Lancée début 2026 dans le Brabant wallon, ExoHub distribue et intègre des exosquelettes en Belgique et au Benelux. Son fondateur, Corentin Deudon, présente ces dispositifs comme un outil de prévention des troubles musculosquelettiques, première cause d’absence au travail, alors que le débat sur la pénibilité et l’âge de la retraite s’intensifie. Le marché reste pourtant émergent et l’adoption prudente.
Les exosquelettes évoquent encore la science-fiction, et c’est précisément cette image que Corentin Deudon doit déconstruire à chaque rendez-vous commercial. Le fondateur d’ExoHub, trentenaire installé à Hélécine, dans le Brabant wallon, a fait de ces structures mécaniques articulées portées sur le corps son activité principale. Diplômé de l’UCLouvain et spécialisé dans la prévention des risques professionnels, il a lancé sa société en janvier 2026 après l’avoir détachée de The Safety Hub, sa structure consacrée à la sécurité et à la santé au travail. Son pari tient en une idée : ces équipements peuvent réduire l’usure physique des travailleurs, dans un pays où les troubles musculosquelettiques (TMS) comptent parmi les premières causes d’absence au travail.
D’un investissement personnel à une société
Le projet naît d’un engagement financier personnel. Passionné d’entrepreneuriat, titulaire d’un master en management du sport puis d’un master complémentaire en entrepreneuriat, Corentin Deudon suivait sur LinkedIn le français Japet, spécialisé dans les exosquelettes lombaires, dont il a soutenu une levée de fonds participative vers 2021. Sa propre sensibilité lombaire a nourri cet intérêt. Constatant que le fabricant ne se développait pas en Belgique, un marché industriel qu’il connaissait par ses premières expériences, il a proposé de l’accompagner. D’abord apporteur d’affaires, il a fini par créer sa propre structure et par élargir son offre à plusieurs fournisseurs. « L’objectif a été de sélectionner ce qui se faisait mieux à l’international au lieu d’essayer de réinventer la roue », résume-t-il.

ExoHub ne conçoit donc pas ses produits. La société se présente comme distributeur et intégrateur, une sorte de guichet unique pour les clients du Benelux. Elle a constitué une gamme auprès de fournisseurs étrangers, deux français, un américain, un japonais et un chinois, avec des discussions en cours du côté allemand. La partie intégration constitue, selon le fondateur, le cœur de la démarche : une phase de test sur site avant l’achat, puis un suivi dans la durée. « C’est une grosse problématique dans les exosquelettes : c’est l’après. C’est bien d’acheter une solution, mais si on ne l’utilise pas, cela ne sert à rien », observe-t-il.
À quoi servent concrètement ces dispositifs
Derrière le mot se cache une grande diversité d’objets. Corentin Deudon file la comparaison avec les chaussures : « Une botte et un talon aiguille n’ont presque rien en commun, pourtant ce sont des chaussures. C’est pareil avec les exosquelettes. » Certains ressemblent à des attelles, d’autres fonctionnent par mécaniques élastiques ou par poulies, d’autres encore sont motorisés, équipés de batteries et de capteurs. Quelques-uns maintiennent une position fixe, d’autres assistent le mouvement. Tous visent un même objectif : limiter le risque de blessure en réduisant l’impact des tâches sur une articulation précise.
Les usages sont d’abord professionnels. Le dispositif le moins cher de la gamme, à 400 euros, soutient la nuque des métiers qui travaillent la tête levée, des caristes aux électriciens en passant par les élagueurs et les plafonniers. « C’est comme si vous aviez un petit ressort derrière la nuque qui amortit le mouvement », décrit le fondateur. D’autres modèles ciblent le dos pour la manutention lourde, ou les épaules pour les travaux bras levés. ExoHub distribue notamment le Japet W+, un exosquelette lombaire motorisé, ainsi que des solutions pour les épaules et un dispositif destiné au secteur médical.

À côté de cette logique de prévention, la société développe une seconde gamme tournée vers la mobilité. Elle a noué un accord de distribution avec la marque chinoise Hypershell, dont les exosquelettes, conçus à l’origine pour les loisirs, accompagnent la marche, la course ou le vélo. Ils peuvent aider des personnes âgées à poursuivre une activité, mais aussi des personnes ayant subi un AVC ou souffrant de sclérose en plaques à continuer de se déplacer. Corentin Deudon cite l’exemple de son grand-père, cycliste passionné contraint de ralentir après une embolie pulmonaire, qu’un tel équipement pourrait remettre en selle. La société dit toutefois ne pas vendre de dispositifs permettant à des personnes paralysées de remarcher, un segment qu’elle laisse à d’autres.
Distributeur et intégrateur
ExoHub ne conçoit pas ses produits. La société se présente comme distributeur et intégrateur, une sorte de guichet unique pour les clients du Benelux. Elle a constitué une gamme auprès de fournisseurs étrangers, deux français, un américain, un japonais et un chinois, avec des discussions en cours du côté allemand. Son catalogue couvre les principales zones du corps sollicitées au travail, du soutien lombaire (Japet W+, HeroWear Apex 2) aux épaules (HMT Plum), jusqu’à un dispositif destiné au secteur médical (Archelis FX). La société distribue aussi des exosquelettes de loisir de la marque chinoise Hypershell, qui peuvent soutenir des personnes à mobilité réduite, par exemple après un AVC ou en cas de sclérose en plaques.
La partie intégration constitue, selon le fondateur, le cœur de la démarche. ExoHub mène une phase de test sur site avant l’achat, puis assure un suivi. « C’est une grosse problématique dans les exosquelettes : c’est l’après. C’est bien d’acheter une solution, mais si on ne l’utilise pas, cela ne sert à rien », observe Corentin Deudon. Il plaide pour une introduction progressive du dispositif dans le quotidien des opérateurs plutôt qu’un usage immédiat à temps plein. La société vise l’industrie, la logistique, la construction, les soins de santé et les indépendants, en Wallonie, en Flandre, à Bruxelles, au Luxembourg et aux Pays-Bas.
Un marché jeune, des prix plus modestes qu’attendu
Le secteur reste peu structuré. « Il n’y a pas vraiment de très grands producteurs qui se placent au-dessus des autres. C’est un marché émergent », constate Corentin Deudon. Les estimations disponibles varient sensiblement selon les périmètres retenus par les cabinets d’analyse : le marché mondial des exosquelettes était évalué entre 560 et 730 millions de dollars en 2025 et pourrait dépasser deux milliards à l’horizon 2030. L’écart entre les études témoigne d’un domaine encore difficile à cerner.

