Le groupe Martin Marietta rachète Lhoist North America pour 13,5 milliards de dollars. Annoncée le 29 juin 2026, la transaction figure parmi les plus importantes jamais conclues par un industriel belge. Elle porte la fortune de la famille Berghmans à 12,5 milliards d’euros et la place en tête des plus grandes fortunes du pays.
L’annonce est tombée le 29 juin 2026. Martin Marietta, l’un des grands producteurs américains de matériaux de construction, rachète Lhoist North America, la branche nord-américaine du groupe wallon spécialisé dans la chaux et les minéraux. Avec 13,5 milliards de dollars, il s’agit de la plus importante acquisition jamais réalisée par Martin Marietta. Le paiement combine 7 milliards de dollars en numéraire et 6,5 milliards en actions de l’acquéreur.
Le prix représente quinze fois l’EBITDA ajusté de Lhoist North America en 2025, soit 786 millions de dollars. L’opération fait de Martin Marietta le premier producteur national de chaux aux États-Unis.
Une cession menée en position de force
Il est important de préciser que Lhoist ne vend pas sous contrainte. Le groupe a réalisé en 2024 un chiffre d’affaires record de 3,6 milliards d’euros et un EBITDA de 1,2 milliard d’euros. L’opération prolonge une réflexion stratégique lancée au début de 2026, quand la famille a mandaté Rothschild & Co, BNP Paribas et JPMorgan pour étudier une ouverture du capital. Plusieurs fonds d’investissement se sont alors manifestés, dont CD&R, CVC, Bain Capital et CDPQ. La famille a finalement préféré céder l’ensemble de ses actifs nord-américains à un industriel coté plutôt que d’ouvrir son capital à du capital-investissement.
Le groupe Lhoist est détenu via une holding luxembourgeoise, la Financière de Gestions Internationales, anciennement GPI Invest. Cette structure a été réorganisée en 2024 et a donné lieu à un dividende de 905 millions d’euros versé aux actionnaires familiaux. Comme une partie du prix est réglée en titres, la famille détiendra environ 15% du capital de Martin Marietta après la clôture. Elle y deviendra un actionnaire de référence minoritaire, sans en prendre le contrôle.
Lhoist sans les Lhoist
Le groupe porte toujours le nom Lhoist, mais la famille du même nom n’en détient plus aucune part depuis plusieurs années. Selon Trends-Tendances, à un moment charnière situé vraisemblablement entre 2019 et 2021, alors que le chiffre d’affaires avoisinait 2,2 milliards d’euros, la famille Berghmans a racheté la totalité des parts détenues par les cousins de la branche Lhoist. Jusque-là, les deux familles étaient copropriétaires à parts égales. Aucun des trois fils Lhoist, dont le plus connu est Nicolas Lhoist, n’avait souhaité reprendre la direction industrielle du groupe. Nicolas Lhoist a préféré bâtir sa propre trajectoire entrepreneuriale. Avec son frère Arthur, il a réuni leurs deux entreprises, le groupe d’hôtellerie et d’événementiel Knokke Out-People First qu’il dirigeait et les restaurants Tero fondés par Arthur, au sein d’un même ensemble baptisé Tero Group, du nom de la marque la plus connue du public. La famille qui a donné son nom au groupe n’en est aujourd’hui qu’une fondatrice historique.
Le groupe Lhoist est aujourd’hui détenu à 100% par la famille Berghmans. Son conseil d’administration réunit Jean-Pierre Berghmans à la présidence, son frère Vincent, ainsi que ses enfants Valentine, Olivier et Vincent Berghmans, aux côtés d’administrateurs indépendants. Parmi ces derniers figurent Annemiek Fentener van Vlissingen, liée à SHV Holdings, et Jean-Marc Etlin, de CVC Capital Partners. C’est donc la famille Berghmans qui percevra le produit de la cession de 13,5 milliards de dollars.
Au sommet des fortunes belges
Le baron Jean-Pierre Berghmans, né en 1949, voit la fortune familiale portée à 12,5 milliards d’euros, ce qui place les Berghmans au premier rang des fortunes belges, devant Eric Wittouck. La séparation d’avec la branche Lhoist comme cette cession se sont opérées dans une relative discrétion, conforme au profil d’un groupe familial longtemps resté en retrait médiatique.
Pour la famille Berghmans, la cession transforme une activité industrielle en une participation financière dans un groupe coté américain. Du côté de Lhoist, seul le périmètre nord-américain change de mains : les autres activités du groupe restent détenues par la famille.
