Depuis des décennies, l’Algarve, au Portugal, séduit les golfeurs avec une promesse aussi simple qu’attrayante : des parcours de niveau championnat, un ensoleillement fiable et l’un des meilleurs rapports qualité-prix d’Europe. Les journées commencent sur les greens et s’achèvent autour de poulpe grillé et de vinho verde, le long d’une côte atlantique escarpée où, comme l’écrivait le poète national portugais Luís de Camões, « la terre finit et la mer commence ».
Pourtant, la région n’a pas toujours misé sur des prix accessibles. Dans les années 1990 et au début des années 2000, l’Algarve figurait parmi les principales destinations de golf en Europe. Mais des années de sous-investissement et l’essor des voyages organisés destinés au grand public l’ont progressivement repositionnée comme une escapade golfique plus abordable.
Aujourd’hui, soutenue par l’un des plus grands investisseurs immobiliers privés d’Europe, portée par un nouveau club privé conçu par Ernie Els et animée d’ambitions qui dépassent largement le tourisme, l’Algarve renoue avec son statut d’origine et retrouve le sommet du golf européen.
Le moment pourrait être particulièrement favorable. Une récente enquête d’Expatsi menée auprès de plus de 116 000 Américains a classé le Portugal au premier rang des pays où ils souhaiteraient s’installer. Cette tendance plus large pourrait transformer le principal bastion golfique du pays : l’Algarve ne serait plus seulement une destination où passer une semaine, mais une région où acheter une résidence secondaire, voire vivre toute l’année.
Le grand retour
La société britannique d’investissement et de gestion d’actifs Arrow Global gère un portefeuille de 2,6 milliards d’euros au Portugal, très largement concentré dans la région de l’Algarve. Elle a investi environ 17 millions d’euros pour remplacer, plutôt que simplement rénover, l’ancien Victoria Course. Ernie Els en a entièrement repensé le tracé, inversant l’ordre des neuf derniers trous et reconstruisant chaque green et chaque fairway de fond en comble.
L’investissement a bénéficié d’une première vitrine majeure le week-end dernier, lorsque le Portugal a accueilli son tout premier tournoi du PGA Tour Champions à The Els Club Vilamoura, le premier club de golf privé de l’Algarve. Sous son ancienne appellation, Victoria Golf Course, le site avait accueilli le Portugal Masters de 2007 à 2022, dont le palmarès compte notamment Shane Lowry, Thomas Pieters et Jordan Smith. Mais pour Arrow Global, ce tournoi représentait bien davantage qu’une escale européenne du circuit seniors : il marquait le lancement public de sa stratégie globale visant à repositionner l’Algarve.
Nuno Sepúlveda, codirecteur général de Details, qui exploite les actifs d’Arrow Global Portugal dans le golf, l’hôtellerie et les loisirs à Vilamoura, estime que les ambitions de l’Algarve dans le luxe relèvent moins d’une réinvention que d’un retour aux sources. Il y a trente ans, explique-t-il, la région figurait parmi les principales destinations golfiques d’Europe, Vilamoura et Quinta do Lago établissant des standards que les professionnels du secteur venaient étudier depuis tout le continent. Mais l’essor des vols charters et des séjours à forfait a progressivement orienté le marché vers une logique de volume. Alors que l’Espagne continuait d’investir massivement dans ses principaux complexes et parcours de golf au cours des deux décennies suivantes, les opérateurs de l’Algarve avaient au contraire « pressé l’activité jusqu’à l’os », privilégiant les rendements à court terme au détriment du réinvestissement.
À la fin des années 2010, nombre de parcours emblématiques de la région avaient environ 30 ans, ce qui rendait toute nouvelle hausse des tarifs de plus en plus difficile à justifier. Puis est arrivée ce que Nuno Sepúlveda décrit comme une « tempête parfaite » : la demande postpandémie pour les activités de plein air, combinée à l’arrivée de nouveaux capitaux privés, a créé l’occasion de réinvestir dans l’offre et de repositionner l’Algarve sur le segment haut de gamme. « Il ne suffit pas de publier un bel article ou une publicité en affirmant : “Désormais, nous sommes haut de gamme.” Il faut tenir cette promesse », souligne-t-il.
