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Cette startup géothermique prévoit d’utiliser la technologie pétrolière pour l’énergie verte

Un nouvel acteur de la géothermie. Renforcer le réseau électrique avec des placages de bois. Comment les drones rebattent les cartes militaires. 

La géothermie est en plein essor. La demande d’énergie grimpe, portée notamment par les centres de données, tandis que la production d’électricité peine à suivre, entre les retards de livraison des turbines à gaz et l’offensive de l’administration Trump contre l’éolien. La géothermie, qui exploite l’eau chaude du sous-sol pour produire de l’électricité, offre une énergie de base stable et bénéficie d’un soutien des deux camps politiques.

Mike Matson se réjouit d’entrer sur ce marché. Il est CEO et cofondateur de Birch Geothermal, lancée vendredi et adossée au fonds de capital-risque Montauk Capital.

Matson vient du pétrole et du gaz : il a été ingénieur de forage et de réservoir chez Kinder Morgan. C’est là qu’il a connu ce qu’il m’a décrit comme un « électrochoc climatique », qui l’a décidé à basculer vers les technologies vertes. Il a occupé des postes de direction dans plusieurs start-up avant de prendre la tête de l’activité géothermie du Boston Consulting Group.

Les récentes avancées technologiques de sociétés comme Fervo, entrée en Bourse le mois dernier et désormais valorisée 10 milliards de dollars, ont contribué à faire baisser les coûts ; selon les estimations, la géothermie pourrait fournir environ 8 % de l’électricité mondiale d’ici 2050. À la tête de Birch, Matson y voit l’occasion de mettre à profit son passé d’ingénieur pétrolier pour accélérer cette baisse.

L’entreprise compte s’appuyer sur des capteurs et des systèmes autonomes pour mieux maîtriser la circulation de l’eau dans les puits géothermiques et garantir une chaleur stable, gage d’une production électrique fiable. Ses équipes travaillent aussi à optimiser la conception des réservoirs à l’aide de techniques mises au point à l’origine pour le pétrole et le gaz.

Le pari de Birch : un meilleur contrôle des flux et des réservoirs optimisés peuvent rendre la géothermie plus compétitive. L’enjeu est de taille, car produire de l’électricité par géothermie coûte aujourd’hui bien plus cher qu’avec le solaire ou le gaz naturel. Matson se voit aussi une longueur d’avance sur les turbines à gaz, dont les commandes affichent environ cinq ans de retard : son entreprise ne jouera pas seulement sur le coût, mais aussi sur les délais.

Il m’a confié que, si la plupart des acteurs géothermiques américains se concentrent sur le Nevada et l’Utah, il croit aux occasions à saisir dans l’ensemble des Rocheuses. Cela dit, il ne pense pas que la concurrence soit vraiment un enjeu sur ce marché : « la demande est si forte qu’il n’y a pas assez d’entreprises pour y répondre, au départ. »

Petite note pratique : dans les prochaines semaines, j’ai le plaisir d’annoncer que notre stagiaire d’été, Sydney Goitia-Doran, coécrira cette newsletter avec moi. Sydney est rédactrice en chef de The Hilltop, le journal de l’université Howard, et vient d’achever une bourse au Knight Science Journalism Program du MIT.

La découverte de la semaine : le bois pourrait renforcer le réseau électrique

Court-circuit dans un transformateur d’une sous-station à haute tension
Getty

Si vous avez déjà entendu une forte détonation suivie d’une coupure de courant, vous avez goûté aux joies de la panne de transformateur. Ces appareils sont des maillons essentiels du réseau : ils abaissent la tension du courant, qui a parcouru de longues distances, pour le rendre sans danger dans les foyers, les téléphones, les centres de données et les bornes de recharge.

L’opération dégage beaucoup de chaleur et exige donc un isolant capable de la supporter pendant des années sans provoquer de court-circuit ni d’incendie. Chose étonnante, la technologie de base n’a pas bougé depuis plus d’un siècle : du papier imprégné d’huile isolante. Cela fonctionne, mais se dégrade avec le temps, première cause de défaillance des transformateurs.

Une étude récente parue dans Science Advances décrit une technologie qui pourrait enfin allonger la durée de vie du réseau grâce à un matériau inattendu : le bois. En s’appuyant sur sa structure naturelle, les chercheurs ont montré qu’une fine feuille de bois, assouplie chimiquement puis compressée, pourrait remplacer le papier huilé traditionnel.

Ce nouveau matériau évacue mieux la chaleur et se révèle beaucoup plus résistant mécaniquement, donc probablement plus durable. S’il parvient à être déployé à grande échelle, cela signifierait moins de pannes de transformateurs, donc moins de coupures et un risque de surchauffe réduit en cas de forte demande. Avec la multiplication des centres de données d’IA et des bornes de recharge, un réseau plus robuste ne serait pas de trop.

