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Les Belges champions du monde… de torréfaction

Absente de la compétition depuis six ans, la Belgique est revenue en force au championnat du monde de torréfaction lors du salon World Coffee 2026 à Bruxelles, en remportant le titre suprême le 27 juin dernier. Cette distinction prestigieuse met en lumière l’attrait croissant pour le café de spécialité, la frange premium du marché du café qui allie goût, transparence, traçabilité, connexion avec les producteurs et excellence des produits. Est-ce l’avenir du café ou sa locomotive ? Pour l’heure, de Bruxelles à Anvers, Gand et Liège, les coffee shops ne désemplissent pas.

Le Belge Benjamin Brassart a surclassé les champions nationaux des autres pays en lice, seulement deux ans après avoir lancé sa torréfaction indépendante Boo Coffee Roasters dans le quartier industriel d’Anderlecht, avec son associé Benoît Desmaretz. L’entreprise propose une gamme de cafés de spécialité soigneusement sélectionnés auprès de producteurs engagés. « Fort de cette reconnaissance internationale, le café de spécialité peut affirmer sa voix dans le marché de l’horeca en Belgique », a déclaré Thomas Wyngaard, fondateur de OK Coffee Studio et consultant en café de spécialité pour l’horeca.

© DR

« Le café de spécialité s’inscrit pleinement dans la tendance actuelle du slow food, qui prône les produits locaux attachés à un terroir et une juste rémunération des producteurs. Il reflète les valeurs de notre époque », selon Maxime Lemploy, consultant café vert pour Cuprima, la branche café de spécialité de l’importateur belge de café vert Efico. Les contraintes de production le rendent beaucoup plus rare que le café conventionnel et son goût est incomparable. « On en parle de plus en plus et c’est très positif : on peut vraiment raconter toute l’histoire qu’il y a derrière le grain, du fait de sa traçabilité », ajoute Maxime Lemploy.

« Le café de spécialité donne le ton, il influence les identités visuelles et les récits sur les cafés conventionnels, voire le vocabulaire du monde du café », explique Thomas Wyngaard. Le marketing du café, en somme, mais son influence au niveau économique reste encore assez marginale.

Un marché en plein essor

« Le marché du café est loin d’être saturé, sa croissance est fonction de la croissance économique, alors que le café de spécialité est en forte croissance partout, même s’il ne représente que 2% du marché du café au niveau mondial », reconnaît Maxime Lemploy.

Depuis que les pionniers comme OR Coffee, dont l’importateur Cup-A-Lot est devenu Cuprima lors de son rachat par Efico, et Caffenation ont fait connaître le café de spécialité au grand public en Belgique, « on est toujours dans la vague de développement de coffee shops spécialisés, surtout à Bruxelles et Anvers, mais aussi à Gand, et en Wallonie », ajoute Maxime Lemploy. « Personne ne ferme, en ce moment », confirme Thomas Wyngaard.

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« Les bars de quartier n’ont plus le monopole des lieux où les gens socialisent. Les coffee bars répondent à la demande d’une nouvelle génération qui désire se retrouver dans des lieux sans alcool à différents moments de la journée et autour d’un produit souvent de meilleure qualité », ajoute-t-il. La crise du Covid est passée par là.

Si les torréfacteurs et les coffee shops qui essaiment un peu partout, surtout en milieu urbain, ainsi que les consommateurs, y trouvent leur compte, c’est aussi un débouché intéressant à l’autre bout de la chaîne pour les producteurs, qui peuvent vendre du café d’excellence à des prix très supérieurs à ceux du marché mondial.

Toutefois, ces producteurs « auront toujours besoin de vendre du café conventionnel, parce qu’ils cherchent à écouler chaque grain possible. Chaque café a encore sa place, on n’ira jamais vers du 100% de café de spécialité », note Maxime Lemploy. Pis, « le marché va se radicaliser : d’un côté les cafés de masse à très bas prix et de l’autre, d’excellents cafés, mais très peu entre les deux », prédit Thomas Wyngaard.

Pour l’heure, ce sont les États-Unis qui tirent le marché. Un sondage de la Specialty Coffee Association, organisatrice des salons World Coffee, a récemment révélé que 47% des adultes américains boivent quotidiennement du café de spécialité, qui passe ainsi devant le café traditionnel, à 42%. Le phénomène est encore plus marqué dans la tranche d’âge des 25-39 ans, les fameuses générations Z et milléniaux. « Là-bas, le cold brew est chose courante. En Europe, on en est encore aux latte et cappuccino on ice », constate Thomas Wyngaard.

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Il est toutefois difficile d’avoir des chiffres de consommation pour la Belgique et les tendances ne peuvent que se baser sur des observations, tant il y a d’acteurs sur le marché. « On constate juste que les ventes de café de spécialité augmentent d’année en année », juge Maxime Lemploy.

« De nombreuses sociétés d’import de café de spécialité sont rachetées par les importateurs conventionnels. Mais les actionnaires doivent comprendre qu’on ne peut pas appliquer les mêmes logiques financières. Pour l’heure, l’évolution du marché est d’intégrer les filières de spécialité en complémentarité au conventionnel, mais l’avenir, tout autant que le climat, est difficile à prédire », conclut Thomas Wyngaard.

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