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La Proximus Art Collection fête 30 ans d’art contemporain à Bruxelles

Autrefois, au détour d’un couloir chez Proximus, on pouvait croiser une œuvre de Roy Lichtenstein, Rineke Dijkstra, Hiroshi Sugimoto ou Bieke Depoorter. Une manière d’ancrer l’art dans le quotidien des collaborateurs, et de surprendre les visiteurs. Cette philosophie, ancrée depuis trente ans dans la culture de l’opérateur télécom, s’apprête aujourd’hui à entrer dans une nouvelle phase. Avec le déménagement vers le site de Tour & Taxis, la collection entame un nouveau chapitre.

Photo Mélanie De Vrieze, DR

Née il y a trente ans, la Proximus Art Collection n’a jamais eu vocation à décorer, mais à inspirer. « L’idée était de laisser le regard des artistes imprégner le lieu de travail », explique Stefaan De Clerck, président sortant. Dans les Proximus Towers, près de la gare du Nord à Bruxelles, cette idée a trouvé son terrain d’expression. Les collaborateurs travaillaient avec un Paolini ou un Boetti suspendu à quelques mètres d’eux.

Axée sur les années 80 et 90, la collection rassemble des figures majeures du minimalisme et de la photographie.

« Ce qui était alors considéré comme du grand art se retrouve ici », ajoute-t-il. « Ce n’est pas un assemblage disparate, mais un ensemble cohérent où chaque œuvre trouve sa place. »

Boudewijn Michiels, longtemps président de la commission de sélection, a joué un rôle clé dans la collection. Jef Cornelis a lui aussi largement contribué à façonner son identité, porté par des convictions artistiques souvent très affirmées. Par la suite, la commission s’est enrichie de nouveaux regards, notamment ceux de Chris Dercon (historien de l’art et directeur de musée belge) et Dirk Snauwaert (fondateur et directeur artistique du WIELS à Bruxelles). Le résultat est une collection qui, selon De Clerck, « n’aurait pas détonné dans des musées ou au sein d’une grande collection privée ». Sa valeur en témoigne aussi. « De nombreuses œuvres sont aujourd’hui devenues inabordables. » Il cite en exemple les œuvres de Hiroshi Sugimoto, qu’il considère comme son artiste favori. « Ses œuvres allient une remarquable finesse, une grande maîtrise technique et une dimension profondément poétique. »

« Nous agissons comme de bons gestionnaires : nous complétons, restaurons, assurons, surveillons et conservons les œuvres avec le plus grand soin. »

Avec un déménagement à Tour & Taxis, Proximus change d’échelle et revoit sa collection. L’entreprise passe de plus de cent mille à environ quarante mille mètres carrés. La collection a dû être réduite en conséquence. Sur 600 œuvres, 405 ont été conservées, les autres cédées via Christie’s pour privilégier une sélection plus cohérente et adaptée au nouveau lieu. Résultat : une collection plus petite, mais un budget renforcé pour de futures acquisitions.

La présentation évolue elle aussi. Autrefois accrochées très près les unes des autres dans des bureaux fréquentés, les œuvres respirent désormais. Certaines, comme les photographies en noir et blanc de Giulio Paolini, gagnent enfin l’espace qu’elles méritent.

« Dans les Proximus Towers, elles étaient un peu à l’étroit à cause des plafonds assez bas, mais elles seront désormais mieux mises en valeur. »

Hôtel des Douanes sur le site de Tour & Taxis.

À Tour & Taxis, dont le permis de construire a entre-temps été délivré, la logique s’inverse. Il ne s’agit pas de construire d’abord puis d’accrocher des œuvres d’art, mais de prendre l’art comme point de départ de l’aménagement. « Les architectes d’intérieur réfléchissent déjà aux œuvres qui seront le mieux mises en valeur, aux dispositifs nécessaires pour suspendre des pièces de grand format dans les cages d’escalier ou encore à l’aménagement des espaces en fonction de ce qu’ils accueilleront », explique De Clerck.

Gérée par une ASBL, la collection dispose d’un budget annuel de 248 000 euros, couvrant aussi bien les acquisitions que la location, la restauration, les assurances, le transport et les frais administratifs. Avec l’exposition anniversaire Conversation Poem à l’Hôtel des Douanes (Tour & Taxis), le budget de cette année est pratiquement épuisé. Il ne reste plus grand-chose pour de nouvelles acquisitions. Une situation que De Clerck relativise. « Je pense que beaucoup de visiteurs seront surpris lorsqu’ils découvriront les œuvres dans ces nouveaux espaces. »

Les coûts liés à la restauration représentent une charge importante. Une grande partie de la collection étant composée de photographies, certaines se dégradent avec le temps. « Une part considérable du budget est aujourd’hui consacrée au stockage et à la restauration, ce qui laisse moins de moyens pour de nouvelles acquisitions. » Chaque intervention est menée avec l’artiste ou sa fondation, dans le respect de l’intégrité de l’œuvre.