Sur les prix, l’argument d’ExoHub repose sur un coût plus faible qu’on ne l’imagine. Sa gamme s’étend de 400 euros, pour un dispositif de soutien cervical destiné aux métiers qui travaillent la tête levée, à 4.700 euros pour son modèle le plus cher.
La pénibilité, au cœur de l’argumentaire
ExoHub situe son utilité sur le terrain de la pénibilité au travail, un sujet brûlant en Belgique comme en France. Les TMS y représentent la première cause de maladie professionnelle et touchent plus de la moitié des travailleurs ; un tiers des invalidités leur sont liées. Les secteurs exposés sont connus : construction, sidérurgie, logistique, soins. Corentin Deudon assume une part de lobbying pour faire connaître des solutions qu’il juge encore mal identifiées par les entreprises et les pouvoirs publics.
Son discours tient toutefois à distance la promesse facile. L’exosquelette ne remplace pas une organisation du travail repensée. « Dans le monde de l’entreprise, cela doit faire partie d’une réflexion ergonomique globale, d’une réflexion sur le poste de travail en lui-même », insiste-t-il, avant d’ajouter que ce « n’est pas une solution miracle ». L’argument se veut donc moins technologique qu’ergonomique : un outil à intégrer dans une démarche de prévention plus large, et non un substitut à celle-ci. Cette prudence affichée tranche avec le discours habituel des promoteurs de nouvelles technologies.
Finir sa carrière « en bonne santé »
La portée sociale du sujet tient surtout à l’allongement des carrières. Interrogé sur le lien avec la question des retraites, Corentin Deudon répond sans détour que ces dispositifs peuvent y contribuer. L’enjeu, selon lui, est de permettre aux travailleurs de tenir jusqu’au bout. « Faire en sorte que les gens finissent leur carrière en bonne santé, qu’ils arrivent au bout de leur carrière et qu’ils n’arrêtent pas avant parce qu’ils sont cassés », résume-t-il, dans un contexte où les pouvoirs publics cherchent à limiter l’absentéisme prolongé.

L’argument se double d’un calcul économique. Un arrêt de travail pour TMS aux épaules ou aux lombaires peut coûter, selon le fondateur, plus de 10.000 euros à une entreprise, là où le modèle le plus cher de sa gamme atteint 4.700 euros. Il rappelle aussi que les salariés revenus d’un arrêt pour TMS restent exposés à un risque élevé de rechute, ce qui justifie à ses yeux une approche préventive. L’exosquelette permettrait alors de maintenir en poste des travailleurs vieillissants ou fragilisés, dans des secteurs déjà confrontés à des pénuries de main-d’œuvre. Le raisonnement demeure cependant celui d’un distributeur, et l’effet réel sur la durée des carrières reste à mesurer dans le temps.
Ni gadget, ni solution miracle
Plusieurs obstacles freinent l’adoption. Les préjugés persistent, y compris chez certains médecins du travail. « Il y a dix ans, un exosquelette, ce n’était pas la même chose qu’aujourd’hui. C’était très lourd, très invasif », rappelle Corentin Deudon, évoquant d’anciennes craintes liées à la déshabituation musculaire. Le fondateur distingue les interlocuteurs novices, plus faciles à convaincre, de ceux qui en ont déjà une idée préconçue. Demeure le risque de l’équipement acheté puis délaissé, sur lequel il revient à plusieurs reprises.
Il écarte enfin l’idée d’un outil détourné pour faire travailler davantage les salariés, objection qu’il dit rencontrer parfois sous ses publications. La finalité affichée est inverse : protéger l’utilisateur. Interrogé sur le spectre d’un corps « augmenté » qui finirait par perdre ses muscles, il concède un possible « effet pervers », comparable à celui des smartphones, mais le réserve à des usages d’assistance pure, étrangers à son activité.
En quelques mois, ExoHub revendique près d’une centaine d’exosquelettes déployés et vise un doublement de son volume, avec une expansion vers la Flandre puis les Pays-Bas. La suite dira si la demande confirme ce démarrage ou si elle bute sur les freins habituels du secteur, du coût à l’acceptation culturelle. Pour l’heure, le marché belge des exosquelettes reste en construction, et leur contribution à des carrières plus longues se mesurera surtout à leur usage concret sur le terrain.
