Quatre rendez-vous ce mois-ci. Le patrimoine syrien meurtri à la Fondation Boghossian, les cosmogonies peintes de Bram Demunter chez Tim Van Laere (Anvers), la redécouverte de Germaine Rimbout aux Musées royaux des Beaux-Arts et les figures féminines de Jan van Imschoot chez Templon (Paris).
La Syrie à la Fondation Boghossian (Bruxelles)
À la Fondation Boghossian, qui se dédie toujours aux liens entre les rives de la Méditerranée, Shape of Absence rend compte, jusqu’au 24 janvier 2027, de la tragédie patrimoniale en cours en Syrie depuis 2011. Le parcours s’articule autour de l’installation de Hrair Sarkissian intitulée Stolen Past, en dialogue avec les images immersives d’Iconem du site de Palmyre, en Syrie. Cet artiste a été formé très jeune dans le studio photographique de son père à Damas. Son travail ancré dans l’histoire et la mémoire trouve dans le site historique de la Villa Empain une résonance particulière.
Stolen Past (Passé volé) se constitue de 48 lithophanies, telles des stèles funéraires qui, illuminées, laissent apparaître des images proches de la photographie en noir et blanc, représentant des artefacts disparus du musée de Raqqa, en Syrie. L’institution fondée en 1981 possédait 8 000 objets historiques. Entre 2013 et 2017, l’État islamique a pris le contrôle de la ville et a pillé ses musées et leurs collections. Seules 880 de ces pièces inestimables subsistent aujourd’hui.
Bram Demunter chez Tim Van Laere (Anvers)
Cette nouvelle exposition solo de Bram Demunter (né en 1993 à Courtrai), intitulée Crowded Valley, présente une série de peintures et d’aquarelles, et pour la première fois des sculptures en bronze. Ses tableaux précédents développaient de vastes paysages narratifs où coexistaient des scènes innombrables, dans la tradition boschienne ou brueghélienne. Il adopte désormais une structure circulaire, évoquant les cosmogrammes, mandalas ou cartes mythologiques. Des figures centrales (têtes flottantes, corps hybrides ou voyageurs solitaires entre îles et montagnes) servent de points d’ancrage autour desquels gravitent de petites scènes, des animaux, des esprits et des fragments.

Bram Demunter, « The Collector », 2025 © DR
Il puise dans le genre médiéval de l’Immram : des voyages maritimes mythiques comme celui de Saint Brendan, aux îles peuplées de figures merveilleuses et de scènes immuables. Ses personnages archétypaux, héros, ermites ou monstres, se dissolvent dans la végétation, la terre ou les formes animales.
Musées royaux des Beaux-Arts
Enfin, ce printemps, et jusqu’au 18 octobre, la nouvelle salle Spilliaert révèle une figure belge restée dans l’ombre : Germaine Rimbout (1894-1973), artiste bruxelloise marquée par le cubisme et le fauvisme, qui évolue après la Seconde Guerre mondiale vers une abstraction libre et une palette de couleurs audacieuse, marquant sa place dans un courant d’après-guerre dominé par le genre masculin.
Jan van Imschoot chez Templon (Paris)

Une fois n’est pas coutume, signalons un artiste belge majeur, le peintre Jan van Imschoot, qui expose chez Templon, mais pas à Bruxelles, à Paris, jusqu’au 18 juillet, « Le chant du pommier ». Cette série de 19 toiles inédites est consacrée à des figures féminines françaises dont l’image, mythifiée, instrumentalisée ou éclipsée, structure notre imaginaire : Jeanne d’Arc, Brigitte Bardot, Sonia Delaunay, Olympe de Gouges, Simone Veil ou Louise Michel. Ces œuvres interrogent la fabrication des mythes et l’autorité du regard qui métamorphose des vies complexes en icônes.