Hans Bart Van Impe, ancien ingénieur radio, assure au quotidien la coordination de la collection. Pour les expositions, restaurations et transports, Proximus fait appel à des experts externes. Cette gestion rigoureuse explique des primes d’assurance inchangées depuis trente ans.

La série de la photographe néerlandaise Rineke Dijkstra, qui compte désormais dix-huit exemplaires, illustre particulièrement cette approche. Proximus est la seule institution au monde à enrichir encore cette série. « Nous agissons comme de bons gestionnaires : nous complétons, restaurons, assurons, surveillons et conservons les œuvres avec le plus grand soin. » Autre particularité : la collection a été constituée exclusivement par des acquisitions, sans aucun don. « Mais ceux-ci sont les bienvenus », sourit De Clerck. « Nous en prendrons grand soin. »

Ces dernières années, Proximus a fait évoluer sa stratégie : il ne s’agit plus seulement d’acquérir, mais aussi de produire. En soutenant des artistes comme Francis Alÿs ou Miet Warlop, notamment à la Biennale de Venise, l’entreprise participe directement à la création — tout en enrichissant sa collection. « Nous aidons les artistes à développer leurs projets tout en intégrant de nouvelles œuvres à la collection. Les artistes apprécient cette approche », explique De Clerck.

Parallèlement, Proximus soutient des initiatives comme le Belgian Art Prize, une récompense biennale consacrée aux arts visuels. L’objectif n’est plus uniquement d’accumuler des œuvres, mais aussi de soutenir la création, en particulier les artistes belges reconnus à l’international.

« Nous aidons les artistes à développer leurs projets tout en intégrant de nouvelles œuvres à la collection. »

Le déménagement aurait pu conduire à reléguer la collection en réserve. Proximus choisit de la remettre en lumière et a profité de cette transition pour organiser une exposition anniversaire. Du 14 mai au 24 juillet 2026, elle s’expose à l’Hôtel des Douanes, à Tour & Taxis, pour une troisième ouverture au public. La première exposition avait eu lieu au musée Dhondt-Dhaenens à Deurle, la deuxième fois dans les Proximus Towers inoccupées pendant la pandémie.

Germaine at home (2018) de Bieke Depoorter.

Un choix symbolique : ce lieu accueillera bientôt le nouveau siège de l’entreprise. En y dévoilant dès aujourd’hui les œuvres, Proximus transforme l’art en véritable geste d’accueil — une manière d’accompagner le changement et d’en donner le ton. « L’art inspire et invite », affirme De Clerck. « Nous voulons montrer qu’un changement est en cours. »

Intitulée Conversation Poem, l’exposition imaginée par Catherine de Zegher et Isabelle De Jaegere réunit 120 œuvres autour d’une même question : comment réapprendre à dialoguer ? Parmi les artistes exposés figurent Alighiero Boetti, Giulio Paolini, Günther Förg, Rosemary Laing, Lee Friedlander, Lili Dujourie et David Claerbout.

L’exposition s’ouvre sur un clin d’œil : des œuvres où apparaissent des téléphones, un thème volontairement évité pendant trente ans. « Nous n’avons jamais collectionné des objets liés à notre propre secteur », explique De Clerck. « Un peu d’humour ne fait jamais de mal. »

L’avenir de la collection soulève aussi la question de l’art numérique. « Aujourd’hui, presque toutes les œuvres comportent une dimension numérique ; il devient donc difficile d’en faire une catégorie à part entière », observe-t-il. L’art s’étend désormais au-delà des bureaux. Sur le site de Tour & Taxis, où Proximus rejoindra plusieurs entreprises — une sorte de village au cœur de la ville — des projets de parc de sculptures sont actuellement à l’étude, sous la direction de l’architecte paysagiste Bas Smets. « Cela marquerait une transition : passer de l’art dans les bureaux à l’art dans l’espace public. » Des prêts d’œuvres à d’autres entreprises du site sont aussi envisagés, dans la lignée d’initiatives déjà existantes : une œuvre de Panamarenko est exposée depuis longtemps dans le hall de la Communauté flamande. « Rien ne nous empêche d’imaginer d’autres solutions, à condition qu’elles soient durables et sûres. »

Au-delà de ces perspectives, Stefaan De Clerck voit plus loin : voir émerger un véritable musée d’art contemporain à Bruxelles. « Il existe de belles collections, notamment au sein d’institutions telles que la Banque nationale et Belfius. Ce qui manque encore, c’est une dynamique commune. Avec, en ligne de mire, une ambition claire : inscrire Bruxelles sur la scène internationale. »

30 ans de la Proximus Art Collection.

Exposition anniversaire Conversation Poem du 14 mai au 24 juillet à l’Hôtel des Douanes à Tour & Taxis.

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