Jouer sur le long terme
Mais restaurer la réputation de l’Algarve implique de voir au-delà du seul golf. Nuno Sepúlveda considère ce sport comme le catalyseur d’un écosystème de luxe plus large, réunissant hôtellerie, immobilier et résidence à l’année. Seuls 20 % environ des propriétaires au sein des complexes golfiques pratiquent réellement le golf, précise-t-il. Beaucoup sont avant tout attirés par la sécurité, les infrastructures et le sentiment d’appartenance qu’offrent les domaines entourant les parcours. « Si vous créez une destination exceptionnelle, dotée d’infrastructures de premier ordre et d’un écosystème très attractif, vous tombez sous le charme de l’endroit, puis vous y achetez une maison », explique-t-il. Le golf constitue l’un des trois piliers historiques de Vilamoura, aux côtés de la marina et des plages. Un centre équestre de 25 millions d’euros pouvant accueillir 1 000 chevaux et un nouveau centre sportif doivent encore élargir l’attrait de la destination bien au-delà des fairways.
Ce repositionnement haut de gamme est déjà manifeste à The Els Club, où l’adhésion exige un droit d’entrée de 100 000 euros et où les nouvelles affiliations sont proposées chaque trimestre en nombre limité.
Sepúlveda insiste : l’Algarve ne peut imposer de tels prix par le seul marketing. « On ne peut pas y parvenir uniquement par les prix ou grâce à un bon marketing : il faut proposer un produit à la hauteur », affirme-t-il, citant les investissements réalisés dans les parcours de golf, les hôtels et les infrastructures. « Le Portugal n’a pas d’autre choix. Nous sommes un petit pays. Nous devons nous positionner sur le segment premium. Nous n’avons pas 500 parcours de golf, mais environ 70. Nous devons viser le haut de gamme. »

Els voit dans les grues qui ponctuent actuellement le paysage de Vilamoura le signe manifeste d’un nouveau cycle de croissance. Avec le recul, il regrette toujours de ne pas avoir acheté une maison à louer dans la localité voisine de Quinta do Lago, lorsque son épouse Liezl et lui sont tombés sous le charme de l’Algarve, il y a un peu plus de vingt ans. « Investissez maintenant », lance-t-il en riant. « Vingt-cinq ans plus tard, je regrette de ne pas avoir acheté, car les prix sont tout autres aujourd’hui. Je pense que la même chose se produira ici. »
Triple vainqueur de tournois majeurs, Padraig Harrington passe depuis des années ses vacances en famille dans l’Algarve. Selon lui, le Portugal s’est à nouveau imposé comme l’une des destinations européennes de premier plan pour les golfeurs d’Europe du Nord qui envisagent, à terme, d’y acquérir une résidence secondaire.
« C’est ici que ma famille passe ses vacances d’été. Nous venons depuis déjà un bon moment. En général, nous louons un logement lorsque nous sommes ici, mais c’est clairement un endroit où j’achèterais lorsque je prendrai ma retraite — ce qui, selon certains, n’arrivera jamais. »
Harrington attribue ce regain d’attractivité à la combinaison, propre au Portugal, de parcours de grande qualité, d’une planification rigoureuse et d’un développement maîtrisé. Contrairement à de nombreuses destinations où les parcours de golf n’ont été envisagés qu’après la construction des complexes résidentiels, le Portugal a, selon lui, largement suivi la démarche inverse. « Les parcours ont été aménagés sur les meilleurs terrains. Leur niveau est généralement bien supérieur à ce que l’on trouve ailleurs, précisément parce qu’ils ne sont pas conçus après coup : ils constituent le point de départ », explique-t-il.
L’Algarve peut-il réussir sa transition, de l’une des destinations golfiques offrant le meilleur rapport qualité-prix en Europe vers l’un des principaux marchés européens du golf et de l’immobilier de luxe ? Si Details parvient à ses fins, cette transformation est déjà bien engagée. L’adhésion des golfeurs et des acquéreurs potentiels à cette vision, avec le même enthousiasme que les investisseurs, déterminera probablement le succès de la stratégie.
Cet article a été écrit par Mike Dojc et traduit par Forbes.be.
