L’artiste belge Arne Quinze, qui présente ses nouvelles œuvres à la Citadelle de Villefranche-sur-Mer pendant tout l’été, nous parle de son œuvre et de sa vision artistique.
The Absurd and the Dreamlike, nouvelle et grande exposition d’Arne Quinze, vient de s’ouvrir à la Citadelle historique de Villefranche-sur-Mer. Dans le cadre de ce projet à grande échelle, l’artiste belge a invité l’artiste portugaise Joana Vasconcelos à le rejoindre et à créer un ensemble extraordinaire d’œuvres qui explorent le poétique, le surréaliste et l’inattendu.
Dans l’esprit de Jean Cocteau, dont l’héritage est profondément ancré à Villefranche-sur-Mer, l’exposition invite les visiteurs à redécouvrir le surréaliste et le rêvé comme des lentilles essentielles pour réfléchir à l’éloignement croissant de notre culture contemporaine par rapport à la nature — une perte et une aliénation qui, pour Quinze, sont profondément préjudiciables.
Composée par Selcan Atilgan, fondatrice de ARTSA Consultancy et partenaire du projet de l’exposition, et présentée sous la direction de Camille Frasca, l’exposition se déploie à travers la Citadelle, avec à la fois des installations monumentales en extérieur et des environnements intimes en intérieur, offrant un cadre pour Quinze et Vasconcelos.

Arne Quinze effeuille pour nous son approche de l’art et révèle au passage sa vraie… nature.
Forbes.be – Pourquoi ce titre, The Absurd and the Dreamlike ?
Arne Quinze – Lorsque je me suis rendu à la Citadelle de Villefranche-sur-Mer, j’ai constaté que Jean Cocteau y avait passé beaucoup de temps.Lorsque je suis rentré chez moi, j’ai commencé à dessiner dans mon atelier tout en projetant en arrière-fond le film Le Testament d’Orphée de Cocteau, qui m’a énormément inspiré et touché, d’où le titre The Absurd and the Dreamlike. Mon travail est également un peu absurde et rêveur. Je me sentais en phase avec l’univers de Cocteau, qui a lui aussi touché à de nombreux domaines artistiques. Je défends toujours la diversité, car au fond de moi, je suis un jardinier entouré par la diversité du jardin. Afin de créer un équilibre et de la diversité justement, j’ai voulu m’associer à une femme puissante, Joana Vasconcelos, afin qu’elle partage avec moi cette exposition.
– Pour filer la métaphore “naturelle”, votre collaboration se veut une symbiose ?
– Tout artiste a un fort ego : l’on renforce, l’on protège notre travail, qui est une très longue aventure. Et puis vient un moment où on la partage avec un autre artiste : cela fait déjà plus d’une dizaine d’années que Joana et moi sommes amis, ce qui nous nourrit ; pourtant, nous nous sommes laissé une totale liberté mutuelle au travers de ce projet : j’ai créé de grandes pièces, et Joana a travaillé à partir de celles-ci et inversement. Ce qui est très excitant, car nous apprenons beaucoup l’un de l’autre. Il y a une compétition, mais positive, au sens où nous nous tirons mutuellement vers le haut.
– Peut-on affirmer que votre travail est à la fois rural et urbain ?
– Oui, je travaille sur beaucoup de projets urbains, que je réalise sur tous les continents. Je réalisais ces installations et à un moment donné, il y a une vingtaine d’années, des musées sont venus vers moi en me demandant de concevoir des œuvres plus petites ; puis, les collectionneurs et les galeristes ont suivi… Mon travail est passé du monumental à un format plus réduit. Mais j’ai adoré cet exercice, car lorsqu’on a l’habitude de travailler en grand format, on obtient une certaine puissance, et il y a toujours une interaction avec l’environnement. Avec les œuvres plus petites, parvenir à conférer cette même énergie et cette force m’a demandé des années.

– Vous faites du land art en ville ?
– C’est exact, j’essaye toujours de changer les espaces publics parce que les villes sont devenues minérales ; on déplore l’absence de deux choses dans la ville : la nature et la culture. La nature, parce que les villes sont en train de bouillir. Et puis, les enfants grandissant dans les villes ne savent pas ce que sont les fleurs sauvages, les grenouilles, les écureuils qu’ils n’ont jamais vus. Quant à la culture, elle est cachée derrière les quatre murs. Si nous parvenons à proposer ces deux éléments dans les espaces publics, nous vivrons mieux.
– Les hommes mettent la nature en culture. Vous faites de la culture avec la nature ?
– Je laisse libre cours à la nature, parce que nous, humains, tentons toujours de cultiver et de contrôler notre voisin et notre environnement. Nous manquons de cette liberté. Tout est tellement géré, contrôlé : la nature et la culture. Dans le monde, dans l’espace public, nous devrions disposer d’un peu plus de liberté, notamment les architectes, qui sont tellement contraints et limités par des règles ; nous manquons de cette diversité dans toute chose : les voitures arborent toutes les mêmes couleurs, et nous sommes tous habillés presque en noir ou en gris. Et tous les intérieurs de maisons sont blancs : nous avons besoin de couleurs !

– Vous cultivez la diversité ?
– Oui, mais je préfère embrasser la diversité, parce qu’elle est là. Nous devons apprendre à nous ouvrir, à voir : elle est là la diversité, mais nous la bloquons, nous en avons peur. Il ne faut pas la cultiver, puisqu’elle est présente.
– Nous parlons de cultiver et vous entretenez un rapport très intense avec la terre “mère”. Mais votre père a été une figure importante pour vous…
– Il m’a fait renaître plusieurs fois. Mon père, c’était le rocher de notre famille auquel tout le monde pouvait s’agripper. Quelqu’un à qui nous pouvions demander conseil à tout niveau. Un homme brillant qui a contribué à fonder la réserve naturelle Le Blankaart près de Dixmude. Il s’est battu toute sa vie pour la nature, mais sur une plus grande échelle.
– Davantage un chêne qu’un rocher ?
– Absolument. C’était un chêne avec des racines et des branches immenses. Quelqu’un qui ne jugeait pas, une personne incroyable… J’ai eu la chance de vivre auprès de cet homme.
– Vous célébrez également la diversité dans votre pratique artistique ?
– Mon travail est dans une constante évolution et se transforme à l’image de la nature qui me nourrit. Dans mon jardin, au fil des quatre saisons, la fleur qui éclot me paraît aussi belle lorsqu’elle commence à faner. Cette recherche, cette étude de la nature est le plus beau voyage que je puisse faire.
The Absurd and the Dreamlike
Arne Quinze et Joana Vasconcelos
20 juin – 31 octobre 2026
La Citadelle – Centre d’art & Musée
Villefranche-sur-Mer, France
lacitadellevsm.fr
