10 milliards d’euros de valorisation, 28 millions d’utilisateurs, chiffre d’affaires de 900 millions d’euros (et bientôt d’un milliard d’euros), 10.000 collaborateurs en 2027… Les chiffres avaient de quoi donner le tournis lors de l’Odoo Experience sur le site de Brussels Expo ! Et on ne parle même pas ici des chiffres propres à ce salon organisé par la licorne belge, connue et active dans le monde entier pour son logiciel de gestion.
D’après son CEO Fabien Pinckaers, Odoo vaut désormais 10 milliards d’euros, contre 7 il y a un an. C’est ce que sont prêts à mettre sur la table les acheteurs potentiels. Mais le patron l’a répété : son entreprise n’est pas à vendre ! Lui ne compte pas se défaire de ses actions (« je ne le ferai jamais »), qui représentent plus de 50 % des parts, et la société ne fait pas d’augmentation de capital et n’émettra donc pas de nouvelles actions. Les acquéreurs potentiels ne peuvent donc se tourner que vers les autres actionnaires historiques.
Il faut dire qu’Odoo se porte bien, très bien même. Après un exercice 2025 plus délicat, qui s’était clôturé par une perte de 36 millions d’euros, 2026 devrait très facilement effacer cette contre-performance. Le bénéfice opérationnel est déjà de 50 millions d’euros, soit 48 % supérieur à ce qu’il était il y a un an. Les revenus devraient, eux, atteindre pas moins de 900 millions d’euros sur l’ensemble de l’année, « soit quasiment un milliard de dollars », n’a pas manqué de relever le CEO. En 2025, on était « à peine » à 620 millions d’euros de chiffre d’affaires. Et le cap du milliard d’euros sera, lui, atteint en 2027. Le tout avec une croissance historique d’environ 50 % par an depuis 20 ans, a encore appuyé Fabien Pinckaers.
Nul doute que le contrat signé plus tôt cette année avec la société de ressources humaines Partena Professional, le plus important de l’histoire d’Odoo, devrait l’aider à y parvenir. Pour rappel, ce contrat représente plus de 10 fois son plus gros client actuel, sachant que le secrétariat social fournit tout de même 920.000 fiches de paie chaque mois. À cela s’ajoute la facturation électronique qui se répand à travers l’Europe, alors que l’échéance de 2030 se rapproche.
Empreinte mondiale
L’empreinte mondiale d’Odoo est mondiale, avec notamment 21 bureaux à travers le monde. Et ses sources de revenus le sont tout autant, avec 12 % du chiffre d’affaires tirés des États-Unis, 9 % de la Belgique, 9 % de la France (avec une nouvelle antenne qui a ouvert à Lyon, donnant plus facilement accès au sud du pays) et le reste ventilé dans plus de 180 pays via une vingtaine de filiales et des partenaires. « Ce n’est pas tellement qu’on doit ouvrir des nouveaux pays, c’est plus qu’on doit en rendre certains plus matures. »
Et puis l’important n’est pas d’avoir nécessairement un bénéfice net élevé, a souligné le CEO. C’est l’équilibre financier qui prime davantage, avec un flux de trésorerie qui est resté positif et en croissance. Trop de bénéfices signifierait, à ses yeux, un sous-investissement dans le produit.
Autre chiffre assez éloquent pour démontrer la puissance de la société brabançonne : quelque 28 millions d’utilisateurs au total, parmi lesquels quatre sur cinq recourent à des solutions gratuites, qui sont cependant souvent une porte d’entrée vers les payantes. Odoo 20, soit la 20e version du logiciel et des applications qui la composent, leur est présentée durant cette Odoo Experience.
L’intelligence artificielle en est au cœur et permet de lier n’importe quelle IA à Odoo. Plus qu’un agent conversationnel, il s’agit d’un véritable assistant opérationnel qu’il est possible d’entraîner à exécuter certaines tâches et même monter en compétences.
Tarifs en hausse
Pour en profiter pleinement, certains clients vont cependant devoir payer un peu plus. Pour la première fois en quatre ans, l’entreprise a augmenté partiellement ses tarifs, de l’ordre de 20 % pour la formule dédiée aux grandes entreprises. Elle passe de 29 à 35 euros par utilisateur et par mois. Le reste demeure inchangé, avec toujours une application Odoo entièrement gratuite et un plan de base à 19,9 euros par utilisateur et par mois. À cela s’ajoute une nouvelle catégorie, les « utilisateurs légers » (ou « light users »), accessible à 7,9 euros par mois à condition d’avoir au moins un utilisateur complet.
Même s’il ne l’aime pas trop, Fabien Pinckaers explique cette hausse de prix par un contexte d’inflation élevée, qui a atteint 26 % au fil des quatre dernières années. Ce qui pèse sur les coûts salariaux et d’hébergement. Mais l’augmentation tarifaire demeure donc en deçà de l’inflation et, même après cet « ajustement », Odoo reste moins cher que ses concurrents, n’a pas manqué de faire remarquer le patron.
Il se montre d’ailleurs très confiant dans la fidélité de sa communauté. « Même si on doublait ou triplait le prix, je pense que tous les clients resteraient ! Mais je ne le ferai jamais. Parce que ce n’est pas une question de coût ou de bénéfice, c’est une question d’accessibilité et d’être juste. »
Bientôt 10.000 collaborateurs
La communauté Odoo commence par les collaborateurs directs de l’entreprise. Ils sont au nombre total de 7.500, dont plus de 1.700 en Belgique. Courant 2027, ce nombre devrait franchir le cap des 10.000 collaborateurs puisque la société va recruter environ 3.500 personnes dans l’année. Il y en aura 700 en Belgique, dont 300 à 400 développeurs. La moitié de ces développeurs proviennent de l’étranger et sont attirés jusqu’ici avec un permis de travail. Fabien Pinckaers voudrait bien recruter davantage de Belges mais n’y parvient cependant pas.
Et l’Odoo Experience dans tout ça ? Le patron veut en faire le plus grand salon IT au monde, rien que ça ! Organisé sur trois jours à Brussels Expo, au sein de cinq palais, c’est déjà le plus grand rendez-vous tech et business d’Europe. Quelque 65.000 personnes étaient attendues cette année pour assister à 450 conférences et rencontrer 500 exposants. Parmi elles, 80 % ne viennent pas de Belgique, ce qui correspond à environ 10.000 nuitées dans des hôtels.
Le budget de cette grand-messe d’Odoo (« un truc de malades ! », dixit Fabien Pinckaers) est conséquent : 4,5 millions d’euros, avec 3,5 millions d’euros de rentrées financières et 1 million à charge de l’entreprise. Cela passe par du marketing de masse, par exemple avec d’innombrables panneaux publicitaires dans les rues, mais aussi par les conférenciers attendus sur le plateau du Heysel. Nombre de CEO, bien sûr, mais aussi des personnalités d’un tout autre horizon, comme Eden Hazard, Nafissatou Thiam, l’influenceur flamand Average Rob, le youtubeur Inoxtag, HugoDécrypte ou l’humoriste GuiHome. Un moyen de s’adresser aux jeunes, de leur parler d’entrepreneuriat et de s’adresser à un public extérieur à la communauté Odoo.
Modeste, Fabien Pinckaers tient encore à relativiser la grandeur de son « bébé », dont on ne cesse de vanter la grandeur. « Nos concurrents, Microsoft et autres SAP ou Oracle, sont cent fois plus grands. »