– par Sydney Goitia-Doran

Les drones — et les combustibles fossiles — rebattent les cartes militaires

À deux reprises cette semaine, des dizaines de drones ukrainiens ont déferlé sur Moscou, mettant le feu à une raffinerie. La défense antiaérienne russe a bien tenté d’en abattre quelques-uns, mais a largement échoué, un missile antiaérien allant même toucher accidentellement la raffinerie. Depuis le début de l’invasion russe, les drones sont devenus un pan essentiel de la stratégie ukrainienne, pensée pour désorganiser la logistique de l’armée adverse. Les unités ukrainiennes de guerre des drones conseillent désormais les pays de l’OTAN, qu’elles battent d’ailleurs régulièrement en exercice.

Rien d’étonnant, dès lors, à ce que l’Iran ait utilisé ses drones produits en masse, pour environ 50.000 dollars pièce, pour des frappes sporadiques contre les États-Unis, Israël et d’autres pays du Golfe depuis le début des hostilités, en février, maintenant ainsi ses forces dans la partie face à des missiles, des avions et d’autres armements bien plus coûteux. L’Iran les fabrique un peu partout sur son territoire, de façon décentralisée, ce qui complique toute frappe à la source.

Rien d’étonnant non plus à ce que Reuters ait consacré un article cette semaine au marché en pleine croissance des technologies antidrones, des brouilleurs de signaux aux armes dédiées, qui devrait tripler pour atteindre quelque 15 milliards de dollars d’ici la fin de la décennie.

Les drones ne sont pas les seuls atouts défensifs sous-estimés de l’Ukraine et de l’Iran : tous deux exploitent aussi la dépendance de leurs adversaires aux combustibles fossiles. Les frappes ukrainiennes sur les installations pétrolières russes ont provoqué des pénuries de carburant dans tout le pays.

De son côté, le recours de l’Iran aux drones et à d’autres tactiques asymétriques pour fermer le détroit d’Ormuz a entraîné des pénuries de pétrole et de gaz naturel à l’échelle mondiale, faisant flamber les prix et poussant l’administration Trump à mettre fin au conflit, d’où une succession de cessez-le-feu intermittents. À l’heure où nous écrivons, nous semblons dans un état quantique où l’on ne sait pas bien si le cessez-le-feu signé en début de semaine tient toujours.

Les pays qui ont misé sur les renouvelables, comme l’Espagne, ont été à l’abri des chocs énergétiques, du moins côté électricité. L’Asie tire désormais plus d’énergie du solaire que du gaz naturel, et certains projets de production au gaz déjà engagés dans la région pourraient être abandonnés.

À l’échelle mondiale, « l’exposition de la chaîne de valeur énergétique — combustibles, minerais et interconnexion des réseaux — est désormais évaluée avec la même rigueur que le risque financier », écrivait le Forum économique mondial dans un rapport publié cette semaine. À court terme, cela pourrait signifier un retour du charbon, une ressource nationale disponible dans la plupart des pays ; à long terme, cela passe sans doute par une coopération régionale pour développer des solutions énergétiques affranchies des goulets d’étranglement que leurs adversaires apprennent à viser.

Le point de vue : la longévité est surestimée

Chaque semaine, j’interroge des investisseurs sur les tendances technologiques de leur secteur. Aujourd’hui, la parole est à William McQuillan, associé de Frontline Ventures, où il pilote le fonds d’amorçage européen. Il s’intéresse aux « fondateurs portés par une mission, en particulier ceux qui rendent les soins de santé plus accessibles ».

William McQuillan, associé chez Frontline Ventures
William McQuillan Frontline Ventures

Quelle technologie est aujourd’hui surestimée ?

La longévité. La science est parfois intéressante, mais l’investissement a largement devancé la recherche. La plupart des entreprises du secteur vendent des diagnostics onéreux et des compléments à une clientèle aisée de pionniers. Elles proposent du bien-être de luxe plutôt qu’une médecine qui change la donne. Les interventions capables de prolonger réellement l’espérance de vie en bonne santé sont à une décennie, voire davantage, de la validation clinique, et plus encore de la commercialisation.

De quoi devrait-on parler davantage aujourd’hui ?

Les assistants vocaux d’IA clinique. Les outils de transcription passive sont déjà largement adoptés aux États-Unis, mais l’application la plus intéressante, et la plus sous-estimée, c’est l’IA clinique qui appelle les patients de sa propre initiative : suivi des maladies chroniques, détection précoce des complications post-opératoires, repérage d’une aggravation avant qu’elle ne tourne à la crise.

Les systèmes de santé font face à un ratio intenable entre soignants et patients, et cette technologie permet déjà à une seule équipe de soins de garder un contact continu avec des milliers de patients qui, sans elle, resteraient sans suivi entre deux rendez-vous.

De quoi parlerons-nous tous dans cinq ans ?

