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Gimber : le couple belge qui a transformé un « kick » au gingembre en empire

Tout commence dans un camping du sud de la France. Dimitri Oosterlynck goûte un pur extrait de gingembre pressé que sa femme ramène du marché. Coup de foudre gustatif : le genre de brûlure qui saisit la gorge, réveille le corps et ne s’oublie pas. Avec sa compagne Sylvie Schollier, il rentre en Belgique et décide de recréer ce « wow » chez lui. Quelques mois et de nombreux essais de cuisine plus tard, Gimber est né. Huit ans après, la boisson bio sans alcool au gingembre s’exporte dans plus de 17 pays et franchira cette année la barre des 20 millions d’euros de chiffre d’affaires.

Risquer ou périr

À l’époque, la plupart des nouvelles boissons passent par l’HoReCa pour bâtir leur image avant d’espérer entrer en grande distribution. Le couple sait qu’il n’a ni le réseau, ni les ressources pour suivre ce chemin. Sylvie, déjà à la tête de sa boutique Mamuli, propose un autre angle : viser les concept stores et magasins bio, des indépendants capables de s’enthousiasmer pour un produit et d’en devenir ambassadeurs.

Leur véritable accélération viendra d’un pari inattendu : exposer à Maison&Objet, le salon parisien du design, pas exactement un repaire de boissons artisanales. « On était tout au fond du salon, dans un hall où rien ne laissait penser qu’on y goûterait du gingembre » sourit Sylvie. Leur stand minuscule attire pourtant un attroupement permanent. En cinq jours, 17 pays passent commande, de la Norvège à la Suisse.

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En cinq jours à Maison&Objet, leur stand attire 17 pays : le gingembre belge part à la conquête du monde. ©D.R.

Un goût qui divise, et c’est tant mieux

Le gingembre, on adore ou on déteste. Mais pour Dimitri, c’est un atout. « Plus une marque polarise, plus ceux qui aiment deviennent des fans inconditionnels. » D’abord pensé comme une alternative à l’alcool, Gimber s’impose finalement comme une boisson polyvalente : shot énergisant le matin, infusion l’après-midi, ingrédient de cuisine… et signature gustative unique.

Pendant trois ans, la société autofinance sa croissance. Puis les investisseurs viennent à eux… souvent via un cadeau de Noël. « Beaucoup ont trouvé une bouteille de Gimber sous le sapin », s’amuse Sylvie. La marque attire la famille de Mevius ainsi qu’un investisseur autrichien pour pénétrer les marchés germanophones, un fonds public flamand et un investisseur privé. Les fondateurs restent majoritaires.

2022 : la canette qui change la donne

Depuis le début, l’idée d’une version prête-à-boire trotte dans la tête du couple. Mais c’est la guerre en Ukraine, avec son cortège d’inflation et de prudence des consommateurs, qui précipite le lancement. Objectif : offrir un produit plus accessible (2€ la canette), plus pratique, pour toucher un public plus large et s’adapter aux nouvelles habitudes de consommation nomades.

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La canette prête-à-boire, lancée en pleine crise, rend le gingembre accessible partout : 2 € le format nomade. ©D.R.

La recette ? Un « 50-50 » entre les deux références phares (L’Original et le Brut), allongé à l’eau pétillante. Pas d’additifs, même si ça complique la mise en canette : le dépôt se forme au fond. Solution : imprimer le texte à l’envers pour inciter à retourner la boisson avant de la boire. « On a transformé une faiblesse en atout », dit Dimitri.

Entre indulgence et fonctionnel

Ce lancement tombe au bon moment. Le marché des boissons fonctionnelles (ces boissons alliant plaisir et bénéfices santé) explose. Les consommateurs veulent du goût, du naturel, mais aussi un effet concret : énergie, détente, bien-être digestif… Les investisseurs s’y intéressent de près, flairant un relais de croissance dans un secteur où le « better for you » ne se limite plus à l’eau aromatisée.

Gimber occupe une position singulière : ni jus de fruit, ni soda, ni vin désalcoolisé. Le produit se vend le mieux près des fruits et légumes, là où le consommateur associe instinctivement fraîcheur et santé. « Le fonctionnel marche fort, mais pour nous, le plaisir reste central. Comme le café : on peut le boire pour le kick, mais on le choisit surtout pour l’émotion », insiste Dimitri. Conscient de surfer presque malgré eux sur la tendance, le couple préfère parler « d’indulgence saine » pour caractériser leur créneau. 

Aujourd’hui, la Belgique reste leur premier marché, talonnée par la France, puis les Pays-Bas et l’Allemagne. Prochaine étape ? Continuer à cultiver leur différence, ce mélange de radicalité et de plaisir qui, depuis un camping du sud, les a propulsés au cœur d’un marché mondial en pleine effervescence.

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D’abord pensé comme une alternative à l’alcool, Gimber s’impose parmi les boissons fonctionnelles qui ont la cote en ce moment. ©D.R.

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