Du 15 au 30 août 2026, Wavre coorganise avec Amsterdam la première Coupe du monde de hockey disputée en Belgique. Pour accueillir la compétition, la Wallonie et le Brabant wallon ont mobilisé plusieurs millions d’euros, entre construction d’un stade et budget d’organisation. En l’absence d’étude d’impact spécifique, le rendement économique de cet investissement reste toutefois difficile à mesurer.
Du 15 au 30 août 2026, Wavre accueille la FIH Hockey World Cup, coorganisée avec Amsterdam. C’est la première Coupe du monde de hockey disputée en Belgique, et le premier championnat du monde d’un sport d’équipe organisé en Belgique francophone. Seize équipes masculines et seize équipes féminines s’y affrontent, jusqu’à la finale masculine programmée à Wavre le 30 août, tandis qu’une première FIH Para Hockey World Cup se tient en parallèle. La compétition se joue dans la toute nouvelle Belfius Hockey Arena, érigée sur le site de l’ancien stade Justin Peeters, qui n’accueillait plus que du football amateur devant quelques dizaines de spectateurs. Pour une ville de cette taille, l’enjeu dépasse le seul terrain : il s’agit d’un investissement public destiné à capter des retombées locales et une visibilité internationale.
Un stade et une organisation financés séparément
Le premier poste de dépense concerne le bâti. Initialement estimé à 9,2 millions d’euros sur 2023-2024, le coût total du stade a été porté à environ 10,9 millions d’euros en 2025, sous l’effet de la hausse des prix des matériaux de construction. Le nouvel équipement offre 4 000 places assises permanentes, portées à 10 000 grâce à des tribunes temporaires le temps de la compétition. Parmi les contributions publiques identifiées pour la construction figurent 1,25 million d’euros de la Province du Brabant wallon, 500 000 euros de la Loterie Nationale et un subside complémentaire de 412 576,68 euros du gouvernement wallon.
À ce budget d’infrastructure s’ajoute une enveloppe distincte, consacrée à l’accueil de l’événement lui-même et au fee versé à la Fédération internationale de hockey — FIH. La Région wallonne y intervient à hauteur de 3 974 577 euros, la Fédération Wallonie-Bruxelles pour 1,6 million d’euros au titre du sport et des relations internationales, la Loterie Nationale pour 250 000 euros et la Province du Brabant wallon pour un montant compris entre 100 000 et 200 000 euros selon les postes. Ces deux périmètres, construction et organisation, répondent à des logiques différentes et ne doivent pas être confondus. Toutes sources publiques confondues, l’investissement direct dans Wavre 2026 se situe dans une fourchette de 5 à 15 millions d’euros. Le ministre-président Pierre-Yves Jeholet y voit « une opportunité unique » de retombées économiques, de notoriété internationale pour les sportifs belges et de développement touristique.
Hôtellerie, restauration et mobilité : les circuits où l’argent peut rester
Les organisateurs attendent environ 8 000 personnes par jour sur le site pendant les treize journées de matches, et jusqu’à 110 000 passionnés pour l’ensemble de l’événement belgo-néerlandais. Pour convertir cette affluence en dépenses locales, Wavre a noué un partenariat hôtelier officiel avec plusieurs établissements de la région — Novotel Wavre, ibis Wavre Brussels East, Best Western Wavre, ainsi que des hôtels à Waterloo, Nivelles et près de l’aéroport de Bruxelles —, signe d’une volonté de capter les nuitées des supporters venus de l’étranger. Autour du stade, un village VIP et une Public Plaza réunissant restauration, animations et zones commerciales visent à maximiser les dépenses sur place, tandis que deux parkings-navettes payants, facturés 15 euros, doivent gérer les flux quotidiens.
Aucune étude d’impact chiffrée n’a toutefois été publiée à ce stade pour Wavre 2026. Et l’accueil local n’a pas été exempt de réserves : la RTBF a relayé une polémique autour de l’achat de milliers de lunettes de soleil promotionnelles pour 15 000 euros, jugée disproportionnée par certains habitants. L’épisode illustre un scepticisme récurrent quant à la capacité des dépenses de communication à générer un tourisme réellement mesurable.
Les précédents rappellent l’écart entre dépenses et bénéfice net
En l’absence de données propres à Wavre, les comparaisons offrent des repères, sans pour autant valoir prédiction. Le précédent belge le plus documenté reste celui des Championnats du monde de cyclisme sur route UCI 2021, organisés dans plusieurs villes flamandes. Selon une étude du cabinet EY, cet événement, doté d’un budget de 21,3 millions d’euros, a attiré plus d’un million de visiteurs uniques et généré près de 36 millions d’euros de dépenses, pour une valeur ajoutée brute de 27,4 millions d’euros et l’équivalent de 565 emplois. Une fois déduit le fee de 6,8 millions d’euros versé à l’UCI, le bénéfice net pour la région n’a cependant représenté qu’environ 6 millions d’euros, concentré sur l’hôtellerie, la restauration et le transport. À budget nettement supérieur à celui de Wavre, l’exemple rappelle surtout la distance entre retombées brutes et gain réellement capté.
Le précédent hockey le plus proche, l’État indien d’Odisha, illustre un autre risque. Entre son édition 2018, dotée d’environ 7,3 millions d’euros de budget public, et celle de 2023, proche de 120 millions d’euros — soit seize fois plus, portés surtout par la construction d’un nouveau stade —, l’engagement financier y a explosé. Des voix critiques ont souligné que ces montants profitaient peu aux populations locales, et une analyse indépendante concluait même, pour l’édition 2018, à un retour sur investissement marketing négatif.
La littérature académique invite à la même prudence. Une étude universitaire belge, s’appuyant sur les travaux de référence du domaine, rappelle qu’il n’existe pas de preuve statistique robuste d’un impact positif net sur le PIB des régions organisatrices, certaines analyses relevant même un effet négatif l’année de l’événement. Les études réalisées avant la compétition, souvent commandées par les organisateurs, tendent en outre à surestimer les bénéfices par rapport aux évaluations menées après coup.
Un ordre de grandeur, pas une promesse
Ces réserves ne condamnent pas pour autant l’opération à la perte. La même étude belge, appliquée à un championnat de cyclisme, juge ce type d’événement économiquement viable, sans profits considérables, avec des bénéfices nets estimés entre 678 706 et 783 022 euros selon le scénario retenu. À l’échelle nationale, le compte satellite du sport indique qu’un million d’euros d’investissement public dans le sport génère environ 613 000 à 631 000 euros de valeur ajoutée et une dizaine d’emplois, soit un multiplicateur théorique de 1,42. L’expérience flamande de 2021 suggère pour sa part un rapport de l’ordre de 1,3 à 1,5 fois le budget engagé, un scénario plausible pour ce type de rendez-vous en Belgique, mais sous réserve d’une fréquentation internationale suffisante.
Au bout du compte, le rendement économique de Wavre 2026 dépendra moins du prestige de l’événement que de variables très concrètes : la fréquentation réelle, la part de visiteurs venus de l’étranger, le nombre de nuitées, les dépenses effectivement captées en restauration et dans le commerce local, ou encore l’usage futur de la Belfius Hockey Arena une fois les projecteurs éteints. Aucune étude d’impact spécifique ne permet aujourd’hui de mesurer ces effets, qui ne pourront être appréciés qu’a posteriori. Le bilan économique réel de la compétition ne se lira donc qu’après la finale du 30 août, une fois connue la part de l’affluence effectivement transformée en dépenses locales durables.