Les jumeaux numériques en médecine. Pouvoir construire un modèle informatique de la biologie propre à un patient et simuler sa réaction à un médicament, à une opération ou à l’évolution d’une maladie va bouleverser la pratique médicale. L’industrie pharmaceutique s’en sert déjà, dans des versions préliminaires, pour raccourcir les délais d’essai. À mesure que les modèles gagneront en maturité, la question ne sera plus « que fait ce médicament ? » mais « que fait ce médicament pour vous ? »

Sur mon radar

Des hausses de taux en vue : cette semaine, la Réserve fédérale a laissé ses taux inchangés, mais l’inflation étant plus élevée, au moins une hausse pourrait intervenir plus tard dans l’année. Des taux plus hauts tendent à favoriser des placements prudents et à décourager les paris risqués sur l’innovation, en particulier dans des domaines comme la biotech, où les retours peuvent prendre dix ans ou plus.

Le premier prix John Henry de Prototype : chapeau bas aux mathématiciens humains qui ont battu l’IA sur une série de problèmes complexes, preuve que l’esprit de John Henry est toujours vivant. Et, au passage, qu’un moyen de battre l’IA consiste à lui soumettre des problèmes jamais publiés sur Internet…

Le premier prix Geordi La Forge-Data de Prototype : à l’avenir, les percées ne viendront sans doute pas de la seule IA, mais de l’IA employée comme outil d’appoint pour aider scientifiques et ingénieurs à avancer plus vite. Exemple : une équipe de scientifiques travaillant avec un modèle d’OpenAI a formulé une hypothèse inédite en chimie organique, qu’elle a ensuite cherché à valider par l’expérience. Mais, malgré les capacités de l’IA, OpenAI a souligné que « le jugement humain restait essentiel » pour aboutir.

Actualités spatiales : l’envolée boursière de SpaceX après son entrée en Bourse est retombée sur Terre à l’annonce du rachat de Cursor, spécialiste du codage assisté par IA. Dans le même temps, Dawn Aerospace a levé 25 millions de dollars pour financer le développement de son avion spatial Aurora et de ses systèmes de ravitaillement de satellites en orbite, et AST SpaceMobile a réussi à placer trois satellites de plus dans la constellation de son réseau cellulaire à haut débit.

L’astuce science de la semaine : organisez votre consommation d’actualités

Si vous vous sentez parfois épuisé par ce qui ressemble à un déferlement continu d’actualités, vous n’êtes pas seul. En dehors de ma bulle de camarades journalistes étudiants accros à l’info, plusieurs de mes proches sont submergés par le flot de gros titres négatifs, au point, parfois, d’arrêter complètement de lire ou de regarder les nouvelles.

Il y a une raison à cela. Des chercheurs en psychologie du développement soutiennent que cette aversion aux mauvaises nouvelles ne tient pas à notre paresse ou à notre apathie, mais plonge ses racines dans notre passé évolutif. Notre cerveau est programmé pour prêter davantage attention aux « menaces » ; sauf qu’aujourd’hui, il ne s’agit plus de tigres à dents de sabre.

Nous absorbons plutôt une avalanche de récits de criminalité, de guerre et de querelles politiques en l’espace d’une heure. D’où ce que les chercheurs appellent la consommation problématique d’actualités, ou CPA : cette manie de vérifier les nouvelles au point d’empiéter sur la vie quotidienne. Sur Internet, on parle plutôt de doomscrolling. Les études montrent que les personnes atteintes de CPA sévère font état de niveaux de stress et d’anxiété nettement supérieurs à la moyenne.

La solution n’est pas de se déconnecter tout à fait, ce n’est bon ni pour une démocratie en bonne santé, ni pour mes perspectives de carrière. Comme souvent, tout est affaire de modération. Plutôt que de laisser votre téléphone crouler sous les notifications, réservez des moments précis pour parcourir les titres. Vous vous souvenez, du temps où l’on lisait le journal le matin ?

Privilégiez la qualité à la quantité ; ménagez votre capacité de concentration en choisissant de longs articles bien documentés, ou des newsletters formidables – AK, plutôt qu’une avalanche de publications sur les réseaux sociaux d’un coup. Enfin, rappelez-vous que s’informer n’oblige pas toujours à agir. Se concentrer sur ce qui est à votre portée aide à ne pas se laisser submerger par les mauvaises nouvelles venues de l’autre bout du monde.

Ce qui me divertit cette semaine

En ce moment, un album tourne en boucle chez moi : everyone for ten minutes, le cinquième album du groupe de rock Bleachers, mené par l’omniprésent producteur pop Jack Antonoff. Leur musique est un formidable mélange de rock à grands refrains des années 1980, dans la lignée de Billy Joel ou Bruce Springsteen, et de styles et de techniques de production actuels. En prime : beaucoup de saxophone, et je ne le dirai jamais assez. Les fidèles lecteurs se souviendront de mon amour pour cet instrument. Mes morceaux préférés : you and forever et i’m not joking.


Cet article a été écrit par Alex Knapp et traduit par Forbes.be.

Cet article a été initialement publié sur Forbes.com

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