersoniques, et commencer ainsi à générer les revenus nécessaires à la suite du développement. Axiom Materials s’est engagé comme client pilote.
Auriga développe aussi sa technologie à des fins de défense, comme des armes antidrones. À plus long terme, l’entreprise ambitionne de construire un accélérateur de plusieurs kilomètres, capable de placer de petits satellites en orbite.
« Notre objectif ultime, c’est de rendre le lancement spatial plus efficace », a-t-elle déclaré. « En gagnant en efficacité, nous pensons pouvoir réduire les coûts et permettre des lancements plus fréquents. »
En bref : je serai en vacances la semaine prochaine, mais je reviendrai avec une nouvelle édition le 24 juillet.
La découverte de la semaine : ce petit tube pourrait transformer la chaleur d’un centre de données en électricité

L’un des défis de l’ère de l’IA, c’est de gérer la chaleur dégagée par les serveurs qui la font tourner, qu’il faut refroidir à l’air ou à l’eau pour éviter la surchauffe. Ce refroidissement engloutit environ 20 à 40 % de l’énergie qui leur est destinée. Une piste intrigante consiste à recourir à des dispositifs thermoélectriques, qui convertissent directement la chaleur en électricité. De tels dispositifs servent déjà à certaines applications, mais les tentatives pour les porter à l’échelle industrielle ont souvent échoué, pour des raisons économiques ou de rendement mécanique insuffisant.
De nouveaux travaux de l’université coréenne POSTECH pourraient changer la donne. Des chercheurs y ont mis au point une méthode à base de nanotubes de silicium pour les dispositifs thermoélectriques, qui pourrait permettre de déployer la technologie à grande échelle et aux centres de données de convertir leur chaleur résiduelle en électricité.
La clé, ce sont les nanotubes de silicium : ces minuscules tubes creux se révèlent bien plus performants que les fils pleins. Le cœur creux piège les vibrations porteuses de chaleur tout en laissant circuler le courant. Les nanotubes ont réduit le flux de chaleur jusqu’à 70 % par rapport aux fils de silicium, réglant ainsi l’un des grands défis de la thermoélectricité : bloquer la chaleur sans empêcher le passage du courant. Un problème particulièrement épineux avec le silicium, qui a toujours laissé passer la chaleur trop facilement, plafonnant le rendement des dispositifs thermoélectriques.
Reste à démontrer que la technologie passe à l’échelle et à mesurer ses performances dans un générateur commercial de plus grande taille. En cas de succès, les nanotubes de silicium pourraient équiper des dispositifs thermoélectriques couplés à des serveurs d’IA, à des batteries de véhicules électriques ou même à des machines industrielles, pour convertir leur chaleur résiduelle en énergie utile.
– par Sydney Goitia-Doran
Le point de vue : les technologies de mémoire doivent être davantage bousculées
Chaque semaine, j’interroge des investisseurs sur les tendances technologiques de leur secteur. Aujourd’hui, la parole est à Michael Stewart, associé gérant de M12, le fonds de capital-risque de Microsoft. Il investit surtout dans l’IA générative, le matériel et le jeu vidéo.

Quelle technologie est aujourd’hui surestimée ?
La robotique humanoïde. Pourquoi ? Parce que l’application me paraît parfaitement logique, mais les robots sont rarement polyvalents. Ils sont presque toujours spécialisés, non ? Il faudrait donc un énorme changement de mentalité dans la société pour accepter des humanoïdes partout, comme certains l’imaginent. Je crois plutôt que la première étape, ce seront les humanoïdes ; et la phase deux, tout un tas de machines ultra-spécialisées qui n’auront rien d’humanoïde. Mais on verra.
De quoi devrait-on parler davantage aujourd’hui ?
L’innovation dans les technologies de mémoire des semi-conducteurs. Tout le monde peut gloser sur le cycle de la mémoire, sur les prix, mais l’innovation de rupture dans la mémoire brille par son absence depuis que j’investis. Et je suis l’une des rares personnes que je connaisse à avoir réellement investi dans des start-up de mémoire. C’est donc, à mes yeux, le domaine où l’on pourrait déployer le plus de moyens.
De quoi parlerons-nous tous dans cinq ans ?
Je crois que nous sous-estimons encore à quel point nous serons attachés à l’IA personnelle, et l’importance qu’elle prendra dans nos vies. Elle s’y intégrera à un point difficilement comparable à quoi que ce soit aujourd’hui. Nous repenserons peut-être avec nostalgie, pas négativement, non, avec nostalgie, à « cette époque où il fallait solliciter l’IA et lui expliquer comment aider ». Et l’on en viendra à un point où elle sera si essentielle à votre quotidien que vous la protégerez et vous en montrerez très soucieux.
Ce qui me divertit cette semaine
J’ai récemment revu l’un de mes films préférés de tous les temps, A Man for All Seasons (Un homme pour l’éternité). Adapté de la pièce éponyme de Robert Bolt, il réunit Paul Scofield dans le rôle de Thomas More, persécuté par le roi Henri VIII pour avoir refusé de prêter un serment reconnaissant le souverain comme chef de l’Église d’Angleterre.
C’est un cliché de dire qu’« on ne fait plus de films comme ça », on en fait, mais bien trop peu. Un film brillant, qui sonde la corruption et l’intégrité morale et montre combien il est plus facile de plier que de tenir bon. Jamais il ne nivelle par le bas, et il offre quelques-uns des dialogues les plus percutants qui soient : « Enfin, Richard, il ne sert à rien à un homme de donner son âme pour le monde entier… mais pour le pays de Galles ? »
Cet article a été écrit par Alex Knapp et traduit par Forbes.be.
